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Le président de ce comité, Daba Diawara, a remis hier au chef de l’État, Amadou Toumani Touré, le rapport de fin de mission de réflexion de son équipe.

La remise a donné lieu à une cérémonie officielle, organisée dans la salle de banquet du palais de Koulouba. L’événement a mobilisé les plus hautes autorités de notre pays, notamment le Premier ministre, Modibo Sidibé, les membres du gouvernement, les présidents des institutions de la République, les membres du cabinet présidentiel, des diplomates accrédités dans notre pays, l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga et de nombreux invités.

Le rapport, ainsi remis au chef de l’État, est le fruit de sept mois d’intense labeur pour consolider notre processus démocratique. Il a permis de faire une analyse approfondie de notre corpus social et politique mis à l’épreuve par 16 ans de pratique démocratique.

Le diagnostic sans complaisance du fonctionnement des institutions de la République et les insuffisances constatées dans la Constitution du 25 février 1992 nécessitent une thérapie à la dimension du mal en vue d’insuffler une nouvelle dynamique à notre processus démocratique.


Un savant dosage

Le rapport, déposé sur la table du président de la République, contient 233 propositions de solutions. Certaines de ces propositions nécessitent une révision constitutionnelle dans leur mise en œuvre. Les autres, moins complexes, renvoient à de simples modifications ou à l’élaboration de textes fixant l’organisation et les modalités de fonctionnement de certaines institutions de la République, notamment les élections, l’exercice de la liberté de la presse et l’accès aux médias d’État, a expliqué Daba Diawara, au cours de la présentation du document.

Ces propositions, selon ses auteurs, sont fondées sur leur forte conviction que les forces politiques, les forces sociales, les institutions et la culture politique, le pays officiel et le pays réel, la démocratie et la citoyenneté, la classe politique et la société civile, les institutions modernes et les autorités traditionnelles légitimes, doivent être mis en phase et en synergie pour un meilleur ancrage de la démocratie dans notre pays.

Car, de leur point de vue, aucun processus démocratique n’échappe à la loi universelle du mouvement. Notre processus démocratique, à l’instar des autres changements sociaux, est dynamique et global.

Cependant, dans la formulation des questions auxquelles le comité devait apporter des réponses idoines, la plus cruciale était relative à la problématique du savant dosage à effectuer entre les valeurs sociétales apportées par la civilisation occidentale et celles léguées par les aînés. « Comment faire, tout en épousant les contours d’une modernité universelle marquée du sceau de l’Occident, pour préserver et conserver l’âme africaine dans tous les domaines de l’activité humaine, notamment celui de l’organisation de l’État ? », a résumé Daba Diawara.

Pour le comité, la réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali ne peut atteindre les résultats escomptés en occultant l’histoire institutionnelle de notre pays séculaire, dont les sédiments socio-politiques et culturels se sont formés à travers les âges. Les empires médiévaux du Soudan occidental ont, en effet, jeté les bases de l’État précolonial, a expliqué Daba Diawara.


Histoire séculaire

Pendant douze siècle, les empires du Ghana, du Mali et du Songhoï se sont succédé. Ils ont assuré une extraordinaire continuité historique dans notre espace soudano-sahelien, dont le cœur reste dans le Mali d’aujourd’hui.

Sous le règne de Mansa Soundiata Kéïta (1235-1255), l’Empire du Mali avait déjà élaboré et annoncé, à travers la Déclaration du Kurukan fuga en 1236, les fondements juridiques, sociaux, économiques et moraux de la nouvelle entité politique. Cette déclaration, prononcée un an après la victoire de Kirina, a traversé les temps jusqu’à l’intrusion européenne en Afrique et même au-delà, elle a continué à régir, dans certains de ces aspects, les relations humaines sur « l’aire culturelle mandingue« .

Ainsi, contrairement à certains États africains, le Mali, de par son histoire séculaire, faite de brassages biologiques et culturels, a su forger une véritable Nation où différents groupes ethniques cohabitent dans une harmonie fondée sur la tolérance et la complémentarité d’intérêts.

La force de ces trois empires résidait dans le respect (de soi, de l’autre, des parents, de la vie, des aînés formateurs, du pouvoir, des cultes locaux, de la propriété, de la nature, etc.) dans la formation de l’individu pour faire face aux exigences évolutives de sa vie terrestre, dans la sacralisation du travail, dans l’amour de la patrie, dans la culture du sens de la justice et surtout dans une distribution saine de la justice.

Fort des enseignements tirés de ce riche passé, Daba Diawara et son équipe se sont convaincus que pour une meilleure consolidation de notre processus démocratique, il fallait des institutions adaptées, moins onéreuses pour les contribuables et fonctionnant harmonieusement.

Il faut aussi des partis politiques aux capacités renforcées demeurant les principaux acteurs de la vie politique et ayant des raisons objectives de se regrouper, des élections mieux organisées, plus transparentes, moins chères, avec une participation importante des citoyens et des résultats moins contestés.

Elle nécessite, également, l’amélioration de la qualité de la presse écrite et le respect du pluralisme politique au niveau de l’audiovisuel, une société civile contribuant efficacement à la consolidation de la démocratie et de la citoyenneté, le raffermissement des bases du dialogue social et de la résolution des conflits sociaux et une meilleure protection des droits et libertés.

Toutes ces recommandations seront minutieusement examinées point par point pour être appliquées, a promis Amadou Toumani Touré, en recevant le volumineux document. Le chef de l’État a remercié l’équipe du comité pour le travail abattu.

Il a rappelé les raisons de son choix porté sur la personne de Daba Diawara pour diriger cette équipe, avant de louer les qualités morales de l’homme. La compétence, le sens du devoir et l’amour pour la patrie qui le caractérisent ont été déterminants dans le choix de la personne du président du Comité d’experts chargé de la réflexion sur la consolidation de la démocratie au Mali, a confirmé le président Amadou Toumani Touré.


A.O. DIALLO

14 Octobre 2008