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greve1.jpgHier mardi, dans le district de Bamako, deux couleurs manquaient au paysage : le vert des voitures transports en commun ou Sotrama et le jaune des taxis. Très tôt, les rues de Bamako, ainsi que les deux ponts reliant les rives du fleuve Niger, étaient envahis par les piétons se suivant en longues files ininterrompues, qui pour arriver à l’heure à l’école ou au boulot, s’étaient réveillés de très bonne heure. Par contre, les particuliers étaient aux anges, car la circulation était très fluide hier mardi.
Bref, tout ce chamboulement était du à la grève générale décrétée par la Coordination nationale des syndicats et associations des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (CNSTRM). Celle-ci a appelé hier à un débrayage de 48 heures qui a débuté hier mardi. Motif de l’arrêt du travail : la non-application des décrets relatifs à l’amélioration de leurs conditions de travail.

Selon Makan Touré, le secrétaire aux relations extérieures de la section nationale des transports privés : « La grève de ce matin n’est nullement un coup de boule« . « Nous sommes fatigués des promesses non tenues. Nous sommes fatigués des tracasseries policières. Qu’on nous dise au moins ce qui ne va pas. Car cela fait des années que des accords et des décrets ont été pris pour nous. Mais jusqu’à présent nos conditions de vie n’ont pas changé d’un iota« , s’insurge-t-il.

Comme revendications, les transporteurs exigent la relecture des conventions collectives régissant les conditions de travail des chauffeurs et leur application ; la révision de l’arrêté n°001358 du 9 mai 2000 fixant les conditions d’établissement et de délivrance des permis et autorisations de conduire ainsi que les conditions d’extension de prorogation et de restriction de validité des permis de conduire.

Ils réclament, en outre, l’annulation de l’arrêté n°018 du 29 mai 2006 portant l’interdiction de circulation des véhicules de transports collectifs sur la chaussée submersible de Sotuba, et l’arrêté n° 039 portant réglementation de la circulation et de stationnement des véhicules gros porteurs dans le District de Bamako, ainsi que la notification et l’explication de tout acte qui interdit l’accès de certains périmètres aux véhicules de transport routier, le respect de la réglementation en matière de contrôle routier et de régulation de la fluidité de la circulation et de la sécurité routière et enfin la création d’une commission de suivi.

De même, les transporteurs déplorent le comportement des agents de sécurité. Selon les responsables des transporteurs, les policiers ont une grande responsabilité dans la détérioration de la situation. Depuis 2000, constatent-ils, plusieurs décisions ont fait l’objet de décrets officiels relatifs aux conditions de travail des transporteurs.

Ils citent ainsi les arrêtés interministériels n°02-2519 du 19 décembre 2002 et n°02-0712 du 17 avril de la même année fixant le nombre et l’implantation et déterminant les modalités pratiques de l’implantation et du fonctionnement des postes de contrôle, des carrefours de circulation et des carrefours de fluidité dans les périmètres urbains ; l’arrêté n°039 portant réglementation de la circulation et des stationnements des gros-porteurs dans le District de Bamako ; la note de service n°1358 fixant les conditions de travail des véhicules forains. Autant de décisions prises par les pouvoirs publics dans le secteur du transport.

« Ces décisions, si elles ont jusqu’ici été, pour la majeure partie suivies par les transporteurs, certaines les concernant directement accusent des retards dans leur application, notamment les arrêtés interministériels n°02-2519 du 19 décembre 2002 et n°02-0712 du 17 avril de la même année« , déplore Makan Touré.

Ces textes définissent trois niveaux d’implantation des postes de police. Il s’agit des postes de contrôle (au nombre de 4), des postes de circulation (14 unités) et enfin des postes de fluidité (27 unités). Chacun de ces postes a un rôle déterminé à jouer.

Les postes de contrôle procèdent à des vérifications des véhicules qui sortent ou entrent dans le District de Bamako. Ils sont implantés aux sorties, notamment à Banankoro sur l’axe Bamako-Sikasso, Niamanan sur la route de Ségou, Moribabougou sur la route de Koulikoro et enfin à Sébénikoro vers la Guinée.

Les 14 postes de circulation ont pour mission d’organiser la circulation dans les carrefours. Ils inspectent les véhicules pour verbaliser ceux qui ne sont pas en règle vis-à-vis de la loi.

Quant aux postes de fluidité, ils facilitent la circulation dans la capitale. Ceux-ci ne sont pas habilités à vérifier ou à contrôler des véhicules, estime le secrétaire général de la coordination nationale des syndicats des chauffeurs et transporteurs routiers (SYNCTR), Marafa Touré. Ces mesures sont loin d’être respectées par les policiers, affirment ce dernier.

Les transporteurs, selon Marafa Touré, sont victimes de rackets de toute nature dans l’exercice de leur métier : « Ce sont les autorités elles-mêmes qui ont établi ces textes. Mais de l’approbation des textes à nos jours, ce sont toujours les mêmes tracasseries policières. De Faladié à l’intérieur de la ville ici, il y a 13 postes auxquels il faut payer 500 Fcfa. C’est insupportable pour nous. Nous ne pouvons pas comprendre tous ces comportements des agents de sécurité. Nous exigeons que les autorités prennent des décisions pour arrêter toutes ces tracasseries policières« , déplore-t-il.

Les transporteurs assuraient de leur détermination à aller jusqu’au bout. Quitte à renouveler le mot d’ordre de grève pour les semaines à venir.

Selon le secrétaire aux relations extérieures de la section nationale des transports privés, Makan Touré, ce n’est qu’un début. « Nous avons décidé deux jours de grève. Si rien n’est encore fait, nous décréterons 72 heures et pourquoi pas une grève illimitée », a-t-il mis en garde.

Au département, le mot d’ordre était à l’apaisement. La veille du débrayage, le directeur national des transports, Djibril Tall, avait assuré que 6 points sur 7 des revendications avaient fait l’objet d’un accord à l’issue des discussions menées depuis le dépôt du préavis de grève.

Le ministre de l’Équipement et des Transports avait, lui, décidé de recevoir dans la matinée d’hier les responsables des transporteurs pour trouver une solution au problème.

Cette journée sans transports communs, respectée à la lettre par les transporteurs, a été un véritable calvaire aussi bien pour les usagers que pour le monde des transporteurs dont nombre de sociétaires vivent au jour le jour et ne pouvaient endurer les conséquences d’un mouvement prolongé, quelle que soit la farouche détermination affichée par leurs responsables syndicaux.

« Aujourd’hui, tout le monde saura si nous sommes importants ou pas« , scandaient avec une pointe de cynisme certains chauffeurs de Sotrama et conducteurs de véhicules de transport en commun.

31 octobre 2007.