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Le président de la République par intérim a procédé à un réaménagement de son gouvernement de transition. A l’analyse, on ne note ni départ ni nouvelle entrée, le chef du gouvernement restant le même, c’est-à-dire Diango Cissoko.

Cependant, il y a eu des changements, certains ministres ayant changé de portefeuille, certains ministères ayant changé d’appellation. Le cas le plus illustratif est sans doute celui de Tiéna Coulibaly qui quitte le département des finances. Sa nomination par Cheick Modibo Diarra dans le premier gouvernement de transition avait pourtant été saluée par bon nombre de personnes qui voyaient en lui un véritable messie. Mais ces personnes ont très vite déchanté car l’homme a plutôt été au centre de sombres affaires concernant certaines passations de marchés publics. Notamment de fourniture de véhicules pour la primature, l’armée et la commission dialogue et réconciliation, d’attribution de la troisième licence de téléphonie globale, etc.

Au lieu d’être débarqué du gouvernement, on le retrouve encore dans cette nouvelle équipe où il n’a rien à faire.

On pourrait également se poser des questions sur la nomination de Demba Traoré, avocat mais surtout haut cadre de l’URD, à la tête du département en charge de la fonction publique. Des questions parce que c’est un autre haut cadre de l’URD, lui aussi avocat, Abdoul Wahab Berthé, qui serait à la base de tous les dysfonctionnements connus par ce département lorsqu’il le dirigeait sous ATT. Dioncounda Traoré n’a certainement pas déjà oublié les retombées, assez désagréables, d’ailleurs, de la gestion de la fonction publique de laquelle ont été radiés des agents illégalement recrutés par le cabinet d’Abdoul Wahab Berthé.

De même que beaucoup de ses collègues. En effet, c’est la quasi-totalité de cette équipe qui devait regagner la porte de sortie. Ces ministres, depuis leur nomination en avril 2012, ont fait preuve d’une extraordinaire incompétence, excellant dans l’incurie et l’immobilisme.

Leur mandat était pourtant clair : libérer le nord du pays pour que le Mali retrouve son intégrité territoriale et sa souveraineté nationale, organiser des élections générales propres et démocratiques afin que le pays soit doté d’institutions légitimes et légales. A ce jour, le pays n’a pas recouvré l’entièreté de son territoire puisque la ville de Kidal est toujours entre les mains de groupes rebelles terroristes qui en interdisent l’entrée aux forces de défense et de sécurité légales et à l’administration malienne.

Il est vrai que le 18 juin passé, un accord est intervenu entre le gouvernement et ces groupes rebelles terroristes à Ouagadougou, la capitale burkinabé, accord qui prévoit le retour de l’armée à Kidal mais seulement sous haute surveillance des forces françaises et africaines, avec une cohabitation forcée avec des rebelles terroristes cantonnés mais pas désarmés. L’armée et l’administration seront-elles bientôt, sur leur propre territoire non reconquis, les nouveaux otages des bandits armés avec les éléments de l’opération Serval comme cerbères ? Il faut le craindre. Dans tous les cas, le Mali n’a pas encore recouvré son intégrité territoriale.

De même, ce pays, qui n’a connu que le pire depuis un certain 22 mars 2012, est encore loin d’avoir retrouvé sa souveraineté nationale. Il est vrai que l’opération Serval décidée par le président français François Hollande a permis d’enrayer la menace jihadiste et terroriste qui planait alors sur tout le pays, mais elle a également ouvert les portes du Mali à toutes ces armées qui envahissent de plus en plus le pays.

Maintenant, les opérations militaires sont décidées par la communauté internationale. Les décisions militaires sont prises par l’état-major de la Misma (Mission internationale pour la stabilisation du Mali). Bref ! Les forces de défense et de sécurité sont maintenant sous haut commandement de la Cédéao. Où est la souveraineté ?

La deuxième mission de ces autorités qui n’ont aucune autorité est d’organiser des élections libres et transparentes sur toute l’étendue du territoire national. Il a fallu que la communauté internationale, encore elle, impose au président de la République une période butoir pour que la date de la présidentielle soit fixée d’abord au 07 juillet puis au 28 du même mois.

Les problèmes invoqués pour ce report demeurent toujours. C’est-à-dire qu’à deux semaines de l’ouverture de la campagne électorale pour le premier tour de la présidentielle, rien n’est encore prêt ni matériellement ni financièrement. Et pire, tout est fait pour que le pays aille à des élections bâclées qui ne manqueraient pas de générer de fortes contestations postélectorales.

Mais pouvait-il en être autrement dans un pays où l’Etat et toutes ses institutions n’existent que par intérim ? La première, le président de la République, n’est pas élu mais nommé par la Cédéao. Les députés ne représentent plus qu’eux-mêmes et non le peuple à l’Assemblée nationale puisque leur mandat a expiré depuis longtemps avant d’être prolongé non pas par la volonté populaire mais par une simple décision administrative.

Le président de la République, à qui l’Accord-cadre signé entre la junte militaire et la Cédéao interdit de nommer un gouvernement et de prendre de grandes décisions, n’en fait qu’à sa tête ou n’agit que sous la pression de la communauté internationale. Et se permet de procéder à un réaménagement inutile alors qu’il s’agit de débarquer tout le monde et de s’en aller soi-même.
Il est vrai, au Mali, on ne change pas une équipe qui ne gagne pas, on la conserve soigneusement pour tirer le pays vers le bas.

Cheick TANDINA


Réaménagement gouvernemental : Une sanction pour Tièna Coulibaly ?

Sanction ou nécessité ? Ce qui est sûr c’est qu’en quittant un département aussi important que celui de l’économie, des finances et du budget, Tièna Coulibaly n’a certainement pas bénéficié d’une promotion, et tout laisse à croire que le traitement de certains dossiers serait à la base de cette sanction qui ne dit pas son nom.

Depuis un certain temps, dans les coulisses du gouvernement de transition, le comportement du Ministre Tièna Coulibaly qui se fait passer pour un ministre «propre» est décrié. De son arrivée à la tête du Département de l’Economie, des finances et du Budget à aujourd’hui, il n’a été qu’au centre de dossiers scandaleux. Il s’agit notamment de la passation du marché de véhicules de l’armée et de l’attribution de la troisième licence de la téléphonie globale.

Jamais sous l’ère démocratique au Mali, on avait assisté à une telle boulimie financière au sein de l’Etat et à une gestion controversée au niveau du gouvernement. Pour cause, aux yeux de certains de ses collègues, le ministre de l’Economie, des finances et du budget s’est montré trop léger dans la passation des marchés de l’Etat et la gestion de certains dossiers.

Au sujet du marché de véhicules de l’armée, selon un haut responsable de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications / TIC et des Postes (Amrtp), c’est en commun accord avec le Ministre Tièna Coulibaly et la direction générale des marchés publics que le marché de véhicules de l’armée, estimé à 8,9 milliards, a été attribué à Babouya Sylla.

Quelques moments plus tard, ce marché a été annulé au motif que le gouvernement n’était pas au courant alors que le Ministre Coulibaly annonçait aux responsables de l’Amrtp qu’il rendait régulièrement compte au Premier ministre et au Président Dioncounda Traoré, précisait cette source.

Comme si cela ne suffisait pas, le même gouvernement, à travers son même ministre «propre», Tièna Coulibaly, a attribué la 3ème licence de la téléphonie globale dans des conditions obscures. Car, selon les économistes et non les agroéconomistes, rien ne saurait justifier la passation d’un marché public d’une somme aussi importante (55 milliards) par entente directe. Le Prétoire, en son temps, avait dénoncé de telles procédures. Pour défendre l’indéfendable, accompagné de deux autres ministres, Tièna Coulibaly a convoqué toute la presse nationale et internationale.

Mais cet exercice ne lui a pas été favorable car il n’a pas su convaincre grand monde. Les comptes-rendus des confrères en témoignent. Lors de cette rencontre, véritable procès du journal le Prétoire, il s’est auto proclamé ministre «propre». Mais apparemment, pas tant que ça. Les casseroles étaient trop bruyantes et ont fini par agacer. Il a ainsi été remplacé par un autre ministre plus propre.

Même si le gouvernement tente désespérément de donner une autre raison au réaménagement du samedi dernier, personne n’est dupe sur les vraies motivations du départ de Tièna Coulibaly dont les comportements commençaient à faire ombrage et à porter préjudice au Premier ministre Diango Cissoko. Une question cependant : pourquoi n’a-t-il pas été tout simplement débarqué du gouvernement ?

Oumar KONATE

25 Juin 2013