Partager

Suite à la polémique autour de la réussite ou non de  » l’initiative riz « , certains observateurs de la scène politique estiment qu’un remaniement ministériel s’impose comme si ce projet était l’unique critère d’évaluation du gouvernement. Nommés le 3 octobre 2007, les membres du gouvernement Modibo Sidibé ont été, dès leur installation, confrontés à la crise internationale. Malgré tout, ils s’activent quotidiennement à faire passer le PDES dans les faits et à initier des solutions aux problèmes structurels, découlant de la crise financière internationale. C’est de là que « l’initiative riz » a vu le jour. Et si « l’initiative riz » n’avait pas existé ? Il se pourrait qu’on se soit installé dans la famine. On ne remanie pas un gouvernement parce que parmi un millier de projets, un seul aurait échoué. Il s’agit beaucoup plus d’engagement, de détermination, de soutien politique pour parvenir à relever les défis actuels que d’aller vers un remaniement ministériel que rien ne justifie et qui, de toute façon, n’apporterait rien de plus.

Le gouvernement est l’ensemble des personnes et des services chargés du pouvoir exécutif dans un État. Le gouvernement décide et entreprend les actions nécessaires à la conduite de l’État. Il en est responsable devant les citoyens. Les ministres sont solidaires et le gouvernement est donc un organe collégial. La démission du Premier ministre entraîne celle de tout le gouvernement.

Généralement, celui-ci démissionne en cas de crise politique, économique ou sociale majeure pour protéger le président. C’est pourquoi on le décrit comme un fusible. Il démissionne également à l’issue d’élections générales notamment la présidentielle et les législatives pour permettre la mise en place d’une équipe légitime qui reflète les résultats des urnes.

Au Mali, depuis l’avènement d’ATT II, les différents Premiers ministres tirent leur légitimité du mandat constitutionnel de ce dernier.

Le premier chef du gouvernement d’ATT en 2002, Mohamed Ag Hamani, est un homme d’Etat pour avoir été durant plusieurs années ministre dans de nombreux départements avant de débuter une carrière diplomatique, couronnée par le poste de Premier ministre. C’est dans un contexte consensuel où l’opposition n’existait presque pas que Ag Hamani a dirigé le pays dans une cacophonie permanente parce que les membres du gouvernement se référaient beaucoup plus à ATT qu’au chef du gouvernement et traitaient leurs dossiers directement avec le premier. Ce qui a légitimement provoqué la colère de Ag Hamani en son temps, qui a demandé un recentrage des activités à son niveau.

Au moment où il commençait à être un bon commandant de bord, voici Ag Hamani débarqué du bateau Mali. Son successeur était attendu : Ousmane Issoufi Maïga, alias Pinochert, précédemment ministre de l’Equipement et des Transports. Il était le seul qui émergeait véritablement dans le gouvernement sortant. Il connaissait bien les rouages de l’Etat pour avoir dirigé la haute administration (secrétaire général du ministère des finances). Son interpellation à l’Assemblée nationale sur les différents projets routiers du Mali, au cours de laquelle il a convaincu les élus de la nation, avait précipité sa nomination.

Rapidement, il a changé de style avec la méthode d’évaluation du gouvernement, la réduction du train de vie de l’Etat, l’apaisement du front social notamment avec l’UNTM, les compressés et l’AEEM. Pinochet avait signé un engagement avec chacune de ces organisations.

Ce qui a donné des résultats probants avec les nombreux chantiers ouverts dans toutes les régions du Mali et surtout l’assainissement des finances publiques. Il faut reconnaître que Pinochet fut un bon Premier ministre et ATT doit en grande partie sa réussite à Ousmane Issoufi Maïga. C’est l’impératif de changement, né des élections générales de 2007 qui a eu raison de Pinochet. Le successeur de celui-ci était connu de tout le monde : Modibo Sidibé, préparé à cette fonction depuis 1991 où il fut directeur de Cabinet du président du Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP). Le voici qui intègre le premier gouvernement du président Alpha Oumar Konaré, piloté par le banquier Younoussi Touré.

Durant le double quinquennat de Konaré, Modibo Sidibé a occupé des postes clés au sein de ses différents gouvernements. Avant de se retrouver à l’ombre d’ATT en 2002 à la tête du secrétariat général de la présidence, avec rang et prérogatives de ministre (2002 – 2007).

Il a été nommé le 28 septembre pour traduire en acte concret le Programme de Développement Economique et Social (PDES) sur la base de laquelle le président ATT a été réélu.

A peine installé, les crises se sont multipliées au niveau international avec la flambée du prix des hydrocarbures, la pénurie des céréales, la faillite du système financier qui a frappé de plein fouet les grandes banques, les multinationales, les grandes entreprises avec comme conséquence la perte de dizaines de milliers d’emplois. « Le Mali ne pouvait pas y échapper parce qu’il ne vit pas en situation géostationnaire. Nous devons nous y préparer et y préparer tous les citoyens par une meilleure gouvernance, et plus de responsabilité et de solidarité » avait déclaré le président du CNID, Me Mountaga Tall, en janvier dernier, lors de sa traditionnelle présentation de vœux à la presse.

IBK, le chef de l’opposition parlementaire, membre d’une commission de l’Internationale socialiste, chargée de réfléchir sur une réponse à la crise, avait également invité ses collègues députés et le gouvernement à une solidarité agissante. C’était à l’Assemblée nationale, en décembre dernier, au cours d’un débat sur cette question.

La semaine dernière, le PARENA de Tiébilé Dramé a également organisé un débat sur le même sujet. Et le représentant de la Fondation Friedrich Ebert, Salabary Doumbia, de citer le responsable FMI du département Afrique en ces termes : « L’Afrique ne sera pas épargnée par les problèmes qui affaiblissent l’économie mondiale, mais en agissant ensemble nous pouvons l’aider à préserver la dynamique de ses récents acquis pour lui permettre de bénéficier, le moment venu de la reprise mondiale ».

Face à cette nouvelle donne, une des solutions privilégiées par le gouvernement pour atténuer les effets de cette crise sur la population est « L’Initiative riz ». C’est une réponse structurelle à la cherté de la vie notamment les céréales. L’Etat a dû renoncer à plusieurs chapitres de son fonctionnement pour satisfaire ce besoin non budgétisé. C’est ainsi qu’il a considérablement réduit son train de vie et une rondelette somme de 42 milliards de FCFA a pu être injectée dans « L’Initiative ».

Mais, au finish, les avis sont divergents quant à la réussite de ce projet. En effet, autant certains estiment qu’il a été un franc succès autant d’autres soutiennent qu’il a été un flop magistral.

Ce qui est sûr, c’est que le consommateur n’a pas bénéficié des effets induits de l’argent public investi dans ce secteur. Maintenant, la question que l’on est fondé à se poser est de savoir et si « L’Initiative riz » n’avait pas été conçue ? Où en serions-nous aujourd’hui ?…

Forts de cette situation, certains observateurs de la scène politique estiment qu’un remaniement ministériel s’impose pour sacrifier soit le ministre de l’Agriculture, Tiémogo Sangaré, soit le chef du gouvernement, Modibo Sidibé. D’autres soutiennent que les deux doivent partir.

Est-ce réaliste et sérieux de remanier un gouvernement qui n’a que quinze mois d’existence dans un contexte international difficile ? « L’initiative riz », à supposer qu’elle ait échoué, serait-elle le seul critère de performance et d’évaluation du gouvernement ?

Pour ceux qui ne le savent pas, « l’initiative riz » ne fait pas partie du PDES que le gouvernement doit mettre en œuvre. Pour reprendre Me Tall, le « pouls d’un Mali qui bouge, qui change et qui gagne peut se tâter à l’auscultation immédiate de quelques initiatives gouvernementales que sont le forum sur l’école, les assises sur la corruption, la commission d’experts de la mission de réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali et le dernier mais pas le moindre, les projets de loi et de textes relatifs à l’institution du régime d’assurance-maladie et à l’agence nationale d’assistance médicale… ».

On comprend dès lors l’empressement de certains hommes notamment Abdoulaye Sall, président de CRI 2002, autoproclamé successeur de Modibo Sidibé.

Autant, on voyait bien Mohamed Ag Hamani, Ousmane Issoufi Maïga et Modibo Sidibé, venir à la primature, autant Abdoulaye Sall est difficilement imaginable près du fauteuil primatorial. Lui, le seul cadre « A » malien jusque là qui a accepté d’être l’attaché d’un ministre en l’occurrence Alpha Oumar Konaré, alors ministre de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture, estimerait que son heure est venue alors que rien dans son parcours politique et même professionnel ne le prédestine pas à une telle fonction.

Il serait très étonnant qu’un remaniement ministériel figure sur l’agenda du président de la République au seul motif que «L’Initiative riz» n’a pas comblé toutes les attentes alors que d’autres défis d’égale importance sont en train d’être gagnés par le gouvernement dans un contexte international des plus difficiles.
Un remaniement ministériel ne peut régler tous les problèmes du Mali sur un coup de baguette magique. Et ATT, qui n’est pas de la dernière pluie, le sait parfaitement.

Les grandes puissances comme les Etats-Unis d’Amérique, le Japon, l’Allemagne, la Chine, la Grande Bretagne et la France vivent les effets de la crise mondiale.

Le Mali ne peut pas y échapper. Il s’agit beaucoup plus de reserrer les rangs, de réfléchir, de proposer, d’améliorer la gouvernance que d’aller vers un remaniement ministériel que rien ne justifie et qui ne règlerait rien. Il faut que les citoyens soient informés et préparés parce que le plus dur est à venir. Il faut un grand sacrifice, un don de soi, une solidarité nationale afin de protéger les plus faibles voire les plus pauvres.

C’est sur ce terrain que l’on attend le gouvernement qui devrait, aujourd’hui plus qu’hier, prouver sa capacité à surmonter les difficultés actuelles. Sinon, bonjour les dégâts…

Chahana TAKIOU

10 mars 2009