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Il ne fait aucun doute que la communauté musulmane notamment le Haut Conseil Islamique (HCI) constitue un acteur majeur de la vie publique malienne. Face à l’échec des politiques, les religieux se présentent en rempart contre l’abîme dans lequel tend le pays. Le choix du prochain président de la République est déjà en ligne de mire !

Les responsables religieux assurent ne prétendre point à des postes électifs mais leur influence reste de plus en plus soutenue. Hier, de la présidence de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) au comité technique chargé d’élaborer les termes de référence d’une concertation nationale en passant par le gouvernement Cheick Modibo Diarra II, on a observé une forte présence de personnalités issues de l’institution religieuse. La crise qui secoue actuellement le pays tire son origine d’une mauvaise gouvernance et d’une injustice sociale érigée en mode de gestion que les leaders religieux s’accusent d’avoir passivement suivi. Pour endiguer ce système, il parait évident de procéder à des choix rigoureux de dirigeants.

Comment y parvenir ? Des jeunes regroupés au sein d’un mouvement dénommé «Sabati 2012» entend servir de catalyseur. Ledit mouvement a été créé «avec la bénédiction» du président du HCI, Mahmoud Dicko, du guide spirituel du mouvement Ansar dine internationale, Chérif Ousmane Madane Haïdara, et du secrétaire générale de la ligue des Imams du Mali (LIMAMA), Aboubacar Camara. Créé bien avant le coup d’Etat militaire du 22 mars, ce mouvement, selon ses initiateurs, a pour but «d’influencer certaines décisions» dans la gouvernance du pays. La démocratie reste une vision largement partagée par les érudits, acquis qu’ils tiennent à préserver.

Un bureau serait déjà en place dans les différentes communes du district de Bamako. Le cap est donc sur l’installation de bureaux régionaux. L’ambition est de mettre en place des cellules d’au moins 15 personnes dans chacune des 16 500 mosquées du pays. Ce qui fera une marge de mobilisation de plus de 240 000 personnes. «Aujourd’hui, il y a un engouement autour du Haut Conseil Islamique. Il faut profiter de cet engouement en donnant à la jeunesse l’espoir», affirme-t-on dans le milieu de la jeunesse religieuse.

Le HCI qui prône le maintien de la laïcité de l’Etat malien mais l’organisation religieuse a ses entrées dans le milieu des mouvements intégristes opérant au dans le nord du pays. Ce qui fait de l’institution religieuse un interlocuteur privilégié face aux groupes islamistes qui réclament l’instauration de la loi islamique au Mali (la Charia). Sous la médiation du HCI, plus de 160 militaires faits prisonniers par les islamistes en avril 2012. Cette marque de bonne volonté et le fait de chasser le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) ont séduit des maliens mais la centaine de militaires torturée et exécutée en janvier par la coalition Ansar Eddine/MNLA hante toujours les cœurs.

Le MNLA a été le fer de lance de la rébellion armée dans le nord avant d’être délogé de la région par ses anciens alliés islamistes du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et d’Ansar Eddine. Le terrain conquis par ces salafistes semble pouvoir faciliter la tâche aux leaders musulmans ; ne serait-ce que pour l’organisation d’un débat intellectuel sur la revendication des nouveaux maîtres du nord.

«Notre charia est une charia de conviction (foi) et non une charia de force», a clamé le président du HCI devant plus de 50 000 fidèles réunis en meeting le 12 août dernier. «Le MNLA ne sera associé à aucune négociation», a tranché un responsable de la jeunesse musulmane, Moussa Boubacar Bah. S’il faut l’associer, adoucie-t-il, il faut que cette décision vienne des forces vives du Mali et non d’une décision dictée par l’extérieur ; le Burkina Faso, la Mauritanie, la Guinée-Conakry et la France étant entre autres soupçonnés d’entretenir le mouvement indépendantistes en vue d’une reprise de ses activités dans le nord du Mali.

Seydou Coulibaly

28 Août 2012

©AFRIBONE