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Un calme plat régnait en effet dans tous les bureaux et brigades de douanes du Mali.

A la Direction régionale des douanes du District de Bamako et de Koulikoro, à la BMI de Bamako, au Guichet unique, au 801, à la sous-direction des enquêtes douanières, à Kati ou encore à Hérémakono, tous des services des douanes que nous avons sillonnés, aucun agent des douanes n’était visible à part une équipe très réduite qui assurait le service minimum conformément aux dispositions du Code du travail.

A la direction générale des douanes où les grévistes ont installé leur quartier général, des agents de douane en civil faisaient des va et vient pour s’enquérir de l’état et de l’évolution de la grève sur le terrain.

Le secrétaire général de la Section syndicale des douanes, Yacouba Katilé, entouré par certains membres de son bureau parmi lesquels Issoufi Daga Maïga, 1er adjoint au secrétaire général ; le deuxième adjoint M. Touré et Iboun Maïga collectaient les informations provenant de l’intérieur du Mali et s’occupaient particulièrement des journalistes avides d’information.

Au quartier général des grévistes, Yacouba Katilé nous fera savoir : « le mot d’ordre de grève a été respecté à 95 %« .

Parlant de la grève dans les régions, il dira qu’à Gao, tous les agents ont respecté le mot d’ordre tout en observant cependant la procédure relative au service minimum.

A Kayes, les trains marchandises sont bloqués. A Koury, près d’une centaine de véhicules contenant des marchandises de tous les genres sont bloqués à la frontière. A Zégoua aussi toutes les activités sont paralysées à cause de la grève qui a été suivie à 100 %.
A Hérémakono, ce sont près de 150 véhicules qui sont bloqués au poste douanier.

Quant au manque à gagner de cette grève de 72 heures sur le recouvrement des recettes douanières et pour le Trésor public malien, Yacouba Katilé dira qu’il est difficile de faire pour le moment une évaluation du manque à gagner. Ce qui est sûr, ajouta-t-il, ce sont plusieurs milliards que le Trésor public malien perd à cause de la paralysie de l’activité douanière.

Son premier adjoint, Issoufi Daga Maïga a été cependant beaucoup plus précis dans son calcul. Selon lui, en temps normal les services des douanes réalisent près d’un milliard de recettes par jour à travers tout le pays. En faisant donc un petit calcul, on obtiendrait près de 3 milliards de F Cfa de manque à gagner pour l’Etat malien.
Cette grève décrétée par la section syndicale des douanes et qui est aujourd’hui largement suivie par tous les agents des douanes est une première dans l’histoire de ce service.

Et pour un coup d’essai, Yacouba Katilé et ses hommes ont réalisé un véritable coup de maître en réussissant à entraîner dans leur sillage tous les agents des douanes. Ces derniers, à l’unanimité, ont en effet compris que la présente grève était une nécessité.

Mais cette prouesse de Yacouba Katilé ne peut s’expliquer que par les manoeuvres dilatoires des hommes qui nous dirigent à savoir Amadou Toumani Touré et son équipe gouvernementale menée par Ousmane Issoufi Maïga. A travers leurs agissements, ces autorités étatiques ont prouvé qu’elles n’ont aucun égard envers le respect de la parole donnée.

Comment comprendre en effet qu’après avoir signé un protocole d’entente de 16 points avec la section syndicale des douanes – protocole qui prend en compte les préoccupations réelles des douaniers du Mali – en juillet 2006 que le gouvernement refuse non seulement de l’appliquer mais tente aujourd’hui de se rebiffer ?
C’est ce spectacle dessolant qui se passe aujourd’hui au sein de la Commission de conciliation.

Devant les membres de cette Commission, le représentant de l’Etat, au lieu de donner une explication sur l’inapplication par le gouvernement du protocole d’entente, a rendu la situation plus que difficile en remettant en cause certains points considérés aujourd’hui par les douaniers comme des acquis.

Intégration des contractuels et statut autonome
Lors des négociations engagées avec la section Syndicale des douanes, la partie gouvernementale s’est permise de dire que ces deux points qui sont stipulés dans le protocole d’entente ne le lient pas.

Selon elle, c’est la Commission qui a recommandé la prise en compte de ces deux points.

Mais ce qui est surtout révoltant dans ces négociations, dira le 1er adjoint au secrétaire général de la section Syndicale des douanes, Issoufi Daga Maïga, c’est le fait que les départements en charge de ce dossier – le ministère de l’Economie et des Finances et le ministère de la Fonction Publique – sont en train aujourd’hui de se rejeter la responsabilité par rapport à la question du statut autonome.

Selon Issoufi Daga Maïga c’est tantôt le Ministre de la Fonction Publique qui dit que le statut autonome relève du Ministre de l’Economie et des Finances ; ou tantôt ce dernier qui dit que ce n’est pas lui, ce sont les finances. _ Le ministre de la Fonction Publique maintient cependant que le statut autonome relève du département de l’Economie et des Finances et que son département ne peut apporter qu’un soutien technique.

Face à ces tergiversations stériles auxquelles se livrent ces deux ministres de la République, la section syndicale des douanes estime que « chacun sait à quoi s’en tenir maintenant« . Selon Issoufi Daga Maïga « c’est très grave que des ministres de la République se rejettent la responsabilité par rapport au statut autonome des douanes du Mali« .

C’est donc le signe de la mauvaise foi manifeste du gouvernement qui apparaît au grand jour. Les négociations qui sont donc aujourd’hui engagées ne sont que pures manoeuvres dilatoires pour gagner du temps. C’est ce qui pousse d’ailleurs les agents des douanes à radicaliser davantage leur position.

Selon le secrétaire général, « pour le moment c’est 72 heures. Il se peut qu’après il y ait d’autres actions dans les prochains jours« .

Cette crise au niveau des services des douanes est, semble-t-il partie pour durer.

Birama Fall

22 mars 07