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La mise en place d’un gouvernement d’union nationale exigée par la Cédéao d’ici le 31 juillet 2012 n’est pas encore chose acquise. Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra qui consent une ouverture de son gouvernement n’est pas suivi dans ce sens par le FDR qui demande sa démission et celle de son gouvernement.

Notre pays n’est pas encore sorti de l’ornière. Cheick Modibo Diarra, qui s’est pli é la volonté des chefs d’Etat de la Cédéao de nommer un gouvernement d’union nationale composé des partis politiques et de la société civile, ne donne pas de signe de sa bonne foi à cinq jours de l’ultimatum (le 31 juillet) qui lui a été fixé. Pis, il donne l’impression de narguer les chefs d’Etat de la Cédéao auxquels il doit son poste de Premier ministre.

Au Mali, les relations humaines et familiales font que tout se sait et s’entend. Sans l’avoir appris officiellement de sa bouche, selon des indiscrétions, Cheick Modibo Diarra dit à ses proches, confidents et lieux de causerie qu’il est d’accord avec le gouvernement d’union nationale, mais qu’il n’est pas question de sortir un seul membre de l’attelage gouvernemental encore moins de se démettre. Si ces propos sont confirmés, le gouvernement d’union nationale se résoudrait à des strapontins pour la classe politique et la société civile, qui pensent que dans un régime républicain le gouvernement ne peut pas se faire sans elles. Selon les mêmes indiscrétions, le Premier ministre a proposé cinq portefeuilles ministériels et deux à la société civil, soit au total sept ministères.

L’attitude du Premier ministre conforte la thèse selon laquelle, il est encore sous des jougs. Il nous revient que Cheick Modibo Diarra, malléable et corvéable à merci, est pratiquement contrarié dans sa volonté d’aller à un gouvernement d’union nationale.

Il veut faire des omelettes sans casser des œufs, tracer des plans sur la comète en refusant de sortir de son gouvernement des ministres proches de l’ex-junte militaire. Un de ses propos à ce sujet est « je suis disposé à augmenter la taille du gouvernement à 50 membres s’il le faut, mais il ne sera pas question de sortir un seul de mes ministres ».

Soumission et faiblesse

La faiblesse et la soumission du Premier ministre à une injonction extérieure se constatent jusque dans les nominations récentes dans les cabinets ministériels et des directions des services centraux. Ces nominations qui peuvent attendre la décrispation de la situation politique nationale continuent. Le népotisme bat son plein et ce sont des parents, copains qui sont casés par-ci et par-là à travers les décisions du conseil des ministres.

Trois mois après sa nomination, le Premier ministre s’est aliéné la sympathie des Maliens et de nombreux chefs d’Etat de la Cédéao. S’il était au départ crédité de préjugés favorables en sa qualité de navigateur interplanétaire de la Nasa avec « Mars Pathfinder », la cote de Cheick Modibo Diarra a fortement baissé. C’est à l’œuvre que l’on connaît l’artisan, dit-on. Il est qualifié dans ses fonctions actuelles « d’incompétent, d’homme sans poigne ni carrure, d’analphabète politique », etc.

Le FDR vient de mettre son pied dans son plat en demandant sa démission pure et simple, dans une déclaration. Il lui reproche « son amateurisme, son incompétence et l’enlisement du pays dans la crise ». Le FDR juge que les actions du gouvernement mis en place depuis trois mois sont marquées par « l’immobilisme, l’improvisation et le pilotage à vue », alors qu’il a des priorités comme la libération du Nord et l’organisation des élections. Sur la base d’une kyrielle de récriminations, portant grosso modo sur l’absence d’une feuille de route cohérente et l’incapacité du Premier ministre à diriger la transition, le FDR demande sa démission.

Ce faisant, ce regroupement anti-putsch monte la barre très haut et se montre intransigeant dans ses doléances. C’est vrai que l’heure est grave. Cheick Modibo Diarra n’est peut-être pas l’homme de la situation. Mais il ne faut surtout pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La démission du chef du gouvernement et son équipe est loin d’être la solution par les temps qui courent. Cela risque davantage de nous enfoncer dans la crise avec une transition sans fin et nous éloigner des objectifs que sont la reconquête du Nord et l’organisation des élections en 2013.

La situation actuelle exige que le Premier ministre accepte de se débarrasser de ses ministres défaillants, d’éclater des supers ministériels. Le FDR, de son côté, ne doit trop tirer sur la corde au risque de la casser. Il doit, au contraire, mettre de l’eau dans son vin en acceptant une ouverture de l’attelage gouvernemental.

Tous les fils du Mali ont intérêt à lui éviter une énième crise institutionnelle et l’humiliation sur la scène internationale. Les populations ont trop souffert pour encore être prises en otage.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 26 juillet 2012