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La grève générale illimitée au supérieur est différemment interprétée par les Maliens. Pour beaucoup de Bamakois elle est le reflet de l’incompétence du gouvernement alors que d’autres déplorent le maximalisme des syndicats. Dans tous les cas, il n’y a qu’un seul perdant : l’avenir de la nation. Réactions.

Abdoulaye Diallo (commerçant) :

 » Les enseignants ont raison ! Voilà ce qui arrive quand un gouvernement est incompétent. A mon avis toutes ces grèves des enseignants comme toutes les autres d’ailleurs ces derniers temps ont leur source dans la grève des magistrats. Lorsque ceux-ci avaient décrété la grève illimitée, l’État ne devrait pas du tout céder. De la manière dont il a résolu les problèmes des magistrats, qu’il fasse de même avec les enseignants pour sauver l’année scolaire. Sinon, si on continue comme ça, l’année risque d’être blanche. Et ce sont les pauvres qui payeront les pots cassés car c’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu. L’État quant à lui n’a rien à perdre à ce que l’année soit blanche, la plupart sinon tous les membres du gouvernement ont leurs enfants à l’étranger. C’est précisément la raison pour laquelle ils laissent la grève perdurer. C’est le gouvernement de Modibo Sidibé même qui est incapable, qu’ils partent tous. Si vous n’avez pas d’argent dans ce pays, votre enfant n’étudiera pas. Dans cette affaire, c’est la population même qui est fautive, parce qu’inactive, c’est-à-dire démissionnaire face à l’avenir ».

Chaka Diarra (un fonctionnaire retraité) :

 » L’école malienne est à la dérive. Elle se dégrade d’année en année. Quand ce n’est pas la grève des étudiants, c’est la grève des enseignants. Avant, il était fréquent que les élèves désertent les classes à cause des revendications de l’AEEM. Lorsqu’il y avait grève seulement, on pensait tout de suite à l’AEEM. Aujourd’hui, c’est le contraire qui se produit de plus en plus, les enseignants sont actuellement plus spécialisés en grève que les étudiants. Qu’ils songent un tout petit peu à l’avenir des enfants et mettent fin à cette grève ! Nous sommes tous des pères et des mères, qu’ils laissent les enfants regagner les classes car c’est eux notre espoir de demain. Et si l’année est blanche ça ne fera que les mettre en retard. L’ État ne peut pas satisfaire tous les points de doléances, qu’ils acceptent ce qu’il leur propose et retournent donner des cours aux élèves ».

Seydou Dembélé (étudiant) :

 » Les autres étudiants peuvent s’estimer heureux, car eux au moins ont fait 1 ou 2 mois de cours. Ils peuvent composer dans certaines matières en vue de sauver leur année. J’étais à la Flash. A partir de la licence, j’ai fait le concours d’entrée à l’EN Sup. Depuis la proclamation des résultats, la rentrée n’est pas encore effective. Aujourd’hui, je regrette même d’être parti à l’EN Sup, j’aurais mieux fait de rester à la Flash. Nous qui n’avons pas vu une fois la tête de nos professeurs, qu’allons-nous faire ? Cette situation est en train de me faire perdre le goût même des études. Les enseignants campent sur leur position, le gouvernement aussi s’en tient à sa décision. Si les choses continuent comme ça, l’année sera inévitablement blanche, et c’est nous qui payerons les pots cassés. Pour éviter cela, j’en appelle à la clémence des enseignants dont les enfants sont aussi sans doute concernés par cette affaire, qu’ils nous laissent regagner les classes. Car l’Etat quant à lui a déjà sacrifié l’avenir de sa jeunesse ».

Seydou Doumbia (éditeur) :

 » M. Mallé a perdu les pédales. Il a outrepassé son droit de grève en décrétant la grève illimitée au niveau du supérieur. Pour son intérêt personnel et celui de son syndicat, il a mis en péril l’avenir de milliers d’étudiants et des parents d’élèves, voire toute la nation. La grève est un droit, c’est vrai, mais on ne doit pas décréter la grève illimitée au niveau de l’éducation et de la santé qui sont deux secteurs sensibles d’un pays. Autrefois, les syndicats demandaient beaucoup pour avoir peu. Ils devraient accepter certaines propositions de l’État, continuer à revendiquer tout en restant en classe ».

Salimata Diallo (syndicaliste) :

 » Le cahier de doléances comporte plusieurs points de revendications mais le point saillant demeure l’intégration des enseignants contractuels à la fonction publique de l’État. Pourquoi le refus catégorique du gouvernement de notre intégration à la fonction publique de l’État ? Nous n’avons pas d’issue avec la fonction publique des collectivités, et c’est ce qui explique notre refus catégorique. Les établissements scolaires peuvent être financièrement du ressort des collectivités mais pas les enseignants. Une éducation aussi fragilisée que la nôtre, si on doit la mettre encore au compte des collectivités qui sont à l’état expérimental, c’est pour aller à sa dérive ».

Issa Diawara (stagiaire à la mairie d’Hamdallaye) :

 » Les responsabilités dans cette grève sont partagées. Enseignants et l’État sont tous deux fautifs. Il n’y a pas lieu ici de faire un bras de fer. C’est l’avenir des enfants qui est en jeu et ils doivent penser avant tout à cela avant de s’acharner dans une grève interminable. Il faut que chacun mette de l’eau dans son vin et aller à la négociation. Les enseignants ont le droit de revendiquer, l’État aussi doit résoudre certains points et leur donner l’assurance par rapport à d’autres. Les enseignants aussi se disent qu’une fois que les autres corps vont en grève, l’État résous immédiatement leurs doléances, alors qu’eux n’obtiennent jamais gain de cause. A mon avis, c’est ce qui est à la base de la grève illimitée. Mais il faut qu’il y ait un consensus, que la grève prenne fin maintenant car c’est la réputation de l’école malienne qui est en jeu ».

Ibrahima Diawara (centre d’État secondaire d’Hamdallaye) :

 » Trop c’est trop, qu’on démette tous ces enseignants de leurs fonctions et qu’on en recrute d’autres, il y a des chômeurs qui ne demandent qu’à être embaucher. Autrefois, le salaire des enseignants ne dépassait pas 25 000, mais maintenant, ils ont plus que ça. Ils sont vraiment en train de dépasser les limites du tolérable. Ils doivent comprendre qu’on ne peut pas satisfaire toutes les doléances à 100 %, qu’ils se contentent de ce que le gouvernement leur propose. Il faut qu’ils soient consciencieux ».

Propos recueillis par Ramata S. Kéita

(stagiaire)

26 Mai 2010.