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Elle a différé hier selon que l’établissement emploie un grand nombre de contractuels ou de fonctionnaires.Le Collectif des enseignants de l’éducation qui regroupe la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses), les syndicats de la Fédération nationale de l’éducation, des sports, des arts, de la recherche et de la culture (Fenarec) ainsi que ceux de la Fédération nationale des enseignants (Fen), a mis à exécution sa menace de grève (voir l’Essor de vendredi).

jpg_enseignement-formation.jpgCe mouvement de cinq jours a débuté hier. Il fait suite à un préavis grève du Collectif déposé le 31 mars dernier auprès du ministère de l’Éducation, de l’Alphabétisation et des Langues nationales. La situation était contrastée hier dans les établissements selon que l’école emploie un grand nombre de contractuels ou de fonctionnaires.

Ce sont surtout les enseignants fonctionnaires qui ont largement suivi le mouvement. Les membres du Syndicat des professeurs contractuels de l’enseignement secondaire (Sypces) qui regroupe la majorité des enseignants contractuels, et du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec) se sont, en effet, désolidarisés du mouvement.

Au lycée Kankou Moussa par exemple, les cours se sont déroulés normalement. Ici, les enseignants contractuels ont dispensé leurs heures comme à l’accoutumée. Au moment de notre passage, le proviseur de l’établissement, Baisso Poudiougou, n’avait pas encore fait le point de la situation des grévistes.

Mais il a assuré que le mouvement n’avait pas perturbé le déroulement normal des cours. « Peut-être que les enseignements seront affectés les jours où nous auront plus de fonctionnaires ayant des cours », a-t-il précisé. Par contre, au groupe scolaire de Kalabancoura où un enseignant sur trois est fonctionnaire, de débrayage a quasiment paralysé l’établissement. Dans cette école, la grande majorité des contractuels a observé la grève.

Il faut dire que ces contractuels sont membres du Syndicat des contractuels de l’enseignement fondamental (Sycef) ou du Syndicat libre et démocratique de l’enseignement fondamental affiliés respectivement à la Coses et à la Fen. Au groupe scolaire de Sabalibougou où les enseignants fonctionnaires et contractuels ont observé le mouvement, il n’y a pas eu classe.

Les locaux de l’établissement étaient pratiquement vides. Seuls quelques élèves déambulaient dans la cour. « J’ai dix groupes scolaires, seuls trois classes ont ouvert. C’est vraiment triste pour l’école », a dénoncé le coordinateur de école, Drissa Koné. Au lycée Askia Mohamed, le mot d’ordre de grève a été observé par la cinquantaine d’enseignants fonctionnaires. Par contre, les contractuels du Sypces (une cinquantaine également) étaient au poste. « C‘est mi-figue mi-raisin », a commenté le proviseur de l’établissement, Basseyni Diarra.

A l’Ecica, seuls quelques enseignants contractuels du Sypces ont dispensé leurs cours. Le cas du Lycée technique est particulier. En effet, cet établissement est le fief de la Coses. Dans ce lycée qui compte une centaine d’enseignants dont 80% sont des contractuels affiliés à la Coses, les classes n’ont donc pas ouvert.

Rappelons que les grévistes présentent six revendications : l’ouverture immédiate des négociations sur le taux de l’indemnité de logement aux enseignants du secondaire et du fondamental, l’intégration des enseignants contractuels à la fonction publique de l’État, la relecture du décret fixant la composition, l’organisation et les modalités de fonctionnement du Conseil supérieur de l’éducation, le respect de la liberté syndicale dans le secteur de l’enseignement, la relecture du décret portant statut particulier du personnel enseignant de l’enseignement fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale et l’application des cadres organiques des directions des académies d’enseignement (AE) et des centres d’animation pédagogique (CAP).

Sur ces six points, trois ont fait l’objet d’accord partiel. Deux autres sont en cours d’examen par le gouvernement. Le seul véritable point de blocage se situe au niveau de l’octroi de l’indemnité de logement. Le gouvernement a proposé à la place de cette indemnité de logement, une augmentation de l’indemnité de responsabilité de 10 000 et 7000 Fcfa respectivement pour les enseignants du secondaire et ceux du fondamental.

Cette mesure devait être appliquée dans trois mois. Entre temps, les deux parties devaient se retrouver pour discuter et intégrer leurs conclusions dans le cadre de la mise œuvre des recommandations du Forum national sur l’éducation. Le groupe de travail sur les recommandations du Forum a proposé au gouvernement d’effectuer une étude sur les statuts des enseignants à tous les niveaux d’enseignement afin de valoriser la fonction.

Cette étude doit être menée d’ici juillet. Mais les enseignants ne l’entendent pas de cette oreille et demandent au gouvernement de fixer le taux de l’indemnité et une date pour le début de son application, explique Souleymane Goundiam, conseiller technique au ministère de l’Éducation, de l’Alphabétisation et des Langues nationales.

Baye Coulibaly

L’Essor du 13 Avril 2010.

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Grève des syndicats d’enseignant : La guerre des nerfs

Les propos discourtois tenus par le secrétaire général de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses), au cours d’une rencontre avec le ministre Salikou Sanogo ne contribuent pas à l’apaisement du climat social de l’éducation.

Le lundi 12 avril, la grève de 120 heures du Collectif des syndicats de l’éducation (Coses, Fen, Fenarec) a démarré après l’échec des négociations avec les autorités.

Mais ce qu’il faut savoir, cette grève intervient au lendemain d’une rencontre initiée par le ministre de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Pr. Salikou Sanogo que les syndicalistes ont boycotté après avoir lu trois motions justifiant leur politique de la chaise vide.

Le secrétaire général de la Coses, Youssouf Diarra, a développé le contenu des trois motions, qui constituent une source d’indignation chez les syndicalistes.

En effet, M. Diarra a exprimé la colère de ses camarades au sujet d’une interview que le ministre a accordée à l’ORTM, au cours de laquelle, il a félicité l’Association des écoles privées agréées du Mali (AEPAM) pour avoir participé à l’organisation des examens de fin d’année en 2008.

Cette déclaration n’a pas été du goût des syndicalistes qui ont boycotté les évaluations pendant une année et pris en otage les notes. A l’époque, n’eut été la mobilisation des promoteurs d’écoles privées pour sauver l’année scolaire 2008-2009, la menace d’une année blanche planait.

Le secrétaire général de la Coses dans sa manifestation de colère a usé de propos que l’entourage du Pr. Salikou Sanogo a considérés comme un écart de langage à l’endroit d’une autorité.

Pour le secrétaire général de la Coses, c’est par « naïveté » que le ministre a félicité publiquement l’AEPAM. Ces propos ont provoqué un murmure et un grincement de dents dans la salle.

« Salikou est très gentil sinon ça aurait été quelqu’un d’autre tel l’auteur de ces propos serait rappelé à l’ordre immédiatement », a répliqué un des membres du cabinet du ministre.

Pis, après cet abus de langage, Youssouf Camara et ses camarades ont voulu se retirer de la salle sans écouter la réponse du ministre arguant qu’ils ont reçu mandat de leur base de venir juste lire les motions.

Politesse

De façon courtoise et pédagogique, le chef du département de l’Education a demandé à ses visiteurs d’écouter au moins « par politesse » sa réponse à leur accusation.

Démontrant ses qualités de professeur, il a confirmé qu’il assume les propos qu’il a tenus sur les antennes de l’ORTM à travers lesquels, dit-il, il n’a voulu ni provoqué ni choqué quelques corporations que ce soit.
De quoi la Coses se plaint-elle ? En quoi féliciter l’AEPAM peut-il choquer les syndicalistes ? Voilà quelques questions qui méritent d’avoir une réponse.

Parlant d’une autre motion relative à l’avis de réunion que le ministère a adressée aux différents regroupements syndicaux, le patron de la Coses a attiré l’attention du ministre sur l’omission de son syndicat et de la Fen à prendre part à la rencontre. Pour les syndicalistes, il s’agit là de les ignorer de manière délibérée.

« Que vous le voulez ou pas, vous êtes obligés de travailler avec nous », a renchéri Youssouf Diarra dans un ton de menace.

Mais tout en reconnaissant le tort de son département Pr. Salikou Sanogo a expliqué que son cabinet n’avait pas vu la nécessité d’inviter spécialement la Coses à partir du moment où toutes les organisations syndicales qui composent cette coordination avaient été invitées.

Amadou Waïgalo

Les Échos du 13 Avril 2010.