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Incapables de mettre de côté leurs divergences, les partis politiques ont du mal à aller vers la formation d’une équipe consensuelle

jpg_une-942.jpgLes concertations tous azimuts seraient en cours pour la formation d’un gouvernement d’union nationale avant le 31 juillet comme l’a exigé la CEDEAO à l’issue du mini sommet de Ouagadougou tenu le 6 juillet dernier. Donc si les choses se passent comme recommandées par l’organisation sous-régionale, les Maliens devraient connaître les noms leurs nouveaux ministres au plus tard mardi prochain. Encore faut-il que les acteurs concernés aient fini par mettre de côté leurs divergences pour se consacrer à l’essentiel. Faut-il seulement élargir la base du gouvernement ou remanier l’ensemble ? Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra doit-il rester ? Les partis politiques et les forces vives de la nation sont aujourd’hui incapables de s’entendre sur le sujet. Le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR) qui demande le départ du Premier ministre et du gouvernement est en train de multiplier les déclarations dans ce sens. Dans la dernière en date du 24 juillet, le Front se montre virulent vis-à-vis du gouvernement de Cheick Modibo Diarra.

« L’inaction du gouvernement face à ces graves atteintes aux droits constitutionnels des citoyens, aux libertés individuelles et collectives encourage l’impunité et la persistance de ces actes criminels. Au regard d’un bilan aussi négatif et des tergiversations du gouvernement à solliciter l’aide internationale pour aider le Mali à sécuriser la Transition, restructurer les forces armées et de sécurité et libérer le Nord, le FDR émet de sérieux doutes quant à la capacité de ce Premier ministre et de ce gouvernement à conduire la Transition. Il les invite en conséquence à démissionner en vue de faciliter les consultations pour la mise en place d’un nouveau Premier ministre et d’un Gouvernement d’union nationale », dit la déclaration. Par ailleurs, le FDR estime que la « Feuille de route du gouvernement est plutôt un plan d’actions sans aucune vision politique et stratégique, et sans chronogramme ni délai précis ».

Sur la crise du Nord, le Front pense qu’ « à ce jour le Premier ministre et son gouvernement donnent l’impression de n’avoir aucune vision, aucune stratégie pour libérer (par la guerre ou par la négociation) les régions occupées… Le Premier ministre est réticent à demander le concours de la communauté internationale pour sortir le pays de cette tragique situation ». Concernant la préparation des élections, le FRD estime qu’ « il n’existe aucune feuille de route consensuelle, alors que l’audit du fichier électoral consensuel » et une évaluation du RAVEC auraient permis d’engager les préparatifs sur des bases rigoureuses ». Il dénonce également « l’incapacité du gouvernement à assurer la protection du président de la République sauvagement attaqué le 21 mai dans ses bureaux et à conduire une enquête sérieuse sur cette odieuse agression. Cette déclaration incendiaire du FDR a été cependant contestée en son sein. Le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) qui est présent depuis la création du Front s’est tout simplement démarqué du texte.

Le sujet a été d’ailleurs débattu hier par la direction du parti à son siège à Quinzambougou. Le président du PMR, Choguel Kokalla Maïga, que nous avons rencontré n’a pas caché sa colère contre cette déclaration du FDR qu’il trouve irréfléchie et humiliante. « Notre parti n’est pas associé à cette déclaration du FDR bien qu’il reste un de ses membres. A partir du moment où la CEDEAO a demandé aux partis politiques et aux forces vives de la nation de se concerter pour former un gouvernement d’union nationale ; à partir du moment où le président de la République est incessamment attendu à Bamako ; à partir du moment où tout le monde œuvre pour l’unité du pays, je trouve que le FDR a fait un mauvais choix, celui de jeter l’huile sur le feu. Aujourd’hui le FDR doit avoir une position modérée et non une position radicale qui va mettre en difficulté même le président de la République », a-t-il souligné.

« Le choix du président de la Transition, du Premier ministre, la prolongation du mandat des députés à l’Assemblée nationale, tout cela a été fait sur la base d’un accord et je ne comprends pas pourquoi au FDR, il y a des gens qui veulent imposer leur volonté aux autres, imposer à tout le monde leur façon de faire », a-t-il dénoncé. Choguel Kokalla Maïga annonce que son parti engagera des discussions directes avec le président de la République concernant la formation d’un gouvernement d’union nationale et la situation générale du pays. En réaction à la position nouvelle du MPR vis à vis du FDR, le premier vice président de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) a dit : « c’est compréhensible que le MPR se démarque. C’était d’ailleurs prévisible ». « La position de l’ADEMA est tout à fait la même que celle du FDR. Nous réclamons la démission du Premier ministre et du gouvernement pour laisser la place à un gouvernement d’union nationale », a confirmé Ibrahima N’Diaye. Hier au siège de l’ADEMA, les discussions étaient très chaudes sur la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Beaucoup de dirigeants locaux et de militants de ce parti pensent que Dioncounda Traoré, en sa qualité du président de la République, doit librement choisir son Premier ministre et son gouvernement pour faire face efficacement aux défis du moment. La Convergence pour sauver le Mali campe sur une autre position qui semble invariable. Cette formation qui regroupe notamment le CNID Faso Jiriwa Ton, le parti Yéléma, la CODEM, est hostile à tout changement de gouvernement. « Nous restons absolument cohérents. Nous ne voulons pas un nouveau Premier ministre parce que nous estimons que ce changement va créer une période d’instabilité.

Mais, si les partis politique ou les groupements s’entendent sur un dispositif qui puisse permettre d’assurer une stabilité plus grande que celle de maintenant, pourquoi pas. Même si cela m’étonnerait », indique Moussa Mara, président du parti Yéléma. « Notre soutien, c’est par rapport à la raison et à la stabilité. Donc, la position de notre groupement n’a pas varié », justifie-t-il. La CEDEAO menace de sanctionner à nouveau notre pays si jamais le gouvernement d’union nationale n’est pas mis en place avant le 31 juillet. La proximité de cette date-butoir ne semble guère aider à arrondir les angles. Pour l’instant.

Madiba Keïta

L’Essor du 27 juillet 2012