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Austérité, efficacité sont certainement les maîtres mots qui ont guidé le Premier ministre de la transition à composer une équipe restreinte de 24 ministres, juge Moussa Togo, sociologue et politologue pour relever les deux défis majeurs que sont la pacification du Nord et l’organisation des élections.

Vingt-quatre ! C’est le nombre des ministres du gouvernement de la transition formé mercredi au Mali. Cette équipe dépasse légèrement de trois postes le nombre des ministres du gouvernement Ag Hamani I (21 ministres). A l’instar du gouvernement de mission d’Ag Hamani I celui de Cheick Modibo Diarra est un gouvernement de mission avec pour tâches principales en plus de l’organisation d’élections présidentielle et législatives, le retour de la paix au nord soit par la voie de négociation ou de la guerre.

« Il y a une diminution du nombre des ministères, mais je crains que Cheick Modibo Diarra ne réussisse pas sa mission en procédant à la réunification de certains départements, leur donnant ainsi une forme de super ministère avec des tâches compatibles mais certainement très lourds pour avoir de l’efficacité. Or en plus de l’efficacité, Cheick Modibo doit faire preuve d’austérité, d’économie de ressources financières, voire en créer. En cela le regroupement de certains départements est salutaire puisque qu’il permet d’économiser des ressources, de concentrer les efforts sur des activités bien précises », pense un membre de la Convention nationale pour une Afrique solidaire Cnas/Faso-Hèrè.

Des départements ont en effet disparu ou ont changé d’appellation. Le ministère du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées devient ministère de l’Action humanitaire, de la Solidarité et des Personnes âgées.

Pour Moussa Togo professeur de sociologie, en introduisant « l’action humanitaire », le chef du gouvernement est guidé par la situation au nord. Le département sera le maître d’orchestre de l’organisation de l’aide humanitaire en faveur des personnes déplacées ou victimes de la crise. Le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle disparait mais en s’ajoutant à la Jeunesse, amputée du département des Sports pour créer pratiquement un département nouveau : le ministère de la Jeunesse, du Travail, de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Autre département qui a disparu, c’est l’Assainissement et l’Environnement. Le département que dirigeait Tiémoko Sangaré vient s’ajouter à l’Energie et à l’Eau formant un super ministère de l’Energie, de l’Eau et de l’Environnement. Les départements de l’Elevage, de la Pêche, de l’Agriculture se sont fondus deviennent une seule entité sous le vocable ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

Le ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales devient ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire. Quant au ministère de la Réforme de l’Etat et des Relations avec les institutions, il est désormais appeler département de la Fonction publique, de la Gouvernance et des Réformes administratives et politiques chargé des Relations avec les institutions. Le ministère du Commerce gèrera les Mines et l’Industrie.

Cette réduction du nombre des départements par la fusion de certains d’entre eux n’est pas anodin, pense Moussa Togo. « Ce gouvernement est taillé pour ainsi dire, en fer de lance pour affronter les défis. Les plus grandes difficultés viennent le plus souvent du fait que l’on veuille, satisfaire tout le monde et son père, un écueil Cheick a peut-être a su éviter », ajoute notre interlocuteur qui analyse que la part du médiateur est la nomination de Sadio Lamine Sow, seul ministre d’Etat, en tant que chargé des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. « Il est fort à parier qu’il sera l’œil et les oreilles du médiateur ».

Pour le sociologue, dans ce contexte socio-économique marqué par l’austérité dans tous les pays surtout partenaires financiers du Mali, le pays ne peut pas se payer le luxe de composer un gouvernement XXL pour satisfaire telle ou telle composante surtout que le délai de la transition ne devrait pas excéder ou égaler la moitié d’un mandat électoral (5 ans).

Selon M. Togo, la réduction de la taille gouvernementale réside aussi dans le fait que le PM Diarra recherche de l’efficacité et doit tout faire pour que celle-ci soit un credo de son équipe. « Plus une équipe est réduit, moins elle doit avoir des problèmes pour coordonner ses actions et avoir de l’efficacité », juge-t-il.

Denis Koné

Les Echos du 27 Avril 2012