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C’est par décret n°07-380/P-RM du 28 septembre 2007 que le Président de la République, Amadou Toumani Touré a nommé M. Modibo Sidibé comme Premier ministre. Cinq jours plus tard, précisément le 3 octobre 2007, les 26 autres membres du gouvernement ont été nommés par décret n°07-383/P-RM. Dix huit mois après, un réaménagement technique est intervenu au sein de l’équipe gouvernementale le 9 avril 2009. De 26 membres, on se retrouve avec un gouvernement de 29 ministres.

Si les dix huit premiers mois du gouvernement Modibo Sidibé ont été marqués par une relative accalmie sur le front social, depuis une semaine, on assiste à une multiplication des brûlots sociaux. En effet, l’école malienne, du fondamental au supérieur, est paralysée par la grève des syndicats d’enseignants. Les syndicats de la Justice, à savoir le Syndicat Autonome de la Magistrature (SAM), le Syndicat Libre de la Magistrature (SYLIMA) ainsi que le Sydicat des Greffiers, Secrétaires de Greffe et de Parquet (SYNAG) sont également en débrayage. Et la liste des citoyens en colère est loin d’être exhaustive.”

Comme on peut le constater, la période de grâce du gouvernement Modibo Sidibé a pris fin. Ne dit-on pas qu’on reconnaît le vrai maçon au pied du mur? La survie du gouvernement dépendra de la manière dont il va résoudre ces crises sociales.

Il faut reconnaître qu’il y a des failles dans l’équipe gouvernementale en place. Le réaménagement technique intervenu le 9 avril dernier devrait corriger les insuffisances. Mais helàs, les uns et les autres sont restés sur leur faim car, aussitôt après le réaménagement, une pluie de revendications sociales s’abat présentement sur la République.


De l’application du PDES

Sur la base du Projet de Développement Economique et Social (PDES) que les Maliens ont renouvelé leur confiance au Président Amadou Toumani Touré en fin avril 2007. Le gouvernement, sous l’impulsion du Premier ministre Modibo Sidibé a comme mission essentielle de traduire en acte concret le contenu du PDES pour le bien-être social et économique du peuple malien. On se rappelle que le 23 novembre 2007, ATT a adressé au Premier ministre une lettre de cadrage inspirée du PDES.

Conformément à la tradition républicaine au Mali, le Premier ministre Modibo Sidibé a présenté aux députés la Déclaration de Politique Générale (DPG) du gouvernement le vendredi 14 décembre 2007. Il s’agissait pour lui, à travers le DPG, d’expliquer aux élus du peuple comment l’équipe qu’il dirige entend mettre en oeuvre entre la période 2007-2012, le PDES sur la base duquel ATT a été réélu le 29 avril 2007 dès le 1er tour avec plus de 70% des suffrages.


Les doléances des magistrats

A l’origine du débrayage des magistrats il y a la non-exécution d’un arrêté du ministre de la Justice Garde des Sceaux portant revalorisation des indemnités accordées aux magistrats. Il s’agit de l’indemnité de judicature qui est relative à leur disponibilité 24 heures sur 24, dont le montant est fixé à 250 000F CFA pour les magistrats de grade exceptionnelle, 225 000F CFA pour les magistrats de 1er grade et 200 000F CFA pour les magistrats de 2ème grade.

L’octroi d’indemnités de logement, de responsabilité et de représentation font également partie des revendications. La matérialisation du régime de sécurité sociale, la relecture du statut du personnel et de la loi régissant le Conseil Supérieur de la Magistrature sont aussi des doléances des grévistes.


Quelles que revendications des syndicats d’enseignants

Depuis un certain temps, nous avons constaté le réveil des syndicats d’enseignants pour la prise en compte de leurs doléances datant de plus de trois ans. Les agissements des syndicalistes se sont traduits par les grèves et sit-in observés çà et là.

Pour l’apaisement du climat social à l’école, les deux parties (syndicats et gouvernement) se sont mises d’accord de résoudre dans l’urgence six points de revendications en attendant que les problèmes de fond ne soient résolus.

Les six points à résoudre dans l’urgence sont : l’octroi d’une indemnité de logement aux enseignants ; le paiement avec rappel de l’augmentation du salaire de base de 2,56% de la valeur indiciaire des professeurs contractuels à compter du 1er janvier 2007 ; l’intégration de tous les enseignants contractuels à la Fonction Publique des Collectivités ; la levée des obstacles juridiques liés à la promotion, à la formation et au détachement des enseignants ; l’application correcte des décret n°005-598, n°00-599 du 04 décembre 2000 portant cadre organique des Académies et des CAP et enfin le problème concernant le Collectif des locataires des villas sur la colline de Badalabougou appartenant à l’Etat.

Le gouvernement avait demandé aux locataires desdites villas de déguerpir, mais suite aux pressions des syndicalistes, l’Etat a décidé de surseoir à l’application de cette décision. Il a fait des propositions aux doléances des syndicats d’enseignants et de la justice. Par exemple, Le conseil des ministres du mercredi 23 avril 2009 tenu sous la présidence du Président de la République, Chef de l’Etat a décidé de l’intégration de 40 206 enseignants contractuels dans la fonction publique d’Etat et des Collectivités Territoriales. L’application de la mesure entraînera une incidence financière qui se présente comme suit :

– frais afférents à l’organisation des tests : 150 millions de FCFA ;

– différentiel de salaire résultant des transpositions dans les grilles des fonctionnaires de l’Etat et des Collectivités Territoriales : 315 364 937 FCFA.

Les syndicats d’enseignants exigent l’intégration de tous les contractuels qu’ils soient de l’Etat ou des collectivités à la fonction publique de l’Etat sans autres formes de procès, tandis que le gouvernement veut les repartir entre la fonction publique des collectivités et celle de l’Etat.

Pour les syndicats des magistrats, le principe de leur octroyer des indemnités a été accepté, mais c’est le chronogramme d’application qui oppose les deux parties. Les syndicalistes exigent l’effectivité immédiate de l’accord, alors que le gouvernement déclare ne pas avoir tout de suite les ressources nécessaires. D’où la grève illimitée.

En tout état de cause, le gouvernement Modibo SIdibé a le dos au mur. A lui de trouver les ressorts nécessaires pour rebondir en donnant satisfaction à tous les Maliens.

Daba Balla KEITA

08 Mai 2009