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La grève illimitée, conjointement lancée par le Sylima et le Synag le 4 mai et celle du Sam, qui a commencé le 13 mai, semblent s’installer dans la durée. Pour le Sylima le silence du gouvernement ne signifie rien d’autre que sa détermination à mener à une guerre d’usure aux magistrats ?

Pour la première fois, dans l’histoire syndicale de notre pays, un ou des syndicats mettent à exécution leur menace d’aller en grève illimitée pour la satisfaction de leurs doléances. Loin d’être une revendication syndicale ou corporatiste, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) avait entamé une grève illimitée pour protester contre les tueries des journées chaudes de mars 1991, en solidarité avec le Mouvement démocratique qui réclamait la démission du général président Moussa Traoré, des membres du gouvernement, la dissolution de l’Assemblée nationale et du BEC.

Le Syndicat libre de la magistrature (Sylima) en tandem avec le Syndicat autonome des greffiers et secrétaires de greffe et parquet (Synag) sont en grève illimitée depuis le 4 mai 2009. Ils avaient au préalable observé une grève de 72 h le 19 mars. Le point d’achoppement de leurs revendications en 15 points est la signature de leur décret de revalorisation de l’indemnité de judicature.

Un accord de principe a même été trouvé sur ce point en octobre 2008, visant à réajuster lesdites indemnités comprises entre 75 000 et 100 000 F CFA à 200 000 et 250 000 F CFA. Les nouveaux taux ont été budgétisés dans la Loi des finances 2009. Mais le gouvernement peine à honorer ses engagements.

Le Syndicat autonome de la magistrature (Sam) a presque les mêmes revendications ayant comme centre d’intérêt l’indemnité de judicature. A ce niveau également, le Sam est parti en grève pour 72 h du 4 au 7 mai. Mécontent d’être lui aussi floué par l’Etat, le Sam observe une grève illimitée depuis le 13 mai 2009.


Les trois syndicats ont pour ambition commune d’aller jusqu’au bout de leurs doléances
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Ils ont en face un interlocuteur nommé gouvernement qui n’a jusque-là fait aucune concession. Les médiateurs dans ce dossier que sont le Conseil national des personnes âgées et l’Association malienne pour l’unité et le progrès de l’islam (Amupi) jouent pratiquement le vaudeville. Ils viennent négocier avec les syndicats sans propositions concrètes des pouvoirs publics dont l’engagement est primordial.

Le président de la République, qui a reçu le bureau du Sylima avant même le déclenchement de la grève illimitée, a reconnu le bien-fondé des doléances et a pris des promesses fermes. Mais depuis, plus rien n’a bougé quand bien même les juridictions sont paralysées à 85 % sur toute l’étendue du territoire national depuis le 4 mai 2009.

L’entrée dans la danse du Sam, va faire en sorte que les justiciables seront totalement laissés à eux-mêmes. Il n’y a plus d’audience et des documents comme les certificats de nationalité ou casiers judiciaires ne seront plus établis, l’engorgement des prisons va s’accentuer. Les cabinets d’huissiers, de commissaires-priseurs, d’avocats et même de notaires en pâtissent.

Beaucoup s’attendaient à un dénouement heureux de la situation le mercredi 14 mai, jour de conseil des ministres. Mais, en lieu et place d’une communication écrite allant dans ce sens au titre du ministère de la Justice, les téléspectateurs ont vu le garde des Sceaux, Maharafa Traoré, expliquer l’adoption du projet de texte portant code de la personne et de la famille.

Tout porte à croire que le gouvernement veut voir les magistrats et les greffiers à l’épreuve. Une sorte de guerre d’usure, qui ne dit pas son nom, est désormais déclenchée, dit-on au Sylima et au Synag. D’un côté, les grévistes se montrent déterminés à avoir gain de cause et ont la certitude que le pays ne peut pas fonctionner sans justice. De l’autre côté, le gouvernement se fait une certaine idée des acteurs de la justice en estimant qu’ils ne pourront en aucune manière tirer trop longtemps sur la corde au détriment de leurs propres intérêts.

La course de fond est bien enclenchée entre les deux camps au détriment des citoyens qui ne savent plus à quel saint se vouer dans cette guerre qui ne vaut pas la peine d’être menée dans un Etat civilisé.

Abdrahamane Dicko

15 Mai 2009