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Le Centre national des œuvres universitaires (Cenou) observe depuis hier une grève de 72 heures à cause de la non-tenue des « engagements solennels » pris par l’Etat.

Hier matin, il était 9 h 25 mn quand nous sommes arrivés à la direction du Centre national des œuvres universitaires (Cenou). C’est une atmosphère de deuil qui nous y a accueillis avec des bureaux fermés et une cour vide.

Seulement des étudiants, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, venaient pour déposer leur dossier de réclamation de bourses, mais devaient rentrer bredouilles à cause de l’absence des agents du service.

« Nous étions venus déposer nos dossiers de réclamation par rapport aux bourses, malheureusement il n’y a personne pour nous recevoir. Nous sommes obligés de chômer d’autres cours pour accomplir le même acte. Nous pensons que l’Etat a été avisé par un préavis de grève mais n’a rien fait pour l’empêcher. Les autorités se soucient-elles vraiment de notre avenir tant le Cenou a un rôle stratégique dans la réussite de l’école ? », se sont demandés des étudiants manifestement dépassés.

Au moment où d’autres étudiants se dirigeaient hâtivement vers le Cenou, certains de leurs camarades désabusés leur ont lancé : « Pas de dépôt de dossiers aujourd’hui, le Cenou est en grève et il faut encore attendre, peut-être la semaine prochaine ». « Oh Dieu, qu’allons nous devenir dans ce pays » ? ont-ils répondu sèchement.

Une demi-heure plus tard, nous avons fait un tour à l’Ecole nationale d’Ingénieurs Abderahmane Baba Touré. Ici, des étudiants attendaient vainement le bus. D’ailleurs, certains parmi eux sont venus en retard parce que le « fameux » bus n’était pas parti à leur rencontre.

« Que faire durant ces trois jours si les bus ne viennent pas nous chercher ? Nous allons peut-être essayer de nous arranger entre nous pour ne pas récolter les pots cassés », a dit un étudiant, qui habite à Magnambougou.

Son amertume était d’autant plus perceptible qu’à ses dires, on les avait « floués ». « Nous avions été informés que la grève du Cenou n’aurait pas lieu dans la mesure où les autorités avaient dit avoir trouvé un terrain d’entente avec le syndicat », a-t-il déclaré.

Préavis ignoré

Toutes ces mélancolies sont consécutives à la grève du Cenou, chargé entre autres de la gestion des bourses et du transport des étudiants. « Considérant la non-exécution des accords conclus avec le département des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique, la mauvaise foi et la négligence notoire du département de tutelle, le comité Snesup-Cenou, décide d’exécuter son mot d’ordre de grève de 72 heures allant du mardi 19 au jeudi 21 février 2008 à 00 heure », informe le communiqué du syndicat du Cenou tout en indiquant que le préavis de grève avait été envoyé le 12 février dernier dans les différents services concernés.

Ces différents points de doléances vont de l’équipement des locaux à la tenue du 1er conseil d’administration du Cenou en passant par le recyclage du personnel et la confection des badges…

Selon le secrétaire général du Snesup-Cenou, Abdoulaye Dramé, « rien n’arrêtera le cours normal de la grève dans la mesure où leur interlocuteur les ignore superbement ».
« Les autorités ont eu assez de temps pour s’exécuter. Il ont donné les dates d’exécution », a-t-il affirmé.

Dans cette optique, la dernière grève avait même été annulée sine die pour « raison syndicale ». M. Dramé a laissé entendre que « si la grève avait eu lieu en ce moment, elle aurait eu moins d’effet. C’est pourquoi, nous avons jugé judicieux, de le programmer à nouveau pour maintenant ».

Toutes choses qui sont contraires aux allégations du ministre Amadou Touré et du directeur du Cenou, Abdoul Haïdara. En effet, il y a quelques jours, ce dernier aurait « fièrement » déclaré qu’aucune grève n’aurait lieu.
« Ils essaient de faire croire à l’opinion que tout est rose au Cenou, alors que tel est loin d’être le cas », a fustigé le secrétaire général du syndicat.

Pour preuve, M. Dramé a fait allusion au « non-paiement des indemnités de traitement des bourses 2007 » avant d’inviter le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique à « faire du Cenou son problème » et à y mettre de la « volonté politique ».

A en croire M. Dramé, le ministère du Travail, de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat leur a envoyé une correspondance pour leur demander de faire des propositions en vue de la formation de la commission de conciliation.

C’est ainsi que le Cenou a proposé Baba Ackib Haïdara, Younouss Hamèye Diko et Mme Diakité Sanaba Sissoko, à qui le gouvernement d’Ousmane Issoufi Maïga avait promis de répondre favorablement aux doléances.

L’Etat va-t-il s’engager à nouveau pour ne pas s’exécuter ? est la « question logique » que le Cenou se pose. L’Etat est-il une continuité ?

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

20 février 2008.