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Le Mali a perdu beaucoup de temps précieux avec le gouvernement actuel qui aurait pu être un gouvernement d’union nationale n’eussent été la mauvaise foi du Premier ministre et la passivité du président de la République. Aujourd’hui nous revoilà à la case départ au moment où le pays continue sa descente lamentable aux enfers. CMD est encore face à l’Histoire.

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra multiplie les consultations à l’intérieur et à l’extérieur du Mali en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Les autorités nationales ont jusqu’au 31 juillet pour se conformer à cette exigence de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

L’institution ouest-africaine s’est finalement rendue à l’évidence que sans un gouvernement regroupant toutes les sensibilités sociales et politiques de notre pays, les chances de succès de la transition seront infimes. Environ trois mois après sa mise en place, le gouvernement du Premier ministre Cheick Modibo Diarra n’a jamais été en mesure de répondre aux attentes des Maliens. Eux dont la détermination à laver l’affront infligé par les ennemis de la nation est plus perceptible que celle des premiers responsables du pays.

Le futur gouvernement consacrera le retour à la case départ pour le Mali. Pourquoi avoir donc perdu tout ce temps pour former une équipe indispensable au déblocage de la crise politico-sécuritaire ? Cette question mérite d’être posée quand on sait que dans l’accord-cadre signé entre la Cédéao et l’ex-junte le 1er avril 2012, il était prévu la formation d’un gouvernement de consensus. Ce qui sous-entendait que toutes les couches sociopolitiques feraient partie du nouveau team.

Mais, de connivence avec ses bienfaiteurs de Kati, le navigateur interplanétaire a eu l’outrecuidance de former le 24 avril 2012 un gouvernement sans âme et dépourvu de toute idée d’inclusion en ces temps de galères pour le Mali. La conséquence est connue de tous : un pays à l’arrêt et des compatriotes abandonnés à leurs bourreaux qui leur font voir de toutes les couleurs.

La sentence de la Cédéao ne pouvait être autre que l’exigence d’un gouvernement auquel tous les fils du Mali s’identifieront. Mais beaucoup de questions demeurent en suspense, car les apparences sont trompeuses et des contrevérités se racontent à Bamako juste dans le but de servir des intérêts partisans.

Au centre de toutes les supputations, Cheick Modibo Diarra est désormais célèbre pour son incapacité à se mettre au-dessus de la mêlée et à prendre ses distances vis-à-vis de l’ex-junte. La Cédéao vient d’adouber Dioncounda dans sa position de président de la transition et de ce fait de premier responsable de la nation. Cependant, si Cheick Modibo Diarra devait prolonger son séjour à la Primature, l’on se demande s’il serait dépourvu de ses « pleins pouvoirs » ou s’il fera profil bas au profit de son boss.

Enfin le réveil de Dioncounda ?

Ce qui est d’autant plus vrai qu’en l’absence du chef de l’Etat, l’homme s’est adjugé le rôle suprême de commandant du bateau Mali, avec la complicité de Kati. Ses prises de position sur des dossiers-clés et certains de ses échanges avec les partenaires du Mali en sont des preuves tangibles.

Or du dualisme, le Mali n’en a pas besoin maintenant, encore moins d’un serpent à deux, voire trois têtes. Si le Premier ministre se met sous l’autorité du président de la République comme il se doit dans un pouvoir républicain, le Mali aura fait un grand pas dans la résolution de l’imbroglio politique au Sud. Et les animateurs de l’ex-junte seront contraints d’obéir aux vœux des dirigeants légitimes du Mali.

La légitimité étant un ingrédient recherché par les bailleurs de fonds en vue de la reprise effective de leur aide au Mali, la composition du futur gouvernement d’union nationale ne passera pas inaperçue. D’ores et déjà, l’on se demande si l’ex-junte se taillera encore la part du lion comme c’est le cas dans la présente équipe gouvernementale et en dépit de la mue du CNRDRE en Conseil consultatif militaire.

La détention de postes clés par les proches des ex-mutins n’a pas vraiment servi parce qu’ayant été utilisée pour semer la terreur et ancrer les griffes de ces jeunes officiers sur l’appareil d’Etat. Dioncounda pourra-t-il opposer son veto au maintien de ces mêmes personnalités à ces postes stratégiques ? En tout cas, leur maintien ou leur sortie du gouvernement reste l’un des enjeux des concertations que le Premier ministre a engagées avec toutes les forces vives de la nation.

Ultrasensibles à la répression militaire, les partis politiques, que le PM avait injustement écartés de son gouvernement, auront certainement à cœur de clarifier certains points avant de s’engager à composer avec le chef du gouvernement. Ils poseront certainement leurs conditions au PM, ne serait-ce que pour condamner la tentative du capitaine Sanogo et des siens de livrer les hommes politiques à la vindicte populaire.

En plus de l’entrée des formations politiques dans l’attelage gouvernemental, la gestion des accointances du PM avec certains membres de l’actuel gouvernement fera débat. Surtout qu’il n’est pas certain que l’actuel team connaîtra un grand chamboulement. Cheick Modibo Diarra a jeté son dévolu sur certains ministres afin de magnifier seulement les relations qui les lie.

Comme une couronne qui sanctionne la participation d’une équipe à un tournoi. Sans épiloguer sur la pertinence de la nomination de certaines figures de l’ex-parti unique et des ministres proches de l’ex-couple présidentiel, l’on est en droit de s’interroger si réellement la compétence intrinsèque des promus a prévalu dans les critères de leur choix.

En sera-t-il de même avec le futur gouvernement et au détriment de l’intérêt supérieur de la nation ? Rien n’est moins sûr et il faudrait compter avec les surprises à la Cheick Modibo Diarra. A moins que Dioncounda ne décide enfin de taper du poing sur la table.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 20 Juillet 2012