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Installé le 3 octobre dernier, le gouvernement du Premier ministre Modibo Sidibé vient de connaître en six mois d’activités son premier remaniement. Face à la crise économique qui secoue le pays, Mme Bâ Fatoumata Nènè Sy, le titulaire du super ministère de l’économie, de l’industrie et du commerce, a été révoquée du gouvernement sans autre forme de procès. Est-elle la seule incompétente ou malpropre de l’attelage gouvernemental ? Ou est-elle un bouc émissaire pour cacher la carence d’une équipe qui n’a jamais brillé par la résolution des multiples problèmes qui assaillent la nation ?

Sur proposition du Premier ministre Modibo Sidibé, le ministre de l’Economie, de l’industrie et du commerce, Mme Bâ Fatoumata Néné Sy a été limogée. Ce qui ne manquera sûrement pas de faire réagir les femmes qui, jeudi dernier, avaient organisé une marche pour soutenir l’action du Chef du gouvernement.

Ce limogeage, bien sûr, est un parfait saupoudrage qui consiste à sacrifier un bouc émissaire sur l’autel des revendications tous azimuts. Il convient de rappeler que, concernant la cherté de la vie, le Premier Modibo Sidibé avait répondu aux marcheuses qu’il leur donne toute l’assurance que le gouvernement poursuivra et intensifiera les efforts engagés pour soulager les ménages.

Dur constat pour les femmes : vendredi soir, elles apprennent que Mme Bâ Fatoumata Néné Sy est remplacée par Amadou Abdoulaye Diallo. En fait, ATT et Modibo Sidibé voulaient-ils prendre le taureau par les cornes pour conjurer toutes ces revendications qui surgissent en même temps que la crise du Nord pleine de rebondissements ?

L’acte isolé et limité à un seul membre du gouvernement révèle les incohérences d’un pouvoir contraint de lâcher du lest pour anesthésier les velléités de crises sociales. C’est vrai que ce ministère est frappé de plein fouet par la crise. L’économie malienne dont les perspectives annoncées dans le PDES ambitionnent une forte croissance économique de 7% au moins par an de 2007 à 2012 a de la peine à s’inscrire dans cette lancée.

Concernant l’industrialisation du pays, Mme Bâ Fatoumata Néné Sy était confrontée au défi de faire de l’agriculture le levier de la croissance économique en améliorant la production et la productivité. La hausse des prix des céréales est l’indicateur qui révèle la difficulté du gouvernement à faire de notre pays un exportateur de produits agro- alimentaires.
Le PDES compte effectivement amener l’agriculture malienne à une production de 10 millions de tonnes par an de céréales à l’horizon 2012.

Le secteur commercial, non plus, n’est pas épargné par la crise qui a conduit les autorités à aller vers un conseil national des prix. Ce qui pose la question relative aux exonérations. Conçues pour soulager les populations, les exonérations peuvent compliquer à plus d’un titre la situation dans laquelle végète l’économie de notre pays.

Les exonérations mal réfléchies que l’Etat accorde à quelques uns, dont on ne sait selon quels critères pour favoriser certains équilibres de base qui pressurisent moins les consommateurs en leur donnant leur dignité par rapport à l’accès aux produits de première nécessité, ouvrent une période de désenchantement économique profitable uniquement à un groupuscule d’individus rapaces et avides de gains honteusement acquis”, avait averti Siaka Diakité, au cours de la dernière conférence de presse de l’UNTM.

Toutes choses qui indiquent que le ministère de l’Economie, de l’industrie et du commerce est dans l’œil du cyclone. Malgré tout, le gouvernement fonctionne en équipe et d’autres ministères sont plus étroitement impliqués à la crise que traverse notre pays. Mercredi dernier, les compressés réclamaient le limogeage du ministre de l’économie.

D’autres sources indiquent la volonté du Premier ministre de réaménager beaucoup plus en profondeur et notamment de remplacer la ministre de l’éducation de base. Ce qui, sûrement, ne ferait pas monter la cote du Chef du gouvernement auprès des femmes. Se débarrasser, d’un seul coup, de deux femmes du gouvernement, même si elles sont étroitement liées aux besoins de réaménagement, semble une action risquée pour Modibo Sidibé.

Toutes ces précautions prises pour ne pas réaménager en profondeur expliquent que le limogeage de Mme Bâ Fatoumata Néné Sy soit du saupoudrage destiné à calmer l’opinion. On ne peut véritablement parler de réaménagement en donnant un coup d’épée dans l’eau. Il est dit qu’on ne change pas une équipe qui gagne mais tout semble indiquer que le Premier ministre Modibo Sidibé compte garder un gouvernement qui perd.

Baba Dembélé

Qui est le successeur de Mme Bâ Fatoumata Nènè Sy ?

Ahmadou Abdoulaye Diallo est né à Bazi (Ansongo), le 16 mars 1959. Marié et père de 4 enfants, cet ingénieur économiste a passé son baccalauréat D au lycée franco-arabe de Tombouctou en 1979 et obtenu le diplôme d’ingénieur polytechnicien à l’IPR de Katibougou en 1984.

Il est titulaire, en 1988, d’un DESS en économie, finances et banques au Centre d’études financières économiques et bancaires (CEFEB) de Paris et en 1994, d’un DESS en finances, monnaie et crédit au Centre ouest africain de formation et d’études bancaires de Dakar, Ecole de la BCEAO. De 1991 à 1994, il a occupé le poste de directeur de la Dette publique à la Caisse autonome d’amortissement du Mali.

Le 24 juillet 2002, il est nommé au poste de conseiller économique du président ATT, cumulativement au poste d’analyste de projets du Fonds de solidarité africain. Du 13 janvier 2005 au 16 mars 2008, il est directeur des études et projets du Fonds de solidarité africain. Du 17 mars 2008 à ce jour, il est directeur des opérations au Fonds de solidarité africain.


07 avril 2008.