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Depuis l’avènement du consensus comme mode de gestion, les Maliens ont constaté avec regret et amertume que l’insolence, le mépris, l’arrogance, le mensonge, la médiocrité ont pris le pas sur les vertus cardinales pour gérer les problèmes de la cité. Ainsi, notre pays se trouve à la croisée des chemins, malgré les tintamarres autour du PDES. Personne ne sait de quoi sera fait demain.

Tellement la situation est explosive. Mais du côté du pouvoir, le chien aboie la caravane passe. Sinon, s’il se souciait un peu de la précarité de leurs concitoyens, le système éducatif n’allait pas être paralysé la semaine dernière par la grève des enseignants à plus forte raison celle déclenchée par la magistrature dont une partie a opté pour la grève illimitée. Jusqu’où ce régime déguisé des généraux veut- il amener les Maliens ? L’histoire nous le dira certainement.

Malgré les poses de telle première pierre avec un impressionnant battage médiatique comme ils savent le faire pour farder les réalités quotidiennes des Maliens, tout le monde reconnaît que la situation socio économique de notre pays est inquiétante. Même les thuriféraires du régime sont aujourd’hui d’accord que la gestion de leur idole tant flagornée s’est révélée catastrophique, voire dangereuse. Et les plus courageux n’hésitent plus à la critiquer publiquement. Tant mieux, s’ils reviennent à la raison. Ils devraient s’attendre à cette situation.

D’autant plus que le consensus est l’ennemi de la démocratie. Sauf, si on voulait s’affranchir de la démocratie imposée par le sommet de la Baule de 1990 qui a mis le continent africain sens dessus dessous. Car les soi disant démocrates, issus des premières élections de cette démocratie, se sont révélés des charlatans politiques, des délinquants financiers, des criminels, des oppresseurs, des voyous en un mot des génocidaires.

Revenons à la situation de notre pays. Le gouvernement malien, qui a toujours privilégié le faux fuyant dans les négociations avec ses partenaires surtout avec les syndicats, est entre le marteau et l’enclume. Incapable d’honorer ses engagements, la tension sociale ne cesse de monter. Les couches socio professionnelles montent la pression et l’équipe gouvernementale, de son côté, fait comme si de rien n’était.

Si le Mali comptait pour ces gens, les deux secteurs clés de notre pays à savoir l’éducation et la justice n’allaient pas connaître de mouvement de grève la semaine dernière. Malheureusement, le gouvernement a prêté son flanc aux critiques en disant à ces deux corporations que «faites ce que vous voulez, nous nous sommes les maîtres des lieux». En un mot, nos grèves ne nous fait ni chaud ni froid.

Durant deux jours (4 et 5 mai), les écoles, dont les militants constituent le Collectif des syndicats de l’Education (COSE), sont restées fermées. La particularité de cet arrêt de travail était que les deux jours ont paralysé le système éducatif malien du fondamental au supérieur en passant par le secondaire. Et même une partie du privé, par l’entremise du syndicat national de l’école privée (SNEP), a été concernée par ce débrayage. On peut même dire que cela est une première dans l’histoire syndicale de notre pays.

Malgré cette force de frappe, le gouvernement est resté sourd aux cris de détresse des enseignants et des élèves (amis de ATT) qui composent normalement ce matin sans leur bulletin du premier trimestre. Il faut rappeler qu’à l’appel de leur syndicat (COSES), les enseignants retiennent depuis le début de l’année les notes de leurs élèves. Ce mépris prouve que les autorités maliennes n’accordent aucun crédit à l’école ainsi qu’aux enseignants.

Les enseignants ne réclament ni Koulouba encore moins la Maison blanche de Bamako Coura, mais un bien être qui n’est pas au dessus des moyens de l’Etat eu égard aux dépenses ostentatoires auxquelles se livrent les autorités.

La grève de la justice est venue au mauvais moment. Elle risque de porter un coup dur aux élections communales du 26 avril dernier. Ainsi, seront renvoyés aux calendes grecques, les contentieux électoraux sans lesquels les conseils communaux ne pourront pas se former dans le délai indiqué par la loi électorale de 2006.

Mais avec ce pouvoir, tout est possible. ATT et ses hommes sont en mesure de proclamer les résultats définitifs sans la justice, à condition que les partis qui se disent grands et prêts à crier au scandale, ne soient pas lésés lors de la proclamation.

Ils sont tellement habitués à la violation des textes que cela est devenue leur sport favori. Et s’ils le font, personne ne sera surpris, sauf ceux qui continuent de croire que le Mali est dans de bonnes mains.

En plus de cela, le mécontentement gagne petit à petit les Maliens. Le prix du riz, malgré des milliards investis dans l’Initiative riz et des exonérations accordées aux commerçants tirés sur volet, n’est pas à la portée de tous les chefs de famille. Les autres denrées connaissent des augmentations légères. Comme le sucre qui a connu à une augmentation de 25 F de son prix.

Il n’est pas certain de s’attendre à une diminution compte tenu de deux facteurs : la période de soudure et le mois de carême qui pointent déjà à l’horizon.

Face à tout cela, le gouvernement semble ne pas se soucier du sort des Maliens. Un tel comportement ne fera que grossir le lot des mécontents. Et il aura toujours le dos au mur.

Yoro SOW

11 Mai 2009