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A l’instar de la communauté nationale, les maliens en France ont commémoré le 14ème anniversaire des évènements de mars 1991. La paternité revient au cadre de concertation des sections de partis politiques maliens en France qui a convié le public à cette manifestation en l’honneur des martyrs et du peuple malien tout entier. Le programme, certes modeste mais riche et très chaleureux a été fort apprécié par tous les participants, qui ont souhaité voir se multiplier ce genre d’initiatives.

C’est donc en présence du Consul général du Mali en France, M. Cheickné WAGUE et des principaux leaders politiques de la place que l’assistance, après avoir observé une minute de silence, a visionné un film documentaire sur le rôle et la place de la femme malienne dans la société ; mais aussi et surtout sa contribution aux évènements du 26 mars 1991. Cette projection a été suivie d’un débat précédé par les messages des différentes sections de partis politiques présentes: Adema, Cnid, Parena, Psdm, Rdp, Rpm, Urd ; le Bdia s’est fait excusé.

Le premier orateur de la réunion, M. Wagué a choisi cette journée commémorative et de changement profond dans notre pays pour en appeler une fois de plus aux acteurs politiques et à tous les maliens afin qu’ils s’attellent à la formation du citoyen malien-nouveau: profondément attaché à nos valeurs ancestrales de dignité, d’honnêteté, de solidarité et de respect du bien public.

Quant aux organisateurs ainsi que le public, leurs interventions lors des discours et des débats se sont orientées sur deux axes majeurs, très fortement liés.
Le premier a consisté en un rappel non-exhaustif des réalisations, qui constituent incontestablement des avancées importantes pour notre jeune démocratie. Sont de celles-là, et de loin la plus importante, la jouissance pour tous les citoyens des libertés de presse, d’association, d’entreprendre et d’interpellation des autorités gouvernementales.

Sans oublier la mise en place des Institutions de la République sur des bases pluralistes et démocratiques. Sur ce point quelques points faibles ont été mentionnés. Ils constituent sans aucun doute des tares de ce pays. Il s’agit en l’occurrence du fonctionnement pitoyable de la plupart des instruments nécessaires à une République digne de ce nom; et surtout les conditions inconcevables d’élections et de désignation des personnes en charge de leur donner une réalité et une crédibilité.

Le deuxième axe majeur est l’actuel consensus mou sur le front politique, qui est aussi la conséquence du clientélisme qui ne cesse de miner le fonctionnement des affaires du pays. Les nominations aux postes de responsabilité se font toujours sur la base du sacro-saint critère d’appartenance au parti politique, au regroupement de partis politiques ou à la même tendance politique.

Il faut donner la priorité aux cadres du parti, du mouvement même s’ils ne répondent pas aux exigences de la mission. Cette légèreté génère le fameux «mouss laha» qui fait qu’on ne peut plus contrôler, encore moins sanctionner. Perdre un poste c’est courir à sa perte pour un parti. Le corollaire de cette volonté de se maintenir aux commandes à tout prix est l’unanimisme actuel autour du Président de la République.

A la question d’un intervenant: où étaient les partis politiques lorsqu’un indépendant est venu leur rafler la mise? Il a été répondu qu’ils étaient divisés, souvent plusieurs fois comme des cellules vivantes, en miettes, en lambeaux. Des hommes et femmes politiques croyaient être mieux servis ne serait-ce que dans une cabine téléphonique qu’en restant uni et fort sur la place de la république.

Certains aussi, se savaient suffisamment discréditer pour encourager un tel scénario ne favorisant aucun homme politique. Ils croient que cela leur permettra, jusqu’en 2012, de se refaire une santé et reprendre les commandes du pays. Tout comme la situation actuelle, cette approche est un réel défi lancé à la classe politique, qui devra avoir une imagination débordante pour rectifier cette tendance.

Mais surtout, elle devra faire preuve d’audace pour mettre en place des organisations capables de conduire le changement véritable. Le cheval est là, le terrain de course aussi.

Apho Cissé, Paris Correspondance particulière

13 avril 2005