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Deuxième Premier ministre de la transition, le pari n’était pas d’office gagné pour Diango Cissoko, qui devait relever le défi du retour de la paix au nord et l’organisation de l’élection présidentielle. Au lendemain du 2e tour de ce scrutin, dont le résultat est incessamment attendu, tout indique que son équipe est en passe d’honorer sa feuille de route.

Il y a quelque 9 mois, peu de gens pariaient sur les chances de succès du successeur de Cheick Modibo Diarra à la Primature. Appelé à la rescousse après la démission au forceps du Premier ministre de pleins pouvoirs, Diango Cissoko devait conduire le navire gouvernemental de la transition à bon port.

Le doute ne portait pas sur la valeur intrinsèque de l’homme ou sa compétence, mais plutôt sur l’immensité de la tâche qui l’attendait en raison du contexte dans lequel il a pris les rênes de l’équipe gouvernementale.

Certes, les deux points principaux de la transition étaient la reconquête du Nord et l’organisation des élections apaisées et transparentes, mais il fallait parallèlement à ces missions essentielles conduire d’autres tâches comme : recoudre et apaiser le tissu social, pacifier le climat des rapports politiques, remettre l’administration au travail, relancer les activités économiques…

Nommé le 11 décembre 2012 Premier ministre et chef du gouvernement, la tâche n’était pas du tout aisée pour Diango Cissoko. Les défis qui l’attendaient étaient nombreux et complexes. L’athlète qu’il est était obligé à une course contre la montre : maintenir le pays dans la paix et la sécurité et réussir les élections dans le délai imparti pour ne pas fâcher la communauté internationale avec à sa tête la France de François Hollande.

L’attelage gouvernemental lui venait d’être confié à la suite d’une crise gouvernementale marquée par le départ forcé de CMD. L’astrophysicien, qui avait déçu l’espoir placé en lui par la Commission économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) et le CNRDRE, avait été contraint à la démission par les militaires.

Le désormais ex-Premier ministre, qui ne cachait pas son intention de se porter candidat à la présidentielle de juillet 2013 malgré la mise en garde faite par la Cédéao aux autorités de la transition et à la junte était accusé de n’avoir aucun programme de gouvernement pour la sortie de crise au nord et l’organisation de la présidentielle.

Diango Cissoko, technocrate de 64 ans, qui a fait ses preuves dans les hautes sphères de l’Etat depuis 40 ans, a su conduire les pas du gouvernement de transition. Il lui a suffi un peu plus de 8 mois pour se mettre au travail et trouver de vraies solutions aux différents problèmes de la République.

Les bons augures

Après la reconquête de l’entièreté du territoire national avec le concours de la force Serval et de la communauté internationale, l’équipe de Diango Cissoko, sous la férule du président Dioncounda Traoré, s’est résolue à recoller les morceaux du Mali déchiré dans le cadre de la réconciliation nationale.

L’équipe de transition avait gagné la sympathie des partenaires techniques et financiers et des donateurs internationaux lors de la rencontre de Bruxelles en mai 2013. Les amis du Mali se sont manifestés au cours de cette rencontre de soutien à notre pays avec des promesses de dons d’une valeur de 3 milliards d’euros (plus de 1900 milliards de F CFA) bien sûr conditionnés à l’élection démocratique d’un président, ce qui est une réalité à l’heure actuelle.

Parmi les actes de réconciliation chère à la communauté internationale, figure aussi la mise en place de la Commission dialogue et réconciliation (CDR) pour effacer les stigmates de la guerre fratricide au nord de notre pays et prévenir les règlements de comptes.

La signature de l’accord de Ouagadougou en juin dernier entre le Mouvement national de libération de l’Azawad et le Haut conseil de libération de l’Azawad (MNLA/HCUA), les mouvements armés et l’Etat du Mali sous l’égide du médiateur de la Cédéao, le président Blaise Compaoré du Burkina Faso en vue de la tenue de la présidentielle à Kidal a assurément été un acte majeur de décrispation dans la crise au nord.

La tenue du 2e tour de la présidentielle le dimanche 11 août dans un climat d’entente, de paix et d’engouement populaire au Mali et chez nos compatriotes de l’extérieur parachève en beauté la mission confiée à Diango Cissoko et à son équipe.

Le monde entier qui a accompagné jusque-là les pas de notre pays a des motifs de satisfaction. Le gouvernement de transition, qui passera le flambeau dans quelques semaines au gouvernement du président nouvellement élu, n’a pas démérité malgré des couacs de gouvernance qui peuvent être redressés.

L’œuvre de reconstruction nationale, d’encadrement et d’équipement de l’armée nationale ainsi que la sauvegarde du territoire national se poursuivront avec le président et le gouvernement post-crise.

Abdrahamane Dicko

13 Août 2013