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Les Finances dit-on ont horreur des revendications globales. Elles préfèrent répondre aux revendications au coup par coup, en multipliant les primes. C’est qui se passe actuellement en direction de certaines institutions de la République pour atténuer leur ardeur.
Coupons, coupons ! Il est des gouvernements semblables à ces chanteurs d’opérette qui entonnent sur la scène marchons, marchons sans bouger d’un pouce. Le refrain censé être électoralement payant est connu : il y a crise financière. Il suffit donc de le déclamer sur tous les tons.

De fustiger l’embonpoint, de dénoncer la pléthore, d’annoncer un régime minceur, de décider des coupes claires. Ces imprécations ont-elles l’esthétique de l’incantation. Mais la réalité est immuable : la prorogation des mandats de certaines institutions budgétivores montre suffisamment que le gouvernement a les moyens financiers et gaspille l’argent du peuple. Pis le train de vie gouvernementale n’a pas diminué.

Que fait Cheick Modibo Diarra de nos maigres fonds?

A l’heure ou l’Etat «surveille» sa ligne, diminue les budgets de certaines structures et renouvelle le mandat de certaines Institutions en reconnaissant qu’il ne peut tout faire, la question devait faire l’objet d’un débat public, clair et transparent. Sinon c’est l’opacité qui est de règle.

Dans la gestion des fonds publics sous la Transition, l’astrophysicien devait montrer pattes blanches. Mais le constat est amer au Mali : c’est pendant la Transition que la délinquance financière prend de l’ampleur. Un Premier ministre d’un pays pauvre ou 3/5 enfants ne vont pas à l’école roulerait selon certaines indiscrétions dans un véhicule acheté à 69 millions de francs CFA.

Le train de vie de l’Etat, apparemment, n’a pas baissé. «La coupe» au niveau du Budget d’Etat s’avère un impératif aujourd’hui, surtout que les recettes ne font rares. Il est temps pourtant de lever le voile. De députés élus sous ATT, le Parlement malien passe à des députés nommés par Cheick Modibo Diarra. Le Parlement ne pourra débattre sérieusement, car il n’aura ni les moyens d’une analyse économique indépendante ni ceux d’un calcul autonome des recettes et des dépenses du budget. Il sera, en tout cela, entièrement dépendant des experts de l’administration.

L’analyse budgétaire qui va commencer en octobre sera parfaitement virtuelle : les députés vont discuter d’un budget préparé en juin sur des hypothèses arrêtées en mars, dont chacun sait que dans six mois au plus, il faudra entièrement repenser les conditions d’exécution.
La démocratie malienne n’a rien à gagner à une telle mascarade. Une démocratie moderne peut-elle continuer à dépenser l’argent des contribuables sans avoir livré aux citoyens la moindre justification quant à son utilisation ? Des sommes dont la répartition est classée «secret défense». Curieuse hypocrisie des politiques, qui utilisent ces fonds pour eux-mêmes dans des conditions pour le moins opaques.

Mais certains ministres ne s’oublient pas dans cette opacité. Ils récupèrent une partie plus ou moins importante des enveloppes destinées au cabinet, dont ils n’ont jamais à justifier l’utilisation. Elles varient selon la générosité ou l’appétit.

Amy SANOGO

L’Inter de Bamako du 8 Octobre 2012