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L’école malienne en général et l’université en particulier, voilà un sujet qui demeure d’actualité. Et le restera sans doute longtemps jusqu’à ce qu’on commence à voir les premiers signes de changement positif. Elle est à la fois un sujet qui fâche et qui fait désespérer. Mais aussi et surtout un sujet qui interpelle.

La preuve : l’université et les autres écoles supérieures vivent une situation singulière du fait de la grève illimitée des syndicats d’enseignants. Comme nous avons eu à écrire dans les colonnes de cette même rubrique, des centaines de pages de journal ne suffiraient pas pour épuiser chacun des problèmes existants au niveau de notre système éducatif.

Les étudiants devraient en principe reprendre les chemins des facultés à partir de ce jeudi 15 juillet. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, a réussi à convaincre les syndicats de l’enseignement supérieur, à savoir le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) et celui de l’éducation et la culture (Snec) d’observer une trêve. Pour combien de temps ?

Les échos des deux rencontres que les délégués syndicaux ont eu avec le chef de l’État ne nous édifient pas suffisamment sur la durée du délai de grâce. Mais, on apprend que le Snesup accorde juste deux semaines au gouvernement pour trouver une solution à ses doléances. Après ce délai, c’est semble-t-il sa base qui va décider de la poursuite ou non de la trêve. Par contre, le Snec ne semble pas être d’accord avec cette position de ses camarades du Snesup.

Même si les étudiants retrouveront les chemins des amphithéâtres, l’année est de plus en plus dans l’œil du cyclone. On se demande même si elle pourrait être encore sauvée.

La question est devenue tellement préoccupante qu’il faudrait dégager des solutions radicales dans l’intérêt du pays tout entier. En tout état de cause, le président de la République a donné des instructions fermes au gouvernement pour la réouverture des négociations avec les responsables syndicaux.

Et avec une obligation de résultat. Toujours fidèle à son serment, le président ATT veut coûte que coûte sauver l’université d’une année blanche dont les conséquences seraient très désastreuses pour l’avenir de ces milliers d’étudiants mais aussi pour le pays tout entier. On peut aisément comprendre la bonne foi du chef de l’État.

Du côté de l’exécutif surtout de la Primature et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, on se dit ouvert au dialogue. De rencontre en rencontre, le Premier ministre, chef du gouvernement, Modibo Sidibé a tenté, sans succès, de désamorcer cette bombe posée par les syndicats.

Si au départ, le gouvernement a eu tort de ne pas prendre au sérieux leurs revendications, ces derniers ont eu aussi tort de se montrer sourds à tous les appels lancés par des bonnes volontés, notamment les dignitaires religieux.

A l’aune de l’ouverture de nouvelles négociations, les responsables du Snesup doivent faire preuve de retenue, voire de responsabilité. De même que le gouvernement. Un syndicat responsable n’est pas celui qui prend en otage l’avenir des milliers d’étudiants en se cantonnant sur une position figée.  » Tout ou rien » n’est pas un langage responsable. Dans une négociation, chaque partie fait des concessions.

Mieux, Abdou Mallé et ses camarades doivent aller à l’école de leurs camarades de l’enseignement fondamental ou du secondaire qui, sans prendre l’année scolaire en otage ont pu obtenir quelque chose de l’État.

Loin de nous toute idée de remettre en cause les revendications des syndicats, dont la légitimité est reconnue par tous, y compris les plus hautes autorités. Mais ils doivent garder à l’esprit que Dieu ne va pas descendre pour leur parler. Dans ce pays, le drame est que chacun revendique ses droits en oubliant qu’il a des devoirs envers lui-même, et envers la nation entière. Que l’intérêt supérieur du Mali prime. Et que Dieu aide la vérité.

C DOUMBIA

Le Challenger du 16 Juillet 2010.