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Attendus depuis la nomination du président de la République par intérim, Pr. Diouncounda Traoré le 8 avril, et le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra le 17 avril, les membres du gouvernement de transition sont enfin connus depuis hier mercredi. Ils sont 24 ministres dont 3 femmes qui ont la confiance de Cheick Modibo Diarra pour mener à bon port l’équipe du gouvernement de transition. Les partis politiques sont les grands oubliés de l’attelage gouvernemental.

Le gouvernement de transition ou gouvernement de mission est une équipe réduite de 24 membres contre 31 pour le précédent composé de 4 femmes contre 3 pour le nouveau. On ne sait pas à vue d’œil qui représente quel parti ou courant politique à quelques exceptions près. Mais au vu de la configuration de la nouvelle équipe gouvernementale, le constat qu’on peut faire est que l’ex-junte militaire a eu droit à 3 départements ministériels.

Il s’agit des ministères de la Défense et des Anciens combattants dirigé par le colonel-major Yamoussa Camara, de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, confié au général Tiéfing Konaté et de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire avec à sa tête le colonel Moussa Sinko Coulibaly, qui était jusqu’à sa nomination directeur de cabinet du président du CNRDRE.

La remarque fondamentale est que le nouveau gouvernement a été composé sans la majorité des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Le Front pour la démocratie et la République (FDR), appelé aussi le front anti-junte qui a clairement signifié son opposition au coup d’Etat du 22 mars 2012 n’y figure pas. Son 1er vice-président, Ibrahima dit Iba Ndiaye, également 1er vice-président de l’Adéma/PASJ, que nous avons joint hier en début d’après-midi, nous a affirmé qu’aucun membre du FDR n’a été nommé. Selon lui, « nous n’avons pas été consultés ».

La nomination de Mme Alwata Ichata Sahi, membre du bureau politique des femmes de l’Adéma/PASJ et précédemment chef de cabinet du ministère du Logement, des Affaires foncières et de l’Habitat aurait été faite sur la base de son appartenance à la société civile. Elle est membre de plusieurs mouvements de femmes.

Solidarité africaine pour la démocratie et l’Intégration (Sadi), dont le soutien au coup d’Etat a été affirmé depuis ses premières heures ne figure pas dans le nouveau gouvernement. Sadi réunie au sein du MP22 auquel des pronostics attribuaient des ministères clé n’a pas été consultée selon un de ses membres.

Le gouvernement dit de mission et de technocrates se fait alors sans les partis politiques, si l’on sait que le FDR est composé de plusieurs dizaines de partis politiques dont l’Adéma/PASJ (l’ex-parti de Pr. Dioncounda Traoré) et l’URD de Soumaïla Cissé, les deux formations politiques majoritaires à l’Assemblée nationale.

Une autre remarque est le retour de Tiéna Coulibaly en qualité de ministre de l’Economie, des Finances et du Budget et numéro 2 du gouvernement. Tiéna Coulibaly qu’ATT a fait sortir d’une longue hibernation en le nommant PDG de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), revient à ses premières amours car il a été à la tête de ce département avant le coup d’Etat du 26 mars 1991. A la publication de la liste, d’aucuns n’ont pas manqué de qualifier sa nomination de restauration faite par le Premier ministre Cheick Modibo Diarra à un ex-ministre de son beau-père le général Moussa Traoré.

Le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Malick Coulibaly, n’est pas connu d’un bord politique. Il est surtout connu comme un jeune technocrate d’une grande rigueur professionnelle. L’opinion publique nationale retient de lui sa démission avec fracas en 2008 de son poste de substitut du procureur près le Tribunal de première instance de Kati.

Il n’avait pas accepté l’interférence de sa hiérarchie dans une affaire de vol de veau. Il avait libéré le suspect (un boucher), qui avait payé le prix du veau. Suite à cette libération, il a fait l’objet de pressions pour qu’il revienne sur sa décision en maintenant le boucher en prison sur injonction du propriétaire du veau. Malick Coulibaly enseignait à la FSJP et travaillait au Pnud.

D’autres sont considérés comme des proches de l’ex-junte ou du Premier ministre. Il s’agit, entre autres, du magistrat et syndicaliste Hamèye Founé Mahalmadane (Sports), Mme Diallo Fadima Touré (Artisanat, Culture et Tourisme), Mamadou Namory Traoré (Fonction publique, Gouvernance et Réformes administratives et politiques, chargé des Relations avec les institutions), Mme Traoré Rokia Guikiné (ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, etc). La part belle a été faite à la société civile au détriment du politique.

Dans la nouvelle équipe et en première position en qualité de ministre d’Etat, on peut noter la présence d’un ancien conseiller du président du Faso, Blaise Compaoré, médiateur de la Cédéao pour le Mali, Sadio Lamine Sow (Affaires étrangères et Coopération internationale) et d’un ancien de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Hamadoun Touré (Communication, Poste, Nouvelles technologies, porte-parole du gouvernement). Toutes choses qui peuvent laisser croire que les principaux acteurs de la Cédéao ont décidé de marquer à la culotte le processus de normalisation au Mali

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 26 Avril 2012