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La paix au nord, l’organisation d’élections crédibles, sincères et transparentes et l’assainissement des finances publiques devront être les trois tâches les plus urgentes du nouveau Premier ministre du Mali, Cheick Modibo Diarra, nommé hier par le chef de l’État Dioncounda Traoré.

C’est sans surprise que le président de la République, le Pr. Dioncounda Traoré, a signé le décret de nomination de Cheick Modibo Diarra en qualité de Premier ministre en même temps que celui qui a mis fin aux fonctions de Mme Cissé Mariam Kaïdama Sidibé.

Depuis plusieurs jours déjà, le nom de l’astrophysicien était cité pour être le chef du gouvernement de la transition, doté des pleins pouvoirs pour rétablir l’intégrité du territoire malien et aussi organiser des élections transparentes.

Le Nord du Mali est occupé par des groupes rebelles et des islamistes d’Ançar Eddine et d’Aqmi. Un coup d’Etat est intervenu le 22 mars alors que le Mali s’apprêtait à organiser une élection présidentielle dont on redoutait l’issue à cause de l’impréparation qui la caractérisait.

Dans l’immédiat, le nouveau chef de gouvernement du Mali doit ouvrir des consultations avec la classe politique, les syndicats, la société civile en vue de mettre en place un gouvernement d’union nationale. Des personnalités vierges, compétentes et dévouées dans une équipe restreinte seront appelées à mener le bateau vers des rivages plus cléments.

Cheick Modibo Diarra est né en 1952 à Nioro du Sahel. « Je suis Cheick Modibo Diarra de la famille Diarra de Ségou (Centre du Mali), fils de Moussa Diarra descendant » de figure de l’histoire malienne, se décrit-il sur son site Internet lancé en prévision de l’élection présidentielle prévue en avril 2012 et annulée de facto par le coup d’Etat militaire du 22 mars.

« Je suis héritier de gros travailleurs de la terre qui m’ont inculqué le culte du travail et l’amour des travaux champêtres », ajoute cet homme au physique imposant, qui a notamment vendu des colliers africains sur Madison Avenue avant de devenir « navigateur interplanétaire », titre d’un livre sorti en 2000, qui résume son parcours extraordinaire.

Il a grandi à Ségou « avec une confiance illimitée dans la vie », indique-t-il dans son livre. Il y fait ses études primaires jusqu’à 1972, « descend » à Bamako pour le lycée Technique.

Il poursuit ses études à Paris, où il obtient une licence en mathématiques, en mécanique analytique et physique, puis une maîtrise en mécanique des fluides, avant de se rendre aux États-Unis. Là, il obtient des diplômes supplémentaires en génie mécanique, avec pour spécialisation l’astronautique.
Citoyen américain

Pendant six ans, de 1984 à 1989, il est professeur assistant à l’Ecole d’ingénieurs de l’Université d’Howard, puis navigateur interplanétaire (de juillet 1989 à novembre 2002) au Jet Propulsion Laboratory (JPL), laboratoire de l’Institut californien de technologie, sous contrat avec la Nasa, l’agence spatiale américaine.

A ce titre, il dirige plusieurs missions spatiales pour la Nasa, le JPL explorant le système solaire grâce à des sondes équipées de robots.

Le pilotage des vols vers Mars le rend célèbre car il a l’idée de faire suivre, en direct sur Internet, le vol de 1997, « Pathfinder », installant à travers le monde des sites miroirs: chacun sur terre peut voir en temps réel le robot « Sojourner » escalader les cailloux de la planète rouge.

Salué, sollicité, décoré, l’enfant malien devenu citoyen américain occupe des fonctions importantes ou de prestige : ambassadeur de bonne volonté auprès de l’Unesco, premier président de l’Université virtuelle africaine (UVA), basée au Kenya, qu’il a quittée en 2005 pour co-fonder l’Université numérique francophone mondiale, président de Microsoft Corporation pour l’Afrique (depuis 2006).

Il est aussi commandeur de l’Ordre de l’éducation nationale du Gabon, commandeur de l’Ordre du Mérite du Lion du Sénégal, commandeur de l’Ordre du Mérite national de la Côte d’Ivoire, commandeur dans l’Ordre des arts, des lettres et de la communication du Burkina Faso…

Mais Cheick Modibo Diarra, marié et père de trois enfants, n’oublie pas le Mali, où il est aussi connu comme le gendre du 2e président, Moussa Traoré, militaire renversé en 1991 après 23 ans de pouvoir autoritaire.

« Je suis revenu au pays cultiver mes champs à Ségou de 2003 à 2006. (…) J’ai cultivé les champs de mes pères jusqu’en 2007 avant de posséder et de cultiver mes propres terres. L’une de mes grandes préoccupations est aujourd’hui la promotion du monde rural, le développement de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche », déclare-t-il encore sur son site de campagne.

« Je tiens de façon particulière au respect de certaines valeurs de notre société », dont « le travail bien fait, l’intégrité, le stoïcisme, le sens de la responsabilité et l’amour de la patrie », clame-t-il.

Le 7 mars 2011, il présente à Bamako son parti politique, le Rassemblement pour le développement du Mali (RpDM), à un an de l’élection présidentielle. « La politique ne doit pas seulement être une affaire de professionnels », avait-il dit.

A. M. Thiam

(avec le cabinet du PM)

18 Avril 2012