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Tué, le 16 avril, dans un accident de la route à 25 kilomètres de Fria, avec sa camarade syndicaliste Magbé Bangoura et les journalistes de la RTG, Aboucar Lansana Camara et Lamba Mansaré, le Dr Ibrahima Fofana a été enterré, lundi, à Conakry, avec tous les honneurs. Les choses commencent tôt ce jour déclaré « chômé et férié » par le gouvernement d’union nationale.

La levée des corps a lieu dès 7h45 à la morgue de l’Hôpital Ignace Deen. Puis le cortège s’ébranle, pour une courte escale rythmée par la musique de fanfare vers la Bourse du Travail qui fut l’antre du courageux médecin lors des événements des événements de 2006 et 2007 où les syndicats guinéens font plier Lansana Conté, à leur corps défendant.

Commencent ensuite de 10 heures à 13 heures les funérailles nationales dans un « Palais du Peuple » plein comme un œuf dès 8 heures. Le dernier rituel musulman à la mosquée est observé à la grande mosquée de la capitale. Vers 14 heures enfin, les « héros » sont portés sous terre dans la douleur contenue des uns et dans les sanglots des autres.

Au Palais du Peuple, ils sont tous venus. A commencer par Henriette Conté, la veuve de Lansana Conté. Elle n’a jamais été vue dans une cérémonie publique depuis le décès de son mari auquel le bouillant syndicaliste a pourtant donné du fil à retordre. Ensuite Pivi : il est loin de compter parmi les « amis » du grand disparu.

Aujourd’hui pourtant, il le qualifie ni plus ni moins de héros. Les anciens membres des gouvernements successifs sont aussi de la partie : Kabiné Komara le visage grave et Cellou Dalen Diallo qui dut « interrompre une mission à l’étranger » pour venir accompagner à sa dernière demeure « son ancien camarade d’université ».

Puis, il y a par milliers, – ils sont estimés par la presse locale à plus de cinq mille- les citoyens lambdas surtout les femmes et les jeunes, les ténors de la société civile et le landerneau politique. Sekouba Konaté a déjà pris un décret décorant à titre posthume les disparus et Jean Marie Doré ouvre la cérémonie funéraire vers 10 heures dans une salle émue.

L’émotion atteint son pic quand Henriette Conté à qui en échoit l’honneur s’avance pour déposer les gerbes de fleur auprès des quatre cercueils. Rabiatou Serah Diallo n’est pas loin derrière.

Elle est d’une grande dignité mais elle n’y peut rien : il faut qu’elle pleure pour la dernière fois celui qu’elle appelle son frère jumeau pour avoir partagé avec lui les terribles tortures qu’ils subirent ensemble.

Sans doute, elle a dû, hier, ressentir beaucoup de douleur mais aussi beaucoup de fierté au vu de toutes ses banderoles reconnaissantes et devant les éloges entendus sur « son jumeau » qui a, tout le monde le dit ici, réussi une autre prouesse lundi : rassembler la Guinée même pour quelques heures.

Adam Thiam

De Conakry

21 Avril 2010.