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Après une visite de terrain qu’il a effectuée les 29 et 30 août dernier en compagnie d’un groupe de journalistes, le PDG de l’Office du Niger s’est ouvert à eux sur les enjeux de l’intensification et de la diversification dans le cadre d’un débriefing qui a eu lieu dans la salle de conférence de l’Office.

Enfant du terroir – il est originaire de Markala – le PDG Amadou Boye Coulibaly a l’Office du Niger chevillé au corps. Il devient intarissable quand il commence à parler de son credo sur les immenses potentialités du géant malien de l’agro-industrie. Son visage se transfigure littéralement lorsqu’il s’évertue à partager son optimisme contagieux quant à l’avenir de l’agriculture malienne dont l’Office du Niger est la pièce maîtresse. Grâce à l’intensification et à la diversification l’Office du Niger ouvre pour le Mali l’ère de la révolution verte avec à la clé l’autosuffisance alimentaire, la souveraineté alimentaire et l’agro-business avec possibilité de création de richesse et d’exportation de produits agricoles dans la sous-région. Et faire véritablement du Mali le grenier de l’Afrique de l’ouest.

Pour y parvenir, l’Office du Niger et son partenaire stratégique, Initiatives Intégrées pour la Croissance Economique du Mali (IICEM) ont entrepris, depuis la campagne 2009-2010, la vulgarisation de la technologie du Système de Riziculture Intensive (SRI). Au regard des résultats obtenus, on note une satisfaction globale avec un taux d’augmentation de 35 à 100% du rendement chez certains paysans qui l’ont adoptée. Il a été ainsi enregistré une fourchette de rendement de 8 à 10 tonnes par hectares. En plus, la technologie s’est avérée économique en semence, en engrais et eau.

Le système de riziculture intensive est basé sur l’utilisation intensive de semences de qualité à la dose de 8 à 10 kg/ha, la bonne préparation du sol (labour, puddlage et planage bien menés) le repiquage avec des plants jeunes de 8/12 jours à un plant/paquet en ligne (écartement 25 cm 25 cm). S’y ajoutent la fertilisation organique à la dose de 10 à 15t/ha, la fertilisation minérale se fera au besoin, le désherbage précoce (à temps) et le maintien non pas d’une lame d’eau, mais de l’humidité. Le respect de tous ces principes permettra au riz d’exprimer tout son potentiel de production.
En dépit de ces avantages, les producteurs non habitués au repiquage en ligne trouvent cette opération minutieuse au début. C’est pourquoi l’Office du Niger a opté pour l’installation de parcelles de démonstration dans toutes les zones de production pour renforcer les capacités de l’encadrement et l’adoption de la technologie. C’est alors que les producteurs ayant de grandes surfaces ont exprimé le besoin d’appliquer la technologie au niveau de leurs exploitations. Depuis trois campagnes, les objectifs sont en nette progression. Pour cette campagne agricole 2013-2014, l’Office du Niger a prévu 2750 ha en SRI pour un rendement attendu de 8t/ha contre 6,530 t/ha au niveau de l’ensemble des casiers de 93 006 ha.
Pour arriver à ses fins et convaincre ainsi les producteurs réticents par des exemples concrets, l’Office du Niger recourt également aux échanges inter-zones.

« Par rapport à un avenir très proche ce que nous comptons faire, avec nos partenaires techniques et financiers de l’Office du Niger et le gouvernement du Mali, c’est d’accélérer le rythme des aménagements. Mais nous savons aussi que les aménagements coûtent cher. A eux seuls ils ne peuvent constituer l’unique solution. Il y a une autre solution que nous sommes en train d’envisager depuis deux ans. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à la phase de la concrétisation. Il s’agit, bien sûr, de l’intensification. Aujourd’hui, 60% des paysans de l’Office du Niger atteignent les 6 tonnes/ha. Or, nous avons la preuve que nous pouvons aller à 8 tonnes/ha sur les mêmes parcelles, surtout chez les producteurs qui n’ont pas un très grand champ. Il faut changer simplement de technique en adoptant la SRI » de relever le PDG de l’Office du Niger.

« Notre objectif est de faire en sorte que dans trois ans au moins 50% des parcelles sont en SRI cela fait 50 000 ha et 50 000 x 2,5 (la différence entre 6 tonnes/ha et 8,5 tonnes/ha) cela va nous amener à 125 000 tonnes de plus, sans avoir aménagé un seul hectare de plus. Ajouter à cela les aménagements, je pense que nous pouvons atteindre très rapidement la couverture des besoins du pays en matière de riz parce qu’avec 1,2 million de tonnes on peut couvrir le besoin national. Or, aujourd’hui, nous faisons près de 700 000 tonnes. Il nous faut couvrir le gap via l’intensification et la diversification. Ces idées étant au niveau de la Direction Générale, je pense que le rôle de celle-ci est d’identifier des stratégies et de chercher à les mettre en œuvre. C’est ce que nous sommes en train de faire » a encore précisé le PDG de l’Office du Niger. Comment y parvenir ? s’est-il interrogé. C’est à travers le Plan-Programme qui est mis en place. Il sera appliqué dès la prochaine campagne. Les paysans qui seront intéressés seront identifiés comme tels. Les moyens supplémentaires leur seront fournis. « On va les programmer et se donner les moyens de les obtenir » confie, optimiste Amadou Boye Coulibaly.

« Maintenant, mettre ce Programme sur place nous pensons que c’est une chose possible qui va compléter certainement les efforts d’extension. Il y a aussi le problème de la diversification. Si nous avons introduit dans le programme la visite de la parcelle de M3 (GDCM) ce n’est pas pour rien. C’est que nous pensons que la diversification est une réalité et que l’Office du Niger a des potentialités énormes, que tout ne peut être que du riz et que la vraie grande agriculture moderne est réalisable dans notre zone d’intervention. C’est pourquoi nous avons fait cela et l’intéressé projette, à partir du mois d’octobre, de faire sur sa parcelle entre 500 et 750 hectares de pomme de terre après sa récolte de maïs qui commence ce 15 septembre. Je pense qu’il n’est pas le seul. Il faut qu’on arrive à encourager un certain nombre de producteurs à aller vers cet élan. Parce que l’objectif n’est pas maintenant de nourrir seulement le Mali, l’objectif c’est bien de produire pour que le Mali soit exportateur net de céréales et d’autres spéculations sur les pays de la sous-région. Ce qui nous permettra d’économiser, d’une part, les devises que nous faisons sortir pour payer des vivres à l’extérieur et d’amener les devises des autres pays vers nous ; nous pensons que cela est possible et nous devons nous inscrire dans cette dynamique dans laquelle les petits agriculteurs et les grands producteurs ont, chacun, leur place dans le cadre d’un développement harmonieux de la zone. Et c’est ce que nous sommes en train de prévoir et de faire » a lancé en direction des journalistes Amadou Boye Coulibaly parlant des enjeux de la diversification.

Illustrant l’attractivité de l’Office du Niger à travers la diversification, le PDG Coulibaly a laissé entendre qu’un hectare de pomme de terre à l’Office du Niger, avec un rendement de 32 tonnes/ha, rapporte au producteur un bénéfice de 4 100 000 FCFA en seulement 90 jours. Sans compter la possibilité pour lui de faire après le riz de saison et de contre-saison. Ce qui est supérieur au salaire annuel d’un jeune ingénieur payé 250 000 FCFA par mois, soit un revenu annuel de 3 millions de FCFA. Ce qui a inspiré l’Office du Niger à lancer un projet-test en direction des jeunes diplômés sans emploi dans le cadre de la politique de diversification avec à la clé des parcelles de 5 ha par personne dédiées à la culture de la pomme de terre.

22 Septembre du 16 Septembre 2013

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Amadou Boye Coulibaly, PDG de l’Office du Niger : «Les cultures n’ont nullement été affectées par les inondations»

« Durant la deuxième décade du mois d’août, nous avons prévu de finir les installations des cultures le 20 août pour faire respecter le calendrier agricole. Ainsi, avions-nous prévu de faire rentrer 95% des paysans dans le calendrier agricole. Un évènement imprévisible est venu, malheureusement, contrarier ces prévisions. En effet, entre le 10 et le 20 août il y a eu quatre fois plus de pluie dans toute la zone d’intervention de l’Office du Niger que lors des autres années. Je donne deux exemples : dans la zone de N’débougou, l’année dernière, entre le 10 et le 20 août, il y a eu 52 mm de pluie. Cette année, à la même période 227 mm de pluie sont tombés, soit plus de quatre fois. Dans la zone de Niono à la même période cette année il a été enregistré plus de 220 mm aussi. Et ces pluies ont un caractère très pernicieux. Pour le cas de N’débougou sur les 222 mm, il y a eu 126 en une seule pluie et en 2 heures de temps. C’est ce qui a amené le débordement parce qu’aucun dispositif sur un rayon de 10 km ne peut recevoir une telle quantité d’eau et l’évacuer immédiatement ». Ainsi parlait le PDG Amadou Boye Coulibaly en évoquant les inondations survenues à l’Office du Niger. Des inondations qui ne sont nullement le fait des eaux d’irrigation de l’Office mais bien celui des eaux de ruissellement, à le croire.

Cependant, malgré le fait qu’il n’est pas un organisme de secours social, l’Office Niger n’en a pas moins volé au secours des populations des zones sinistrées en procédant, entre autres, au pompage des eaux grâce à des pompes qu’elle a louées à ses frais, comme ce fut le cas à Siribala et à Kolodougou-Koura, un village situé non loin de Niono. Les villages qui ont été victimes d’inondation l’ont été parce qu’ils sont situés dans des bas-fonds, des zones de dépression qui n’ont pas de système d’évacuation de l’eau et qui sont appelés, à terme, à être transférés ailleurs. Toujours est-il que, a assuré le PDG Amadou Boye Coulibaly, une évaluation globale de la situation sera faite à terme et tout ce qui est possible de faire le sera, y compris, le cas échéant, d’éventuels dédommagements.

Le PDG de l’Office du Niger a, enfin, assuré que ces inondations n’affectent guère la campagne agricole en cours aucune culture n’ayant été endommagée à travers les 287 villages qui composent la zone de l’Office du Niger. Mais il a fallu au PDG Amadou Boye Coulibaly un trésor de diplomatie et de patience pour faire comprendre aux habitants de certains villages touchés par les inondations que ce ne serait pas une bonne chose ni pour eux, ni pour l’Office du Niger, à partir de ces événements épisodiques, d’arrêter le principal distributeur de l’Office ou d’ériger des drains à tout va, comme s’il s’agissait d’un remède miracle contre les inondations.

Yaya Sidibé, envoyé spécial

22 Septembre du 16 Septembre 2013