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Dans le milieu des associations des personnes vivant avec le VIH/Sida, l’heure est au désarroi. La suspension de l’aide du fonds mondial associée à la crise socio-politique semble avoir détourné l’attention des dirigeants sur les problèmes de cette couche sociale.

jpg_lutte-sida.jpg«Nous souffrons énormément. Tant que le fonds mondial n’aura pas démarré, nous n’aurons pas d’assurance». C’est en ces termes qu’Aliou Diallo, point focal du réseau malien de personnes vivant avec le VIH alerte l’opinion national sur la situation des personnes infectées et affectées par le Sida.

Le calvaire des PVVIH a débuté avec la suspension, en 2011, des dons du fonds mondial au Mali. Le Secrétariat Exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida (SE/HCNLS) et ses 66 sous bénéficiaires se sont retrouvés à court de fonds pour la réalisation des activités planifiées avec ses populations cibles.

Pourtant des efforts, les acteurs de la lutte contre le Sida au Mali en avaient réalisés. La proportion des séropositifs au sein de la population générale a chuté de 1,7 % à 1,3 % entre 2002 et 2006, avec un espoir de descendre au dessous de la barre de 1 % lors de la prochaine enquête de démographie et de santé.

Selon des informations du SE/HCNLS, les sites de dépistage de la maladie sont passés de 22 à 266 entre 2003 et 2010 ; le nombre de personnes dépistées annuellement, chiffré à 5 605 en 2003, a bondi à 129 030 en 2010. Les sites de prévention de la transmission mère-enfant ont été multipliés par 24 et ceux de traitement ARV, par 25. Cela au bénéfice des patients dont 33 580 ont été sous traitement ARV en 2010 contre seulement 1 073 en 2003.

Ces résultats forts encourageants, soutenus par un singulier exercice d’audit de qualité des données réalisé par un cabinet américain de renommée internationale, en l’occurrence le Cabinet John Snow Inc (ISI) ayant certifié les données du Mali à 93%, n’ont pu empêcher le fonds mondial d’appliquer des «mesures conservatoires» sur les services impliqués dans des présumés cas de malversations financières.

Après l’exécution d’un premier round entre 2005 et 2010 portant sur 45 188 652 dollars US (environ 4, 5 milliards de F Cfa), le Mali avait été admis à un second round s’étendant sur une période de quatre ans (2010-2014) sur lequel les services bénéficiaires du pays n’ont pu mobiliser que quelque cinq (05) millions de dollars. Dans une correspondance en date du 14 octobre 2011, l’organisme onusien a notifié au SE/HCNLS qu’il sera suspendu des bénéficiaires de ses fonds.

Les rares partenaires qui s’intéressent encore à la question interviennent dans le cadre de programmes ciblés. A l’image du Programme des Nations Unis pour le Développement qui souhaiterait signer, d’ici septembre, un partenariat avec l’Association Malienne d’Assistance et de soutien aux séropositifs et de l’Association féminine d’aide et de soutien aux veuves et orphelins du sida (AMAS/AFAS).

«Nous vivons au jour le jour. Beaucoup de nos gens sont en train de mourir par manque d’assistance» a confié un malade du Sida qui a souhaité gardé l’anonymat. Selon des informations, confirmées par des malades du Sida, les Antis Retro Viraux n’ont pas connu de rupture ces derniers mois, à l’exception de quelques molécules. Mais l’accompagnement indispensable à la prise des ARV fait cruellement défaut. «En tant que conseillé psycho social et éducateur thérapeutique, je connais l’incidence des ARV sur l’organisme d’une personne vivant avec le VIH.

Si tu n’a pas à manger et que tu prends les ARV, au lieu de te soutenir, c’est l’ARV qui va te tuer», a expliqué Aliou Diallo. Du fait de la crise économique, des ONG et réseaux de soutien aux malades du Sida licencient ou cumulent des mois d’arriérés de salaires de leurs employés. Face à l’ampleur de cette situation, les PV/VIH envisagent de rencontrer le premier ministre pour solliciter davantage d’attention sur leur condition de vie.

Seydou Coulibaly

26 Juin 2012

©AFRIBONE