Partager

« Africable, la chaîne du continent », d’après son promoteur, veut marquer sa différence d’avec l’ORTM en sortant des sentiers battus. Mais à force d’originalité, on risque de quitter la route. S’il faut saluer certaines émissions comme la rediffusion des journaux télé de certains pays africains, les débats, la couverture des grands événements, les matchs des championnats d’Amérique du Sud, la revalorisation du patrimoine culturel malien en revanche prend un grand coup dans l’aile avec «le Grand Sumu». De Naïny Diabaté à Hadja Soumano en passant par Tata Bambo, presque toutes les stars de la musique malienne ont passé dans cette émission.

Mais le problème ici est que l’enjeu est en train de tuer le jeu. Fait-on du spectacle où assiste-t-on à une distribution d’argent à un rassemblement de griottes tirées à quatre épingles ? Cela paraît ostentatoire que de rivaliser sur scène dans la distribution gratuite de liasses de billets de banque dans un pays de misère où les pauvres n’ont même pas à manger.

On dira que ce gaspillage n’a pas commencé aujourd’hui et que c’est dans nos us et coutumes qu’à l’occasion des mariages et baptêmes, des nababs dont l’orgueil a été bassement flatté jettent leur argent par la fenêtre. La grande différence, c’est que l’image pénètre partout, même dans les trous de rat. Certes que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, comme le dit La Fontaine mais de là à semer la tentation partout…

Hormis le décor qui est bien planté, voire féerique, l’air endiablé, musiciens et cantatrices jouent avec plus ou moins de bonheur leur partition, surtout quand elles égrènent comme un chapelet dans une longue litanie qui ressemble davantage à un récital qu’à une chanson, les louanges des hommes du jour et, échange de bons procédés, les largesses entre griottes elles-mêmes.

Devant une foule de femmes éternellement attirées par la fiesta, au «Grand Sumu» rien ne se perd, rien ne se crée.

Mamadou L. Doumbia

12 Février 2008.