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La révolution de décembre 2006-janvier 2007, courageusement menée sous l’impulsion de la centrale syndicale des travailleurs de Guinée et la société civile guinéenne contre le pouvoir du Général président Lansana Conté, a abouti au limogeage de tous les ministres du gouvernement d’alors. Mais le prix pour arriver à ce changement radical, a été cher payé par le peuple : 200 morts environ, selon la coordination de la Société civile guinéenne.

A l’origine de la révolte des populations, la misère profonde dans laquelle le pays est plongé depuis plusieurs années à cause de la gestion désastreuse des ressources de l’Etat, misère imputable de l’avis de la grande majorité des Guinéens, aux différentes équipes gouvernementales qui se sont succédé aux affaires au cours des dix dernières années.

Dès l’avènement en février 2007, de la nouvelle équipe gouvernementale dirigée par le nouveau Premier ministre en la personne de Lansana Kouyaté, les Guinéens espéraient un possible changement dans la conduite des affaires de l’Etat. Autrement dit moins de détournement de deniers publics, moins de corruption, moins de prédateurs de l’économie nationale. Ils souhaitaient voir leur pays renouer avec la bonne gouvernance et amorcer enfin un décollage économique.

Mais du 27 févier 2007 (date de la nomination de Kouyaté) à nos jours, le gouvernement de consensus qu’il dirige cherche désespérément ses marques. Pourtant, les changements qu’attendaient les Guinéens immédiatement portaient sur des infrastructures de base telles que l’eau potable, l’électricité qui manquent atrocement aux populations des villes et des campagnes.

Les denrées de première nécessité figuraient également sur la liste des besoins pressants exprimés par des populations. Devant le bilan globalement négatif de l’équipe Lansana Kouyaté au double plan social et économique, les Guinéens sont forcément partagés entre déception et colère.

Rien ou presque n’a véritablement changé dans la situation économique de la Guinée. Tout se complique, au contraire, chaque jour qui passe. La monnaie guinéenne a subi en 6 mois, une inflation qui tourne autour de 300% et « la vie chère », a franchi désormais, le seuil du supportable partout. Par exemple, le sac de riz (aliment de base du pays) est vendu entre 125.000 et 175.000 FG pendant que le litre d’essence, coûte 7000 FG à la pompe.

Le secteur minier guinéen : un potentiel vecteur de croissance par excellence

Ayant en tête que leur pays porte le surnom de « scandale géologique » à cause des multitudes ressources minières dont regorge son sous-sol, les Guinéens étaient optimistes quant à la possibilité pour le gouvernement d’après révolution, d’opérer un changement significatif dans le sens de leur bien-être.

A rappeler que la Guinée détient près de la moitié des ressources de bauxite mondiales avec quelques 12 milliards de tonnes. Elle a exporté 14 millions de tonnes en 2003 et dispose d’une raffinerie d’alumine. La valeur de la bauxite et de l’alumine exportée en 2003 était de 437,4 millions de dollars UE. « Malgré qu’il existe d’importantes ressources minières dans le pays, l’équipe Kouyaté ne réussit toujours pas à améliorer le quotidien du Guinéen », s’insurgent certains observateurs.

Les erreurs politiques et tactiques de Lansana Kouyaté

L’échec du gouvernement de consensus tient aussi en partie à quelques erreurs.

1- la mauvaise interprétation par Lansana Kouyaté, de l’Accord passé entre le Chef de l’Etat et le Syndicat aux lendemains du soulèvement populaire. En effet, contrairement à ce que pouvait penser le Premier ministre, cet Accord n’avait aucune valeur juridique. Sa valeur était plutôt d’ordre moral et politique. Donc, opposable en aucune manière à la constitution.

2- Lansana Kouyaté, avec le soutien du mouvement syndical et de la Société civile, s’est confortablement installé dans le camp des « vainqueurs » contre celui des « vaincus » de la révolte populaire de 2007. Les conséquences de cette attitude de Lansana se sont pas trop faites attendre car au sommet de l’Etat, plus rien ne va. D’un côté un gouvernement qui ne bénéficie plus du soutien populaire et de l’autre le président Lansana Conté qui entend désormais reprendre les rênes du pouvoir se sentant fort de la Constitution. Et, entre les deux camps les partisans du président et ceux du Premier ministre Kouyaté observent une espèce de veillée d’armes.

3 Les multiples voyages entrepris à l’Etranger par Kouyaté à des coûts jugés exorbitants par nombre de ses compatriotes soutenant que ces voyages n’assurent pas forcément à l’Etat des contreparties financières.

4 Depuis sa nomination à la primature, Lansana Kouyaté a montré par trop de signes évidents qu’il nourrit des ambitions politiques. Or l’équipe de transition qu’il dirige devait observer une stricte neutralité dans le jeu politique guinéen. Mais il a personnellement franchit le rubicond.

La communauté internationale observe de très près la situation politique en Guinée. Et, elle s’en inquiète. C’est pour aider la Guinée à régler ses conflits internes que le Secrétaire Général de l’ONU, Ban ki Moon a dépêché à Conakry un médiateur en la personne de Gérard LATORTUE, ancien Premier ministre Haïtien pour tenter de rapprocher les deux camps afin d’éviter à la Guinée, une autre révolte populaire.

Alpha Kaba Diakité

17 avril 2008.