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Le Premier ministre a, semble-t-il, donné raison à ses détracteurs qui le qualifient d’un homme usé par sa longévité dans les rouages de l’administration. Effectivement dix mois après avoir pris quartier dans les locaux de l’ex Maison du peuple, les Maliens continuent de boire le calice jusqu’à la lie.

L’équipe de Modibo, qui est censé apporté des réponses aux attentes des Maliens, est en déphasage total des réalités du pays. Et le programme sur lequel le président de la République a été réélu en avril dernier et dont Modibo a été appelé pour le conduire est sur des béquilles.

On assiste depuis le 28 septembre dernier, date de la nomination de Modibo Sidibé comme Premier ministre, à un pilotage à vue des affaires du pays. Les dossiers brûlants auxquels il devait s’attaquer pour marquer sa touche personnelle n’ont pas eu un écho favorable au près de lui. Il a plutôt préféré la fuite en avant comme solution aux problèmes.

Pour M. Sidibé, l’école, la corruption et le foncier doivent trouver leur remède dans des assises nationales. Or il se trouve que des foras ont déjà été organisés sur ces trois secteurs. Il ne restait plus à Modibo et à son gouvernement au nom de la continuité de l’Etat d’appliquer les résolutions issues de ces rencontres, financées à coup de millions.

Mais pour le chef du gouvernement, la mise en route des engagements de ses prédécesseurs ne lui apporterait pas grand-chose du moins un bénéfice politique. Et il a jugé nécessaire même au prix des intérêts du pays de se lancer dans la création des commissions sans lendemain.

La création des commissions autour de l’école, de la corruption et du foncier, et l’initiative riz sont perçues par les hommes du président comme des moyens destinés à faire pièce au Programme de développement économique et social (PDES).

Les mesures annoncées pour faire face à la flambée des prix des produits de première nécessité n’ont pas encore apporté leur effet escompté. Les ménages maliens, malgré les exonérations, continuent encore de subir la loi des opérateurs économiques bénéficiaires des exos. Conséquence : rares sont les familles qui peuvent assurer les trois repas réguliers.

Le système de suivi et de contrôle mis en place s’est montré défaillant. Et les prix prennent l’ascenseur. Sans que les pouvoirs publics ne lèvent le petit.

A quelques jours du début du mois de ramadan, les mesures prises ne sont guère rassurantes. Le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, a laissé planer beaucoup de zones d’ombre lors de son point de presse le 25 juillet dernier sur le prix des produits de grande consommation durant le carême. C’est pour dire simplement que la spéculation a de beaux jours devant elle.

Au niveau de l’administration, aucune innovation encore moins de mesures contraignant les travailleurs à adopter une conduite digne d’un employé pour satisfaire les citoyens. C’est le laisser aller. Et la magouille à grande échelle. On ne peut aujourd’hui avoir un document administratif sans mettre la main à la poche. Souvent on se demande si l’administration publique malienne n’est pas une boîte privée. Même l’acte de naissance qu’on avait dit gratuit, malheureusement il n’est plus délivré gracieusement.

Les mairies ont trouvé des stratégies pour soutirer de l’argent aux citoyens.
Le chômage, qui frappe une partie importante de la population, n’est malheureusement pas une priorité pour le gouvernement de l’inspecteur général de police. Le ministère en charge de ce fléau privilégie les stages. Il ne se fixe même pas comme objectif l’élaboration d’une politique nationale de l’emploi. Ce ministère, malheureusement serait devenu une officine de placement des militants d’un parti.

Encore pour amuser la galerie, le gouvernement de Modibo multiplie les sorties médiatiques pour annoncer l’élaboration d’un code de déontologie et d’éthique pour un certain nombre de secteurs de l’administration.

Si c’est cela le renouveau de l’action publique, le gouvernement de Modibo est en panne d’idées.

Yoro SOW

04 Aout 2008