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Depuis le 19 mars dernier, tous les ordres d’enseignement ont entamé une grève illimitée suite à l’échec des négociations avec les départements de tutelle. Cette grève concernant toutes les facultés et instituts supérieurs dont la FSJP, la FSEG, la FMPOS, la FLASH, et autres, révolte les étudiants estimant être les premières victimes de cette situation. Nous avons donné la parole à quelques étudiants.

Hawa Yattassaye, étudiante à la flash :« Cette grève nous pénalise »

« Je trouve vraiment dommage cette grève des enseignants, qui ne peut pas continuer ainsi. Elle nous pénalise et nous indigne car nous nous dirigeons vers une année blanche alors que nous n’avons pratiquement rien fait en classe. Au niveau de l’IUG, nous avons de la chance d’avoir fait les premières évaluations. Cependant, tel n’est pas le cas pour les autres facultés qui n’ont pratiquement fait aucun cours. Même si la grève venait à prendre fin en ce moment, de combien de temps de cours disposeront les étudiants pour maîtriser les matières d’évaluation et acquérir les notions nécessaires dans le cadre de leur formation ? »

Baly Haïdara, étudiant à HETEC: « Les grèves doivent être une leçon pour chaque étudiant »

« Les grèves doivent être une leçon pour chaque étudiant. Car, nous devons comprendre que ce n’est pas parce que les cours ne sont pas dispensés que nous devons arrêter notre apprentissage. En effet, l’un des problèmes majeurs de l’étudiant au Mali, c’est qu’il rend mot pour mot les cours des professeurs lors des examens. Je pense que le mot étudiant est synonyme de recherche. Donc, les notions apprises en classe ne sont que la base de la connaissance. Nous devons approfondir nos connaissances par nos propres recherches.»

Gérard Coulibaly, Étudiant à l’IUG : « Si j’étais à la place des enseignants… »

« Les enseignants et notre ministère de tutelle sont les premiers responsables de cette situation de crise. J’ai entendu dire que la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, se refuserait à un dialogue avec les syndicats d’enseignement et que cela serait la raison pour laquelle cette grève aurait tant d’ampleur. J’ignore si cela est vrai mais, tout porte à croire que oui. Parce que je pense que s’il y avait un dialogue franc entre les différentes parties, nos professeurs seraient moins rebelles et plus conciliants. Il est évident que si les instances dirigeantes respectaient leurs engagements, rien de tout cela n’arriverait. Même si j’étais à la place des enseignants, j’agirais de la même manière. Que l’État respecte ses engagements. C’est la seule solution à mon avis au risque de voir notre système éducatif sombrer dans la dérive, si ce n’est déjà le cas. »

Yaya Togora, Étudiant à la FSJP :« Il faut arrêter ces séries de grève »

« Vous savez, il faut appeler les chat par son nom. La crise de l’école malienne ne date pas d’aujourd’hui. Elle a débuté depuis la révolution de mars 1991. Certes j’étais très jeune à l’époque, mais cela ne m’empêche néanmoins pas de constater comme tout le monde, l’agonie de notre école, de l’université de Bamako puisque c’est d’elle qu’il s’agit aujourd’hui. D’après ce que mes parents m’ont raconté, l’école malienne était un véritable modèle de réussite dans le passé.

Depuis 1991, tout a basculé. Il y a eu des grèves incessantes et même une année blanche. Aucun gouvernement n’a su prendre les mesures nécessaires.

C’est dommage parce que d’après ce que je sais, l’éducation est le secteur qui bénéficie d’au moins un tiers du budget national mais on n’en voit vraiment pas les répercutions sur la bonne marche de l’enseignement. Avant les élèves sortaient tout le temps pour n’importe quel prétexte.

C’est donc malheureux de voir que ce sont nos parents enseignants qui ne cessent de revendiquer. Je ne dis pas qu’il est mauvais de revendiquer ses droits, je dis juste que nos professeurs ne devraient pas oublier qu’ils ont des devoirs vis-à-vis des étudiants et du peuple malien. S’ils veulent que nous soyons au même niveau que les autres pays de la sous région, il va falloir qu’ils arrêtent leurs séries de grève.»

Tahirou Dagnogo, Étudiant à la FMPOS :« Tout faire pour que l’école malienne se remette sur les rails »

« A la longue, au lieu de devenir médecins, nous serons plus tôt des bouchers parce que nous n’aurons pas eu le temps nécessaire pour acquérir toutes les compétences. Il faut vraiment faire attention parce que la fac de médecine forme des étudiants censés devenir les futurs docteurs de ce pays et pas seulement.

Sans risque de nous flatter, c’est jusqu’à preuve du contraire, la faculté qui accueille une multitude d’étudiants venant de divers pays africains. C’est justement parce que c’est l’une des meilleures facultés du continent. Elle représente une fierté dont nous devons absolument prendre soins et éviter qu’elle se dégrade.

Quand je dis nous, je veux parler de tout le monde : l’État malien, le ministère de tutelle, les étudiants et même les parents d’élèves. Je demande à tout un chacun de tout faire pour que l’école malienne se remette sur les rails et retrouve ses lettres de noblesses, qu’elle soit à nouveau, la renommée de toutes les écoles de la sous région. »

Hawa Séméga

19 Avril 2010.