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Le gouvernement a présenté aux syndicats un ensemble de mesures intégrées et une proposition de plan de développement de l’enseignement supérieur.Depuis près de quatre mois l’enseignement supérieur est paralysé par une grève illimitée déclenchée par le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup). Le mouvement fait planer le spectre d’une année blanche sur l’université et les grandes écoles.

jpg_sensup-pm.jpgFace à la situation, le gouvernement multiplie les rencontres avec les syndicats afin de sauver l’année universitaire. C’est dans cette logique, que le Comité interministériel présidé par le Premier ministre Modibo Sidibé, a rencontré hier dans la salle de conférence de la Primature les syndicats de l’enseignement supérieur.

Outre le Premier ministre, le comité interministériel comprend le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, Mme Siby Ginette Bellegarde, le ministre de l’Éducation, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, Salikou Sanogo, et le ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré. Les représentants des partenaires sociaux de l’école, du recteur de l’Université de Bamako, des doyens des Facultés et directeurs généraux des grandes écoles ont également pris part à la rencontre.

Les syndicats d’enseignants étaient représentés par le Snesup et le Snec. Au cours de la rencontre, le Premier ministre a présenté aux syndicats « un ensemble de mesures intégrées ayant pour objectif d’améliorer leurs conditions de travail et de vie » et « une proposition de plan de développement de l’enseignement supérieur à court, moyen et long termes ».

Le document dont les grandes lignes ont été exposées fera l’objet de discussion entre les deux parties. Le gouvernement avait demandé l’ouverture des négociations dès hier sur ses propositions. Mais le Snesup par la voix de son secrétaire général, Abdou Mallé, a souhaité consulter sa base.

Le secrétaire général du Snec, Tibou Telly, a salué le geste du gouvernement et réitéré la volonté de ses mandants de reprendre les négociations le plus rapidement possible. Les propositions faites par le gouvernement portent notamment sur l’adoption des statuts et « plans de carrière ouverts sur l’extérieur », des mesures d’accompagnement, une grille de rémunération revue à la hausse à compter de juillet 2010.

À cela il faut ajouter l’octroi, à compter de juillet 2010, de primes et indemnités liées à la productivité et à la présence effective en milieu universitaire, la hausse du taux des heures supplémentaires assortie d’une rationalisation et d’une transparence de leur gestion ainsi que l’élaboration et l’adoption de plan de développement de l’enseignement supérieur pour la période 2011-2015. « Les statuts et les plans de carrière et les mesures d’accompagnement proposés marquent le début de la marche de notre système d’enseignement supérieur et de recherche vers la qualité. Ils ont été élaborés sur la base des principes de valorisation suivant les principaux temps de la carrière, l’engagement professionnel et l’excellence ainsi que l’évaluation », a expliqué le chef du gouvernement.

Ils visent, précisera-t-il, à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et la mobilité des personnels enseignants. « Ils sont redéfinis sur la base de normes internationales concernant la formation requise, le recrutement, la tâche et la fonction, les règles et les mécanismes de titularisation, l’évolution de la carrière, l’évaluation de la performance et les conditions de travail et de rémunération », a détaillé Modibo Sidibé.

Les principales innovations des statuts portent sur la reconnaissance du mérite avec la consécration de « l’éméritat » et de « l’honorariat », l’apport des enseignants et chercheurs maliens de la diaspora qui pourront être nommés professeurs et maîtres de conférences associés sur la base de critères de recrutement avec des conditions d’exercice et de rémunération.

Une autre innovation des statuts est l’allocation de primes et d’indemnités sur la base de la productivité, la reconnaissance des droits des enseignants et chercheurs ainsi que des obligations liées aux avantages consentis par la nation. La revue à la hausse de la grille de rémunération n’a pas pour objectif à moyen terme de « s’aligner sur la sous-région ».

Mais permet d’agir afin que nos universités et grandes écoles répondent aux standards internationaux. « Dans ce dessein, nous avons des ressources humaines à l’interne et à l’externe pour atteindre cet objectif », a indiqué le Premier ministre.

S’agissant de l’octroi des primes et des indemnités liées à la productivité et à la présence effective en milieu universitaire, Modibo Sidibé a expliqué que les nouveaux statuts accordent aux enseignants et chercheurs trois primes et deux indemnités que sont : la prime de la fonction spéciale, la prime de la recherche, la prime de documentation, l’indemnité d’encadrement et l’indemnité de résidence.

Parallèlement, le gouvernement procédera à l’audit des ressources propres générées par l’Université et des grandes écoles afin qu’une grande partie soit consacrée aux activités pédagogiques et autres avantages à accorder aux enseignants et chercheurs, a promis de chef du gouvernement.

Autre mesure, le gouvernement procédera à une hausse des taux des heures supplémentaires par grade avec, à court terme, la rationalisation et la transparence de leur gestion. La hausse prendra effet immédiat à l’issue des négociations sur les taux, a assuré Modibo Sidibé. De même il sera procédé à un audit de la gestion des heures supplémentaires pour déterminer les besoins réels en heures supplémentaires et en heures de vacation pour les établissements d’enseignement supérieur sur la base de la réglementation en vigueur.

Cet audit permettra également d’établir un besoin par unité d’enseignement et de budgétiser sur la base de ses besoins. Ce travail de fond devra contribuer à faciliter le passage au LMD (License, maitrise, doctorat) et de chiffrer les besoins en enseignants par discipline et spécialité. « Les lois, décrets et arrêtés relatifs à toutes les mesures ci-dessus annoncées seront introduits dans les circuits d’approbation, aux termes des négociations », a promis le chef du gouvernement.

Dans le cadre de la mise en œuvre des mesures proposées, le gouvernement engage, en termes de mesures d’accompagnement, à mettre en place un programme de mise à niveau pour aider et faciliter l’inscription des jeunes enseignants et autres sur les différentes listes d’aptitude du Cames et de la Cnela.

Le gouvernement s’engage aussi à contribuer à préparer les différents concours d’agrégation du Cames et autres, à mettre en place un programme d’identification et de recrutement de jeunes maliens titulaires de master ou de doctorat pour l’enseignement. Le gouvernement se propose aussi de mettre en place un programme de recrutement des enseignants maliens de la diaspora au titre de professeurs, maîtres de conférences associés.

Enfin, le gouvernement propose aux syndicats l’élaboration et l’adoption d’un plan de développement de l’enseignement supérieur pour la période 2011-2015. Il aura pour objectif d’adapter nos universités et grandes écoles aux standards internationaux.

Il doit prendre en compte les modes de gouvernance, de management et de gestion de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’élaborer les conditions de travail et de vie des enseignants et chercheurs, de reconfigurer l’offre de formation et d’améliorer la qualité de la formation et de la recherche.

La rénovation de la pédagogie universitaire et le développement des infrastructures sont des domaines qui doivent être pris en compte par le plan, a souhaité Modibo Sidibé.

Baye Coulibaly

L’Essor du 28 Mai 2010.