Partager

En ces heures graves pour notre nation, je ne peux m’empêcher de déroger aux ordres de mon médecin (qui m’impose silence et repos) pour renouer avec mes mauvaises habitudes, livrer mon sentiment sur cette énième rébellion. Elle est d’ailleurs symptomatique de l’état de déliquescence avancée d’une nation qui fut jadis fière, orgueilleuse, pétrie d’honneur et de bravoure. Oui, il fut un temps où la devise de l’homo malianus fut : « plutôt la mort que la honte« !

Alors, chers amis et compatriotes d’infortune, cette nouvelle poussée d’irrédentisme a permis d’étaler au grand jour une évidence pénible à nier, même pour un sourd, muet, aveugle et grabataire : notre armée est devenue un refuge pour bien-nés, des individus pour lesquels, fatalement, la défense de la patrie, l’idée de sacrifice suprême paraissent saugrenues, des concepts abscons.

Il est heureux, aujourd’hui, paradoxalement, de constater que les criminels et surtout les adeptes de la dolce vitae gratis se font (sombrons légèrement dans la vulgarité volontaire) botter le derrière au point de les rendre aphones, leurs amis qui furent silencieux et complaisants réclament des négociations. Pour ce faire, les bandits du MNLA ont trouvé en Alain Juppé un factotum de luxe.

Après la villégiature tropicale du ministre planton Henri de Raincourt et le névrosé plaidoyer pro domo de l’ambassadeur de Navarre au Mali, Alain Juppé, bras droit de Jacqouille-la-Fripouille, est un individu condamné à une peine infamante par la justice de son pays. Malgré ce casier judiciaire, il sera réhabilité par Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa qui en fera son ministre de la Défense puis des Affaires étrangères. Voilà exactement où les dirigeants africains trouvent l’inspiration !

Pour remuer le couteau dans la plaie, rappelons que c’est pour faire plaisir à Sarkozy, aujourd’hui parrain sans complexes des poncifs de la rébellion logés et nourris à Paris, que notre président ATT a libéré quatre redoutables terroristes d’Aqmi en échange d’un octogénaire français du nom de Peter alias Pierre Camatte qui, dit-on, faisait de la recherche sur le paludisme à… Ménaka. Depuis le temps qu’ATT, sous les bananiers, se fait payer en monnaie de singe, le chef blanc doit bien se marrer… Fiou !

De la guerre actuelle, il appert une autre réalité, criarde et bien affligeante : les grades n’ont plus de valeur. Nous avons une demi-centaine de généraux qui coûtent une fortune à nos maigres finances et environ 400 colonels et lieutenants-colonels selon les estimations. Savez-vous seulement qu’avec 14 millions d’habitants et un indice de développement humain qui n’honore personne, le Mali compte plus de généraux dans son armée que le Canada, mille fois plus riche, avec 60 000 hommes dans les rangs et un des niveaux de vie les plus élevés du monde ?

Deux fiertés

Que dire de la fournée de colonels qui pavoisent les ministères et dont l’écrasante majorité est vouée à l’affairisme et à l’enrichissement sans cause ? Ne vous étouffez pas ! Attendez de voir la promotion fulgurante des fils à papa devenus officiers, après une entrée à l’Emia dont le secret n’est connu que d’Allah le Tout-Puissant ! Qui a parlé d’armée de nos besoins qui n’exclurait pas les impotents, les mauviettes et les crétins pourvu qu’ils soient issus de semences précieuses et prestigieuses. Astafourglah !

Enfin, au-delà des considérations triviales que les hâbleurs impénitents mettraient sur le compte de l’aigreur pathétique, la remarque la plus importante à faire est que cette guerre (à mener jusqu’au bout pour crever ce maudit abcès) est en train de révéler qu’il reste un embryon de soldats grâce auxquels le Mali gagnera. Mais encore, cette bataille a fini de révéler la valeur militaire intrinsèque de deux officiers hors-pairs : les colonels-majors El hadj Ag Gamou et Abderrahmane Ould Meydou, un Touareg et un Arabe.

Nous avons déjà écrit combien Ag Gamou s’ennuyait ferme à Bamako comme adjoint au chef d’état-major particulier d’ATT. Gamou est un officier de terrain qui n’a jamais marqué un penchant pour les refuges climatisés. Aujourd’hui, non seulement les deux prouvent leur bravoure, leur sens de l’honneur et leur patriotisme mais aussi Gamou montre son… flair politique.

Sans bruit, il est devenu un héros personnel pour sa communauté imghad. Il a pu trouver du travail pour un millier de jeunes depuis 2006, en restant dans la République. C’est cela qu’on appelle la démocratie, faire du lobbying pour les siens. Mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas demain que ces deux hommes porteront les étoiles de général.

Et pendant ce temps, des centaines d’hommes en uniforme cherchent des subterfuges pour ne pas y aller. Avec l’aide de leur parrain. Et ce déshonneur ne leur donne aucune envie de se faire hara-kiri. Sont-ils de vrais descendants de Soundiata, Tièba, Sékou Ahmadou ou Firhoun ? Quoi qu’il en soit, n’ayant pas commencé cette guerre, le Mali agressé ne doit rien négocier. Le génocide opéré à Aguel Hoc est une barbarie indigne qui disqualifie définitivement les animaux auteurs de cette boucherie sauvage.

En priant pour le repos de l’âme des disparus, chaque Malien doit réfléchir au rôle d’un Etat qui est d’empêcher ce genre d’événement en prenant ses responsabilités.

Ousmane Sow

(depuis Montréal)

P. S. : Certes je suis en convalescence maintenant mais je garde ma lucidité et je remercie ceux qui pensent à moi et ont prié pour mon rétablissement. Vive le Mali, Vive les militaires combattants pour la patrie. Allah hokou diam !

01 Mars 2012