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Notre pays entretient de solides relations de coopération avec l’Union européenne (UE). L’aide de l’institution européenne est multiforme et se compte par centaines de millions d’euros par an, soit plusieurs centaines de milliards de F CFA.

Le Mali a bien compris qu’il gagnerait mieux à sauvegarder ses intérêts auprès de l’UE que de chercher à défendre l’indéfendable à travers le maintien dans le gouvernement d’Ahmed Sow, soupçonné de prise d’intérêt dans l’affaire dite du Centre de développement de l’entreprise (CDE).

La démission de l’ex-ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau n’est en fait que le résultat d’une pression exercée par l’UE sur les autorités de Bamako. ATT a pris au sérieux les menaces de Bruxelles qui était sur le point de couper les vivres au Mali au cas où il ne se déciderait pas à faire sien le rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) qui lui a été envoyé depuis 2007 et qui incrimine Ahmed Sow dans le financement de l’usine de filature Fitina à près de 4 millions d’euros mais qui s’avère un éléphant blanc.

Pour atténuer la colère de Bruxelles, ATT avait alors envoyé plusieurs missions de bons offices à Bruxelles pour convaincre la présidence de la Commission de l’UE de sa bonne foi à ouvrir la voie à des enquêtes de l’Olaf contre le premier responsable du CDE au moment des faits. Une de ses missions, conduites par le 2e vice-président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane, s’est fait tancer par Louis Michel, commissaire au développement et à l’aide humanitaire de l’institution européenne, qui a menacé de ne jamais fouler le sol malien tant qu’Ahmed Sow serait ministre de la République.

Le départ d’Ahmed Sow dont la rumeur circulait depuis quelques jours déjà n’est ni plus ni moins que la conséquence de la pression exercée par Bruxelles sur Bamako. La visite à Bamako à partir de ce 5 octobre 2008 de Louis Michel est la preuve palpable qu’ATT a été contraint et forcé de se débarrasser de son ministre.

Un nouveau ministre tous les six mois

Ahmed Sow, ministre citoyen (mouvance présidentielle) et auteur du Programme de développement économique et social (PDES) du président ATT tombe de haut puisqu’il était même pressenti chef du gouvernement du 1er gouvernement du 2e et dernier mandat d’ATT. Sa nomination à ce poste n’aurait été contrariée que par les soupçons de corruption dont il fait l’objet de la part de l’UE.

Notre pays n’avait pas besoin d’avaler une couleuvre de plus. Sous d’autres cieux, les rumeurs de scandales quelles que soient leurs natures suffisent pour qu’un ministre démissionne de son propre chef ou sous recommandation du chef de l’Etat en personne. Ce cas a été vécu au Mali après la transition en 1992 sous le premier président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré.

Suite à l’affaire dite du Trésor qui avait fait découvrir un trou de plus de 6 milliards de F CFA dans la gestion post-transition d’ATT, le ministre Abdoulaye Camara, éphémère chef du département de la Construction et de l’Urbanisme a été prié de plier bagages. L’honneur du ministre en question dont la responsabilité directe n’était pas située et celui du gouvernement était sauf.

Dans les mêmes circonstances, les ministres Adama Koné (Jeunesse et Sports), Oulematou Tamboura (Communication et Nouvelles technologies) ont été aidés à sortir avant que les scandales n’éclaboussent toute l’équipe.

Sous ATT, on se plaît à vilipender tous les membres du gouvernement qui sont contraints de côtoyer un suspect. Et au lieu d’un remaniement en profondeur, l’on se plaît plutôt à couper, décaler, raccommoder tous les six mois.


Abdrahamane Dicko

03 0ctobre 2008