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Grâce à l’importation en vrac du ciment, la tonne de ce matériau-roi de la construction peut être vendue à 100 000 FCFA à Bamako – même moins à Sikasso ou Kayes – contre 150 000 FCFA, le prix de cession actuelle, cela grâce à une substantielle économie sur les frais portuaires et de transport sous-tendue par une technologie d’avant-garde. Avec en prime la création de 2 000 emplois et une économie de devises de plus 15 milliards de FCFA réalisée annuellement par l’Etat malien.

Sans compter un cash-flow de 4 milliards de FCFA induit pour le promoteur. C’est la réalisation d’un tel projet que Jean-Azar, un opérateur économique qu’on ne présente plus, appelle de tous ses vœux. Pourvu que les autorités compétentes en fassent leur affaire.

Le pétrole, le riz, le lait et l’huile ne sont pas les seuls produits de première nécessité à la flambée des prix internationaux desquels les consommateurs maliens continuent de payer un lourd tribut. Les prix du ciment, un produit stratégique s’il en est, ont,eux aussi, vite fait de prendre l’ascenseur.

Résultat : le prix de la tonne de ce matériau-roi de la construction a atteint le record de 150 000 FCFA, avec tout ce que cela a comme impact négatif sur le pouvoir d’achat des travailleurs, la bonne santé du secteur du BTP dont on dit que s’il va bien tout va et l’économie nationale dans son ensemble, avec à la clé, des hémorragies de devises.

Au milieu de ce sombre tableau pointe, cependant, une lueur espoir avec l’exportation du ciment en vrac qui, par un système de transport très économique, permet de réduire les frais portuaires à leur simple expression.

Et de minimiser, par ailleurs, les frais d’approche à travers l’implantation d’usines d’ensachage à Sikasso, Koutiala, Bamako, Kayes et Kita. Ces économies se répercutent sur le prix de vente du ciment au Mali au grand bonheur des consommateurs maliens qui peuvent ainsi acquérir le ciment à 100 000 FCFA la tonne, au lieu de 150 000 FCFA, comme c’est le cas actuellement.

Un tel projet ne relève pas de la chimère, mais bien du domaine du possible. C’est ce que croit, dur comme fer, Jean Azar, un opérateur économique bien connu au Mali. Des décennies durant, il n’a pensé qu’à cela. Il a parcouru la planète entière à la recherche d’expertises et de partenaires et y a consacré une kyrielle d’études économiques qui ont confirmé la rentabilité du projet.

L’importation du ciment en vrac fait intervenir une technologie bâtie sur l’existence de silos d’emmagasinage à construire dans les ports d’approvisionnement (Dakar et Abidjan) le transport du ciment en vrac dans des bateaux spéciaux appelés tunkers, à partir de l’Espagne qui dispose d’une quantité inépuisable d’excédent de ciment, l’usage de la technique du déchargement par aspiration-refoulement,

le transport à partir des ports d’Abidjan et de Dakar dans des containers à ciment portés par des camions semi-remorques et la mise en place de cinq usines d’ensachage à Sikasso, Koutiala, Bamako, Kita et Kayes.

Le ciment étant un produit pauvre dont les frais d’approche représentent 60 à 70% de sa valeur réelle, toute cette stratégie vise à minimiser ces frais et ceux portuaires afin de rendre le produit plus accessible au consommateur final.

Avec ce système, à en croire Jean Azar, il faut seulement 24 heures pour décharger un bateau de 20 000 tonnes, soit 1 100 à 1 200 tonnes par heure. Alors qu’il faut 17 jours pour décharger la même quantité avec le système classique. On peut le comprendre aisément: grâce au système de déchargement avec aspiration-refoulement, les frais de manutention sont nuls et les coûts d’entreposage et autres frais portuaires sont réduits à leur simple expression.

Grâce à ce système, un bateau fait, tous les dix jours, une rotation (soit quatre jours pour l’aller, quatre jours pour le retour, un jour pour charger et un jour pour décharger). Pour ce qui est du transport du ciment par sacs et par palettes, à un bateau du même tonnage il faut une cinquante de jours pour accomplir une rotation.

Création de 2000 emplois permanents

L’intérêt d’un tel système pour le Mali réside dans un approvisionnement régulier au meilleur prix qui est fixe pour l’utilisateur. Par ce système d’importation, la tonne de ciment, qui est actuellement vendue à 150 000 FCFA, est cédée à Bamako à 100 000 FCFA, qui plus est, se trouve être un ciment de qualité de marque «Portland» importé d’Espagne.

A Sikasso, ville située à seulement 800 km d’Abidjan, la même tonne coûtera moins de 100 000 FCFA grâce aux économies réalisées sur les frais d’approche. Idem pour Kayes.

Autre avantage pour notre pays, c’est la création d’environ 2 000 emplois permanents, y compris ceux des chauffeurs et leurs assistants des 500 camions semi-remorques dont l’acquisition sera nécessaire et la main d’œuvre des unités d’ensachage. L’intérêt également pour le Mali – et ce n’est pas peu – c’est que si le projet voyait le jour, il induirait une économie de devises pour l’Etat malien s’élevant, au bas mot, à 15 milliards de FCFA.

Pour le promoteur, c’est une marge bénéficiaire de 4 milliards de FCFA par an. Sur la base des études réalisées, le projet nécessitera un investissement global oscillant entre 27 et 28 milliards de FCFA et peut être réalisé en 8 ou 12 mois. L’investissement sera amorti en trois ans.

La quantité de ciment qui pourra être importée annuellement avec la réalisation de ce projet tourne autour de 500 000 tonnes pour des besoins nationaux oscillant entre 700 000 tonnes et un million de tonnes.

La réalisation de ce projet sera tout bénéfice pour tout le monde. Pour l’Etat, c’est d’abord, comme nous l’avons déjà signalé, une économie substantielle de devises, sans compter la lutte contre le chômage à travers la création de milliers d’emplois.

Pour les utilisateurs du ciment – Dieu sait s’ils sont nombreux au Mali- c’est une bourse qui respire, une réalité qui peut s’accompagner du boom de l’immobilier et de la relance de l’économie malienne. Ce projet n’attend qu’une volonté politique fortement affirmée de la part des plus hautes autorités pour devenir une réalité palpable.

A défaut de disposer de sa propre cimenterie – un rêve derrière lequel le Mali court depuis une trentaine d’années – l’importation en vrac peut rendre un grand service au Mali. Le rêve des Maliens est fondé sur l’existence de la matière première du ciment dans notre pays.

Il s’agit, notamment du gisement de calcaire de Gangontéri situé à 42 km à l’est du village de Diamou (région de Kayes) et dont les réserves sont estimées entre 8 et 10 millions de tonnes, du gisement de calcaire d’Astro situé à 5 km au sud-est du gisement de Gangontéri et dont les réserves sûres sont évaluées à 19 millions de tonnes et les réserves probables à 40 millions de FCFA.

S’y ajoutent les gisements de calcaire de Hombori situés non loin du village du même nom et de Bab-El-Eri. Les réserves de ces gisements sont estimées respectivement à 30 millions de tonnes et 11 millions de tonnes.

A côté de ces réserves sûres, des indices ont été également mis en évidence à Toukoto, Sonitiéni, Dioïla (Finana) Dandresso (Sikasso) et Douentza, entre autres.

Environ dix entités ont essayé de mettre en place une cimenterie et s’y sont successivement cassé les dents. Il s’agit de HOLCIM/CIBEMA (Suisse-Espagne) Groupe VICAT (France) SCANCEM/HEIDELBERG (Norvège-Allemagne) ICER/POLYSIUS (France) IB/INTELLIGNET BUILDING (Luxembourg) CMDA/ASEC Egypte/YATTARA, MCM – AFRICA (Russie /CCIM) CBMC (Chine) WCEM (Inde) et STUCKY (Suisse).

Plusieurs études ont été réalisées qui ont englouti des centaines de millions de FCFA.

Mais tel le grand serpent des mers dont tout le monde parle mais que personne n’a jamais vu, la cimenterie malienne se fait toujours attendre. Si l’on excepte, bien sûr, la parenthèse de la SOCIMA qui produisait autour de 20 000 tonnes de ciment pour une capacité installée de 50 000 tonnes.

Cette unité, qui a vu le jour en 1969, a fini par mettre la clé sous le paillasson, après un long arrêt de cinq ans au terme duquel l’Etat l’a cédée à IMACO (Industrie Malienne de Matériaux de Construction) de feu Alou Kouma.

L’arrêt, explique Sékou Kéïta – un ancien de la SOCIMA actuellement en service à la Direction Nationale des Industrie – est dû à plusieurs raisons. Au nombre desquelles se trouve le fait que toute la tuyauterie était rouillée à cause, probablement, de l’eau sodée, car l’usine était une cimenterie à voie unique utilisant beaucoup d’eau. Il y avait aussi que la qualité du ciment produit avait pris un sérieux coup.

Le repreneur Alou Kouma tablait sur la connexion électrique avec le barrage de Manantali. Un espoir qui n’a, malheureusement, pas été comblé. L’état de la route qui sépare l’usine de la zone de production de la matière première sur 36 km reste toujours dans un piteux état. Si bien que le repreneur n’a jamais pu véritablement faire redémarrer la cimenterie.

Après toutes ces années passées, l’on ne peut plus parler de réhabilitation de la SOCIMA, mais plutôt de la création d’une nouvelle cimenterie.

Par ailleurs, le projet de la deuxième cimenterie qui devrait voir le jour sous l’impulsion de l’Etat et qui devait comporter un broyeur de klinker installé à Tienfala à partir d’où Bamako et les autres régions du Mali devraient être ravitaillés, grâce au transport par bac, est resté au stade de…projet. D’un coût de 70 milliards de FCFA, il visait une production de 400 000 tonnes de ciment par an.

Hormis de réelles contraintes économiques liées notamment à l’absence d’une infrastructure routière adéquate et de la non-disponibilité d’une source d’énergie économique, les difficultés de la mise en place au Mali d’une cimenterie s’expliquent aussi par ce que Jean-Azar appelle l’existence d’une « mafia autorisée » qui n’a pas intérêt à voir la cimenterie malienne sortir de ses langes.

Une raison supplémentaire pour «décider» les autorités maliennes à jouer la carte du réalisme en faisant en sorte que ce projet d’importation du ciment en vrac soit une réalité dans les meilleurs délais. Et au bénéfice du plus grand nombre de Maliens.

Yaya SIDIBE

13 Mai 2008