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Ces dernières semaines, le vocabulaire malien est dominé par une panoplie de mots qui traduisent le désespoir et l’humiliation que subit le pays au jour le jour. De quoi faire retourner le père de l’indépendance Modibo Keïta dans sa tombe.

On aura tout vu et tout entendu dans ce pays. Il s’agissait d’abord de l’affaire dite de l’achat du nouvel avion présidentiel, qui avait fait couler tant d’encre et de salives. Ensuite, ce fut la visite du Premier ministre Moussa Mara à Kidal avec son corollaire : «attaque du gouvernorat», «assassinat d’officiels maliens», «prise d’otages», «guerre», «débâcle de l’armée», «cessez-le-feu», «responsabilité» et «démission»…

Après ces événements malheureux, c’est dans la famille de l’école malienne que de nouveaux mots, pour ne pas dire maux, apparaissent : «fuite de sujets», «fraudes massives». Et comme si cela ne suffisait pas, à notre grande surprise, le lundi soir dernier, un nouveau mot venait s’ajouter à cette longue liste : «évasion» de prisonniers dont des djihadistes de la Maison d’arrêt centrale de Bamako.

Et du côté de l’Assemblée nationale, on entendait d’autres vocables : motion de censure de l’opposition contre le gouvernement. Toutefois, au-delà de toute appartenance politique, il semble important de rappeler aux uns et aux autres que même si nous voulions faire comme l’autruche, notre pays, le Mali, est en guerre et que le seul combat qui vaille, c’est celui de l’intégrité territoriale du pays.

Et chers Maliens, pour cela, il faut un sursaut national ! Ne nous trompons surtout d’ennemis, sinon nous mènerons un combat qui n’en est en réalité pas un, du moins, qui ne sert pas l’intérêt du Mali. Arrêtons pour une fois d’être en porte-à-faux avec l’hymne national qui demande : «si l’ennemi découvre son front au dedans ou au dehors, debout sur les remparts, nous sommes résolus de mourir pour l’Afrique et pour toi…».

Aujourd’hui, l’ennemi de dedans nous a montré son front, c’est le MNLA, et l’ennemi de dehors, ce sont ses soutiens, arrêtez la politique politicienne et donnez-nous les mains pour d’abord faire face à l’ennemi, et après, on lavera le linge sale en famille. Il est temps que vous arrêtiez de ridiculiser ce pays, le Mali, et les Maliens ne le méritent pas.

Arouna Sissoko, stagiaire

SOURCE: Le Débat du 23 juin 2014.