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Le 29 septembre 2008, le ministre des Mines de l’Energie et de l’Eau, Ahmed Sow a jeté l’éponge. ATT et son Premier ministre Modibo Sidibé, ont-ils fini par comprendre qu’ils n’avaient pas à retenir dans le gouvernement un ministre soupçonné de fraude par le principal partenaire de notre pays, à savoir l’Union Européenne dont l’apport pour notre pays avoisine les 100 milliards de FCFA par an. Cette démission survient à la veille de la visite dans notre pays du Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel.

C’est le 6 Octobre 2008 que sera inauguré à Bamako, le Centre d’Informations et de Gestion des Migrations (CIGEM). Pour la circonstance, le Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel, sera l’hôte du Président ATT.

Le Centre d’Informations et de Gestion des Migrations (CIGEM) sera inauguré le 6 octobre prochain à Bamako, en présence de Louis Michel, Commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire et Badara Aliou Macalou, ministre des maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine ainsi que de nombreuses autres personnalités politiques africaines et européennes.

Le centre a pour objectif d’assister le Mali à définir une politique migratoire malienne en réponse aux préoccupations des migrants potentiels, des migrants de retour et des migrants résidants à l’extérieur du Mali. Il fournira un guichet d’information et d’orientation unique pour tous les migrants. Mais l’arrivée de Louis Michel n’occasionnera pas qu’une inauguration. Ce serait également l’occasion de vider certains contentieux qui assombrissent les relations entre le Mali et son principal partenaire.

En effet entre le Mali et l’Union européenne, plane un contentieux en puissance depuis la composition du gouvernement dirigé par le Premier ministre Modibo Sidibé. Pour la simple raison que dans ce gouvernement figure un ministre dont la gestion est contestée par l’Union européenne. Ahmed Sow qui était précédemment Directeur Général du CDE n’aurait démissionné que pour se mettre au service de son pays, comme l’avait fait croire une certaine presse. Il aurait plutôt pressenti un vacarme arriver et prenant le devant il est rentré au pays où il trouve refuge au sein du gouvernement d’ATT. Mais la machine de l’OLAF qui était déjà saisie d’un dossier de délit d’initié ne s’est pas arrêtée.

Il est constatable qu’elle a continué jusqu’à cette démission du ministre Ahmed Sow. Le message semble être que l’affaire est loin d’être terminée. La demande de la Commission européenne auprès du Premier ministre malien pour permettre une enquête de l’OLAF dans cette affaire et les pressions de l’Union européenne pour éjecter le ministre se font-elles pour rien ?

Malgré la démission du ministre, l’affaire Ahmed Sow serait certainement au menu des discussions entre le président Amadou Toumani Touré et le Commissaire européen, Louis Michel.
L’affaire Ahmed Sow

L’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) a envoyé le 2 septembre 2007 à Bamako, une mission d’enquête sur les financements accordés par le Centre de développement des entreprises (CDE) et la Banque européenne d’investissements (BEI) à certaines entreprises privées maliennes.

Un membre du gouvernement Modibo Sidibé, Ahmed Sow, ancien Directeur général du Centre de développement des entreprises (CDE) faisait l’objet de ces enquêtes du cabinet anti-fraude de la Commission européenne.

Il s’agissait de savoir si des privés maliens ont bénéficié par complaisance de fonds européens. La Commission avait des soupçons sur l’ex-directeur du centre de développement des entreprises. Elle a chargé son office anticorruption, l’office européen de lutte contre la fraude (OLAF) de mener l’enquête.

De bonnes sources, notre principal partenaire économique et financier, l’Union européenne, veut avoir le cœur net sur les liens qui unissent Ahmed Sow et certaines entreprises maliennes. A-t-il favorisé des financements par complaisance ?

Agé de 54 ans, Ahmed Sow qui a été nommé au poste de ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, le 4 octobre 2007 est titulaire d’un doctorat obtenu à l’Université de Paris

Il est considéré comme étant l’auteur du fameux PDES (Programme de développement économique et social) présenté comme étant l’ossature de la politique du Président ATT. A ce titre, ATT lui aurait promis le poste de Premier ministre : Ahmed Sow a démissionné, en mai 2007, de son poste bruxellois.

A défaut de faire de lui Premier ministre, ATT le repêche et le met à la tête d’un département qui génère, à lui seul, plus de 70 % des recettes d’exportations du pays, le ministère des Mines, de l’Energie et de l’Eau. ATT était pour autant au courant de cette affaire. Il avait reçu les dossiers concernant la gestion d’Ahmed Sow à la tête du CDE.

Pourquoi nos autorités ont-elles laissé siéger au sein du gouvernement malien un homme sur lequel l’OLAF enquête. Au point d’assombrir nos relations avec l’Union européenne ? Depuis qu’il est au gouvernement, Ahmed Sow se défend bien, il fait feu de tous bois. Le PDES est sa chose et il le défend à toutes les occasions. Il anime les conférences dans les universités et lors des rencontres sous l’égide du mouvement citoyen pour s’approcher des jeunes et des femmes. Il parraine des activités de jeunes au détriment du bon sens et de la République. Par exemple cette nuit de Mali Evènement lors de la fête d’indépendance.

Le rouleau compresseur de l’UE

Selon des informations rendues publiques le 26 avril 2008 par Rfi et l’Afp, la Commission Européenne et la Banque Européenne d’Investissement (BEI) ont décidé de récupérer des fonds qu’elles avaient accordés à la société malienne de production de coton Fitina, dans laquelle le ministre malien des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Ahmed Sow avait des intérêts.

L’enquête de l’OLAF venait de mettre le feu aux poudres. L’organisme chargé au sein de l’Union Européenne de traquer les fraudes venait de mettre à jour des irrégularités concernant la société malienne Fitina. Cette filature de coton a reçu en 2001 un prêt de 3,7 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et des aides de la Commission européenne évaluées à 720 000 euros.

Cet argent devait servir à acheter des équipements. Or le coût de ces équipements aurait été surévalué, selon l’enquête de l’OLAF. Autrement dit, certaines personnes au sein de la Fitina se seraient servies au passage.

Autre volet du rapport : un conflit d’intérêt impliquant le ministre de l’Energie malien, Ahmed Sow. Ce dernier était, jusqu’à peu, directeur du CDE, le Centre de développement des entreprises, organisme dépendant à Bruxelles de la Commission européenne et qui a apporté son aide à la Fitina. Or Ahmed Sow connaissait bien les responsables de la société, mais il nie avoir agi en leur faveur.

« Ce dont je me suis gardé c’est d’éviter d’intervenir directement dans les activités de Fitina », avait déclaré le ministre Ahmed Sow, interrogé par Rfi. La Banque européenne d’investissement et la Commission européenne concentraient alors leurs requêtes sur la Fitina. Elles demandaient un remboursement des fonds qu’elles lui ont accordés et envisageaient également des actions judiciaires. Une enquête était également ouverte en France où le promoteur de Fitina est basé.


La déclaration du gouvernement

Le 2 novembre 2007, le gouvernement du Mali, à la faveur d’une conférence de presse animée par le ministre Ahmed Sow, produisait une déclaration lue par la ministre Porte Parole du gouvernement. Après en avoir été saisi par l’OLAF, le gouvernement du Mali acceptait le principe d’une enquête de l’OLAF.

Lors de la conférence de presse, le gouvernement était représenté par deux ministres : Mme Diabaté Fatoumata Guindo, ministre chargé des Relations avec les Institutions, Porte Parole du Gouvernement et Ahmed Sow, ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau.

La déclaration du gouvernement a été lue par la ministre Porte Parole du gouvernement en ces termes: « Il est exact que l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) de la Commission Européenne a ouvert une enquête administrative concernant le Centre de Développement de l’Entreprise, précédemment dirigé par notre compatriote M. Ahmed Sow, suite à des allégations et conflits d’intérêts.

Dans le cadre de cette enquête, l’OLAF a souhaité procéder à des vérifications au Mali, précisément à Bamako avec l’assistance des autorités maliennes. A cet effet, il a saisi le gouvernement du Mali, qui par souci de transparence en a accepté le principe et s’est dit disposé à accorder à l’équipe d’enquêteurs, l’assistance nécessaire pour le bon déroulement de l’enquête.

Le gouvernement en a informé le Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Mali. Le ministère de la Justice Garde des Sceaux a été chargé d’organiser l’assistance souhaitée. A ce sujet, toutes les dispositions sont prises afin que l’enquête se déroule dans la transparence requise, mais aussi dans le respect des principes régissant la présomption d’innocence.

Le gouvernement entend gérer cette affaire en toute responsabilité et dans la sérénité. Il attendra avec intérêt les résultats de l’enquête.»

Selon Ahmed Sow lorsqu’il a été convoqué par l’OLAF, « cette instance n’a fondé ses accusations que sur des fichiers informatiques sans aucun autre document établi. Ces fichiers établiraient que je serais actionnaire de trois sociétés au Mali et au Sénégal qui ont bénéficié des subventions du CDE. J‘ai demandé qu‘on mette à ma disposition ces fichiers informatiques afin que je puisse fournir toutes les explications. Ils m‘ont répondu que pour des raisons de préservation de leurs sources, ils ne pouvaient pas mettre ces fichiers à ma disposition.

L‘OLAF n‘a fourni aucun élément probant pour étayer les dénonciations anonymes», avait-il déclaré lors de cette conférence de presse organisée par le gouvernement à la maison de la presse.

A l’origine de cette enquête de l’OLAF, le ministre parle tantôt de dénonciations anonymes, tantôt d’un de ses anciens collaborateurs mécontent d’avoir été relevé de ses fonctions.

Cependant, selon certaines sources, Ahmed Sow aurait été balancé depuis Bamako par un proche du président de la République.


B. Daou

02 Octobre 2008