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Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada est un être exceptionnel. Cela ne sort pas de la bouche des flagorneurs, même ses ennemis intimes le disent…

Le chef de l’Etat du Canada qui vient d’effectuer une visite historique au Mali est belle. A la télévision, elle semblait déjà mordante, mais rarement, a-t-on vu une présentatrice, plus belle encore à l’œil nu. Cette dame proche de la cinquantaine a gardé un corps de minette, un visage d’ange, un sourire assassin et surtout, une humanité et une humilité désarmantes. Son statut ne lui est pas monté à la tête. Ses amis comme ses ennemis le reconnaissent : il est difficile à Dieu de faire des personnes comme Michaëlle.

La très honorable gouverneure générale n’est pas seulement belle, charmante et captivante, elle est aussi intelligente. Elle est titulaire d’une maîtrise et parle couramment cinq langues (français, anglais, italien, espagnol, et créole). A la télévision, sa spécialité était les grandes interviewes. Rares sont ses interlocuteurs qui ne sont pas sortis séduits par son niveau de culture et son raffinement intellectuel. A mille lieues des dizaines de petites idiotes qui polluent l’écran cathodique !

En parlant de Michaëlle Jean, l’on ne peut s’empêcher de remarquer que la grande dame est le troisième journaliste à occuper le poste de gouverneur général et ce, de manière consécutive après Roméo Leblanc et Adrienne Clarkson. Cela est surtout la preuve qu’au Canada, les journalistes font partie de la classe des intellectuels respectables et respectés. Ils ne se comportent pas comme les portefaix des tenants du pouvoir mais assument et exercent dignement leur rôle.

Cela me conduit à faire un parallèle avec les journalistes en Afrique. Autant ceux du Canada se font respecter et imposent le respect, autant, en Afrique, par le laxisme des pouvoirs publics et l’incroyable tolérance de la population, le journalisme est devenu une profession dévoyée. Alors que quelques professionnels formés à bonne école et conscients de leur rôle se battent avec les moyens du bord, des éléments indignes de la plume s’incrustent et ôtent toute crédibilité au journalisme. Mieux, par la force de certaines pratiques et le manque de respect de soi, certains journalistes, ivrognes réputés, salissent leur confrérie, devenant plus assidus au bar qu’au pupitre.

Le journaliste n’est pas un griot au service d’un intérêt ou d’une cause. C’est un intellectuel qui doit assumer son rôle : collecter et traiter l’information, la vraie, la juste et la livrer au public. Le journaliste n’est pas un justicier qui s’érige en procureur bis, accusant, salissant et prononçant des sentences au goût de son humeur. Je ne vois aucune raison, sinon le manque de fierté, qui pousserait un confrère à se rabaisser devant un autre cadre de la République. Non ! Il faut avoir en soi cette fierté, ce respect de soi qui nous impose de faire notre travail sans complaisance, dans le respect et la dignité.

A mon humble avis, c’est cette image brouillée du journaliste mendiant ou griot, éternel courtisan en service de cirage de pompes, qui constitue un obstacle à leur promotion dans la haute hiérarchie de nos pays. De mémoire, au Mali, seul Soumeylou Boubèye Maïga, journaliste de profession et dans l’âme qui ne s’est jamais prévalu d’un autre titre, a atteint les sommets de l’Etat. Et curieusement, je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’il était un de ces courtisans qui passait son temps à demander des 5000 ou 10 000 francs CFA à droite et à gauche.

Je me rappelle encore, au début des années 1990, une conversation à Dakar, avec le grand-frère Saouti Haïdara (actuel directeur de l’Indépendant). Il m’a dit, je cite de mémoire : « Le journaliste est celui qui part chercher l’information et la livre au public. Nous leur apportons une connaissance qui leur permet de se cultiver et d’améliorer leur vision du monde. En fait, nous poursuivons, sous d’autres moyens, le travail de l’enseignant. Le prof transmet des connaissances à un moment de la vie de notre lecteur, nous, nous lui apportons du nouveau le reste de sa vie. Alors, pourquoi ne prenons-nous pas au sérieux notre métier ? »

C’était à un moment où, voyant ce qui se passait dans le milieu et surtout la manière dont les « les gens d’en haut » nous manquaient de respect, j’avais envisagé quitter le métier. Je l’ai fait certes pendant 6 ans en me convertissant à l’informatique, mais la passion est revenue, surtout au contact de professionnels comme Michaelle Jean.

Elle a dit un jour : « J’ai toujours voulu faire du journalisme et je mourrai comme journaliste, c’est le plus beau métier du monde ! » Très encourageant et surtout moins cynique que mon frère François Mouckwanguy, duc de Bigou qui sévit sur les ondes d’Africa N°1 : « Crois-tu en la liberté de la presse, mon frère ? Alors, fais gaffe à ce que tu dis et change de métier ! »

Ousmane Sow
(journaliste, Montréal)

28 novembre 2006.