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Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra a déclaré qu’il ne démissionnera pas et que c’était à lui de former le gouvernement et non au président Dioncounda Traoré. Il serait toujours dans cette logique, malgré les désobligeances causées lors de son interview donnée à l’Ortm et Africable.

Si on ajoute à cette prise de position du Dr Cheick Modibo Diarra les récentes ébullitions du front politique, notamment la marche dispersée de Yèrèwolo Ton, lundi dernier ; la marche déprogrammée de la COPAM mercredi et le meeting annoncé pour le samedi prochain du même regroupement, on peut aisément comprendre que le jeu des combines incertaines est en cours. A la manœuvre, des acteurs politiques qui ne sont pas d’accord avec la transition politique telle que emmanchée et qui rejettent l’idée de former, en cette phase, un gouvernement d’union nationale.

C’est tout le sens de la déclaration lue à la télévision mardi soir par Housseini Amion Guindo, au nom de certains regroupements de partis politiques, qui tiennent toujours à la tenue d’une convention nationale, alors que la mouvance soutenue par la communauté internationale est la mise en place rapide d’un gouvernement d’union nationale qui puisse relever les défis de la reprise du nord Mali et de l’organisation d’élections transparentes et crédibles. Cette mouvance est d’autant soutenue qu’il y a une assemblée nationale qui fonctionne, des institutions en place, et pour compléter, un gouvernement d’union nationale à mettre en place.

Entre les déclarations du Premier ministre (qui ne montre de considération pour aucune autre institution, en disant qu’il ne démissionnera jamais, par ce qu’il n’a personne en face, à qui remettre sa lettre de démission, et que ceux qui lui demandent de démissionner ne l’ont pas porté à cette fonction), le message du président Dioncounda Traoré qui déclare qu’il conduira lui-même les consultations pour la formation du gouvernement, et la montée de l’adrénaline, il doit certainement y avoir un lien étroit et qui ne serait pas étranger au blocage institutionnel auquel conduiront les entraves à la mise en place du gouvernement d’union nationale.

Le refus du Premier ministre de démissionner, alors que cette démission est attendue pour mettre en place un nouveau gouvernement, relève d’une velléité d’aller à un bras de fer avec le président. En outre, le réveil brutal du volcan Yèrèwolo Ton et COPAM, alors que certains de leurs principaux leaders doivent comparaitre devant le juge pour troubles graves à l’ordre public, n’a-t-il pas un lien avec une éventuelle angine entre le président et son premier ministre ?

Un premier ministre qui n’entend pas se gratter le crane devant « eux les politiques qui ont enfoncé le pays dans ce gouffre d’où on est en train de le retirer », selon l’astrophysicien Cheick Modibo. Les milieux proches de Dioncounda Traoré prêtent à Modibo Diarra et son ministre de la Communication porte parole du gouvernement de faire pression sur l’Ortm qui n’avait donc pas le choix : la déclaration qui a demandé aux autorités de la transition de convoquer dans un bref délai la convention nationale a été introduite alors que le journal télévise était en cours.

On n’a pas besoin d’être un docteur en sciences politiques pour savoir que la tenue d’une telle convention au stade actuel des choses serait tout simplement une remise en cause du chemin parcouru, un retour en arrière risqué, eu égard à l’agenda de la transition. Un front ouvert entre les politiques à travers FDR et COPAM ne préparerait-il pas un retour en force des militaires qui auront établi cette expérience que les politiques ne s’entendront jamais.

De son côté Cheick Modibo Diarra ne veut pas tourner le dos à la haute sphère de l’Etat. Et il pense y jouer tout son avenir politique, donc n’est pas prêt à démordre. La CEDEAO pourra-t-elle y jouer un rôle ?

B. Daou

Le Républicain du 09 Août 2012