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Depuis sa nomination, le gouvernement Cheick Modibo Diarra donnait l’impression de juste occuper les meubles et les locaux. Le FDR lui donne au moins l’occasion de se faire une place dans le landernau politique national.

Le gouvernement donnait l’impression de ne pas savoir quel rôle jouer, coincé qu’il était entre le CNRDRE chez qui, visiblement, il prenait ses ordres, et la Copam, qui avait pris en otage la vie politique. Cheick Modibo faisait peine à voir, obligé à des sermons et faisant recours, suprême renoncement pour un cartésien, à nos émotions plutôt qu’à nos raisons.

Pendant des jours, le camp opposé au maintien de Dioncounda, à la Cédéao… a pris Bamako en otage, entre des meetings, des marches, des sit-in, une convention et des émissions sur Radio Kayira.

Pendant ce temps, le gouvernement était aphone, se débattant dans des phrases bien retournées du porte-parole et les prêches (dans le désert ?) du Premier ministre. Le point culminant de cet embrouillamini a été l’intrusion jusqu’au bureau du président de la République et son passage à tabac, sans la moindre condamnation du gouvernement. CMD a juste dit qu’il avait honte, avant que Me Tapo ne l’oblige à condamner.

Pour montrer qu’il a la majorité avec lui, le Front du refus, FDR, a voulu organiser hier une grande marche. Effectivement, cette mobilisation, nécessaire, était grosse d’incertitudes et de troubles. Les leaders religieux l’ont vite perçu qui se sont impliqués dans la médiation.

En renonçant à la marche, le FDR a demandé que les multiples intimidations cessent, que soient levés les blocus de l’ORTM et de l’Assemblée nationale, mais surtout que les médiateurs religieux s’impliquent auprès de tout le monde pour que la paix et la sérénité reviennent dans notre pays.

C’est tout à l’honneur du FDR d’avoir accepté de reporter sa marche. Mais, le faisant, c’est une perche tendue au gouvernement. Car, c’est justement son effacement du jeu qui a fait que les deux camps étaient face à face. Les deux communiqués diffusés lundi rassurent, si tant est qu’ils sont suivis d’effets.

Dans le premier, le gouvernement affirme qu’une cinquante de personnes, soupçonnées d’avoir participé à l’expédition punitive contre le président de la République ont été arrêtés et seront traduites devant les autorités judiciaires. Dans le second, il appelle la presse à plus de responsabilité, tout en rappelant les sanctions (du reste connues de toute la corporation), prévues par la loi.

Se libérer du CNRDRE

Au passage, le ministre de la Défense et des Anciens combattants (une première à saluer) dément les informations véhiculées par le « MNLA » faisant état de découverte de caches d’armes, des armes prétendument laissées par nos militaires.

Le gouvernement vient de marquer un bon point. Il lui revient de faire en sorte que tout cela ne reste pas à l’état de verbe, de menaces proférées. Pour qu’il soit respecté, à ce stade, il ne doit effectivement pas laisser passer le moindre manquement, se départir des négociations et des demi-solutions. Il doit montrer ses muscles, se montrer ferme sur les principes et intransigeant avec les manquements, de n’importe quel bord qu’ils proviennent.

Il part avec des préjugés favorables, des espoirs d’un peuple qui vit dans l’incertitude, blasé par des milliardaires du jour au lendemain, des donneurs de leçons qui ont le pantalon troué.

Le gouvernement CMD est porteur de l’espoir de toute une nation. Il lui revient de ne pas décevoir. Et le second aspect, avant la mission, c’est, une fois affranchi de la rue et des forces négatives de la société, une fois affirmé son autorité sur Bamako, c’est d’y ajouter Kati ou du moins de prendre son indépendance du CNRDRE. C’est la seule façon pour lui d’avoir du crédit aux yeux des Maliens.

Les tâches sont rudes, mais connues. Le délai est également connu. Le gouvernement a moins d’un an chrono maintenant pour unifier le pays et organiser des élections.

Pas une mince affaire.

Alexis Kalambry

Les Echos du 30 Mai 2012