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Le gouvernement du Premier ministre Oumar Tatam Ly est un mélange de néophytes et de figures connues. Mais le chef de l’Etat et son PM pourraient ne pas avoir eu la main heureuse en optant pour une combinaison du moins suspecte et inadaptée au contexte actuel. Serait-on parti pour d’autres calvaires ?

Le nouveau président de la République a nommé son Premier ministre la semaine dernière. Moins de trois jours après sa désignation, le banquier Oumar Tatam Ly a formé son gouvernement. Celui-ci est une équipe de 34 membres issus de différents secteurs. Les commentaires se multiplient depuis la publication de l’attelage gouvernemental.

Beaucoup de nos compatriotes s’efforcent toujours de trouver des explications à certains choix des plus hautes autorités du pays. Et cela à une époque, où le Mali, qui a dos au mur, n’a plus droit à l’erreur. Le chef de l’Etat et son PM ont donc la lourde responsabilité d’assumer leurs choix jusqu’au bout, en s’érigeant surtout en véritables meneurs d’hommes. Pour se faciliter la tâche, IBK et Tatam doivent se montrer à leur avantage et gagner de facto la confiance des leurs concitoyens. Pourront-ils emballer les Maliens ? Les prochains mois nous édifieront. Mais pour l’heure, l’on constate déjà que la formation du nouveau gouvernement a suscité des soupçons et des remous, qui ne sont pas tous injustifiés.

La présence dans le gouvernement de deux personnalités proches de l’ex-junte militaire de Kati est sujette à caution. Avec la fin de la transition et le retour à l’ordre constitutionnel et démocratique, la page du coup d’Etat du 22 mars 2012 auraient dû être définitivement close. Il n’y avait pas meilleure façon de le faire qu’en laissant les militaires regagner les casernes après leur immixtion sur le champ politique.

Ce qui ne veut aucunement dire que l’on doit écarter tous les hommes en uniforme du gouvernement. Loin de là, tout doit être, cependant, conditionné et bien planifié. La reconduction du général Moussa Sinko Coulibaly et du colonel Abdoulaye Koumaré dans le gouvernement et à la tête des mêmes départements qu’ils dirigeaient sous la douloureuse transition politique du Mali pourrait se révéler une continuité directe de l’hégémonie des ex-mutins, qui ont régné dans l’ombre sous la présidence transitoire du Pr. Dioncounda Traoré.

S’opposer en toute dignité

Du maintien du colonel Koumaré et du général Sinko dans le gouvernement, des milieux avertis parlent de la preuve des« accointances » du nouveau locataire de Koulouba avec les anciens mutins. Et ce dernier voudrait se montrer » reconnaissant , « pour les, « soutiens , « à lui apporter par la bande au général Amadou Haya Sanogo. Si IBK peut se servir de la prochaine organisation des élections législatives pour justifier la présence du général Sinko dans le gouvernement, il peut en revanche développer moins d’arguments s’agissant du cas du colonel Koumaré. Surtout que le général Yamoussa Camara, ministre de la Défense sous la transition et autre proche de l’ex-junte, a fait ses valises.

Il reste finalement à savoir si le président IBK a pu éviter le , « partage du gâteau , « . Auréolé de sa large victoire au second tour de la présidentielle, le président élu avait averti ses partisans qu’il n’y aurait pas de festin autour des postes de responsabilité sous son régime. Au regard de la composition du gouvernement Tatam Ly, l’on peut toutefois constater que le natif de Koutiala a tenu à , « récompenser , »

certains de ses soutiens politiques tandis que d’autres ont été provisoirement et peut-être définitivement mis aux oubliettes. L’on murmure qu’IBK attendrait la fin du scrutin législatif pour réinsérer d’autres partenaires politiques et remercier certains qui auront goutté aux délices d’un gouvernement au Mali. Cette hypothèse paraît plus ou moins plausible en ce sens que des figures comme Moussa Mara n’auraient jamais renoncé à leurs responsabilités précédentes sans avoir obtenu des garanties du boss de la nation.

Quoi qu’il en soit, des hommes politiques maliens doivent éviter de lorgner toujours du côté du prince du jour. Ils doivent profiter de leur absence du gouvernement pour non seulement être cohérent dans leurs actes mais aussi afficher publiquement leurs convictions politiques que les Maliens n’ont jamais pu déchiffrer. Tiebile Dramé, Soumaila Cisse, Me Kassoum Tapo, Ibrahima Ndiaye dit Iba et d’autres responsables du Front pour la République et la Démocratie (FDR) essaieraient de poser les jalons d’une opposition politique responsable dès maintenant. Etre opposant au pouvoir n’est pas, au demeurant, un crime si l’on est convaincu de ce que l’on fait.

Les présidents IBK, Alassane Ouattara, Macky Sall, Alpha Condé… sont passés par là avant de connaître la consécration. Le Mali a besoin d’une opposition viable qui l’éloignerait du cercle de béni-oui-oui et de laudateurs du chef instauré par le défunt régime d’ATT et dont les conséquences néfastes sont connues de tous au Mali.

Ogopémo Ouologuem

13 Septembre 2013

(correspondant aux USA)