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Il aura fallu attendre neuf jours depuis la reconduction de Cheick Modibo Diarra, le 11 août dernier, par le Président de la République, pour que le Mali connaisse sa nouvelle équipe dirigeante. Avant-hier, sa composition a été annoncée au journal télévisé de 20h. Au total, 31 ministres « chapeautés » par Cheick Modibo Diarra qui se succède à lui-même au poste de Premier ministre. Un gouvernement pléthorique qui, même si la feuille de route qui accompagne le Premier ministre ne le dit pas expressément, devra conduire le Mali jusqu’aux prochaines échéances électorales et à la réunification du pays. Comme à l’accoutumée, ce gouvernement enregistre certaines entrées, des départs, des maintiens et…des jeux de « chaises musicales ».

La « Dream team » (équipe de rêve) de Dioncounda Traoré est enfin formée. Après la feuille de route donc, « la feuille de match » (pour reprendre le mot d’un confrère) est connue depuis le lundi dernier. Ce qui soulève quelques observations.

La première, c’est que contrairement à ce que disent les services d’information et de communication de la Présidence de la République et de la Primature, la nouvelle équipe ne répond pas vraiment à un souci d’ouverture et de cohésion nationale : pas une seule tête « piochée » parmi les opposants dits « alimentaires » ! Mais la grande majorité des acteurs qui se battaient pour le maintien ou non du Premier ministre et du Président de la République ont eu des postes honorifiques.

La composition de ce nouveau gouvernement accrédite donc la thèse du « clash » survenu au sommet de l’Etat entre Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra. Deuxième observation : la présentation de cette liste a carrément ignoré les portefeuilles du ministère de la réconciliation nationale qui devrait être un levier important pour la cohabitation sociale entre les fils du pays, surtout en ces temps de crise armée. Troisième observation : c’est que ce gouvernement constate des départs pour la plupart très prévisibles, des entrées pour le moins inattendues, des maintiens aux postes et un jeu de « chaises musicales » pour quelques-uns de l’équipe sortante.

Premier départ : c’est celui de Sadio Lamine Sow, super poids lourd du premier gouvernement, mais finalement tombé en disgrâce. Dans le précédent gouvernement, il occupait le poste de ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. La cause de son départ : il était un novice de la diplomatie malienne et s’embrouillait pour si peu. A cela s’ajoutent ses prises de décision qui dépassaient tout entendement. Au plus fort de la crise entre lui et le Premier ministre, son limogeage était fortement pressenti. Sa non reconduction aux affaires est donc la sanction à retardement de son comportement.

Il serait d’ailleurs plus préoccupé par les négociations de son mentor Blaise Compaoré dans la crise malienne que de s’investir comme cela se doit pour une sortie de crise heureuse de la crise. Le second départ, dont l’annonce n’a pas non plus fait l’effet d’une bombe, c’est celui de Hamadoun Touré, celui-là qui s’était rendu célèbre par la lecture des communiqués de condamnation : « Sur instruction personnelle du Chef de l’Etat », « Le Chef de l’Etat a dit », « Au nom de la politique d’apaisement que prône le Chef de l’Etat »…

Mais il a aussi brillé par son incapacité à maîtriser réellement son département. Un autre départ qui sonne comme un retrait forcé des affaires, c’est celui du ministre Ahmadou Touré, l’un des acteurs du cumul de postes ministériels, car à lui seul, il avait la lourde tâche de gérer les mines, le commerce et l’industrie. Son entêtement à vouloir régler ses comptes au président de la Chambre de commerce et d’industrie, malgré l’arrêt de la Cour, a précipité son départ.

Mamadou Diakité a également été viré. Ministre de la Jeunesse, du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, il a quand même connu son heure de gloire avec la transition. Yacouba Diallo n’échappe non plus pas à ce « désastre », en dépit du tapage médiatique qu’il organisait autour de ses activités au ministère délégué auprès du ministre de la Fonction publique, chargé des Réformes politiques et des Relations avec les institutions. Des soupçons de mauvaise gestion de son Cabinet pesaient sur lui.

Aurait-il payé le prix de cette mauvaise gestion ? Quant à Moussa Léo Sidibé, celui qui occupait, dans le gouvernement précédent, le portefeuille de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, il ne figure pas non plus sur la liste du nouveau gouvernement. Pourtant, on raconte qu’il était un intime du Premier ministre. Certains ministres sont maintenus à leurs postes.

Il s’agit de Tiéna Coulibaly qui conserve son poste de ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, et du Colonel-major Yamoussa Camara qui se maintient au poste de la Défense et des Anciens combattants. Il y a aussi le ministre Marimpa Samoura qui garde son portefeuille de délégué auprès du ministre de l’Economie, des Finances chargé du Budget.

Il s’agit aussi du Général Tiéfing Konté, ministre de la Sécurité intérieure, de Me Malick Coulibaly qui conserve son poste de ministre de la Justice, Garde des Sceaux, de Soumana Makadji de la Santé et bien d’autres qui ont reçu les faveurs Cheick Modibo Diarra et du Capitaine Sanogo (dit-on) pour conduire les destinés du pays.

On a également assisté à des jeux de « chaises musicales ». Ainsi, du ministère délégué chargé de la Jeunesse et de la Formation professionnelle, Bruno Maïga passe au ministère de la Communication. L’ancienne ministre de l’Artisanat, de la Culture et du Tourisme, Mme Diallo Fadima Touré, prend le portefeuille du Logement, de l’Urbanisme et des Affaires foncières. L’autre « come back » fracassant, c’est celui de David Sagara, ministre de l’Environnement et de l’Assainissement. Une récompense pour son parti, la CODEM qui aurait bataillé ferme pour obtenir sa place au soleil.

Le Lieutenant-colonel Abdoulaye Koumaré apparaît également dans ce gouvernement. Jusqu’à sa nomination, il était peu connu du grand public. Il serait l’un des bras droits du Capitaine Sanogo. Le jeune avocat, Me Demba Traoré, fait aussi son entrée dans ce gouvernement. Ainsi, l’homme de confiance du parrain de l’URD oubliera un peu le droit pour parler décentralisation.

Quant Tiéman Hubert Coulibaly, un des fidèles alliés du Président Dioncounda Traoré, il est aux Affaires étrangères. Cette nouvelle équipe gouvernementale réussira-t-elle à imprimer une nouvelle dynamique à la gestion des affaires publiques ? Premiers dossiers chauds : l’organisation de la convention et la reconquête des régions du Nord sous occupation des bandits armés. Visiblement, les « élus » ne devraient pas avoir assez de temps pour sabler du champagne, c’est-à-dire fêter leur nomination.

Paul N’Guessan

22 Août 2012