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Il ne fait aucun doute que la communauté musulmane à travers ses organisations faîtières constitue un acteur majeur de la vie publique malienne. Face à l’échec des politiques, les religieux semblent vouloir prendre leur responsabilité. Pour eux, il n’est plus question de laisser n’importe qui occuper le fauteuil présidentiel malien !

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«Nous ne pouvons plus laisser n’importe qui diriger le Mali !». C’est le message du groupement des leaders spirituels musulmans dans la perspective de l’élection présidentielle prochaine, par la voix de Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique (HCI). S’il avaient assuré s’abstenir de donner des consignes de vote lors du scrutin avorté de 2012, tel n’est vraisemblablement plus le cas. «Maintenant, la donne a changé. Nous sommes obligé de nous impliquer dans la gestion des affaires», soutient le guide spirituel du mouvement Ançar dine international, Chérif Ousmane Madani Haïdara. Le candidat pour lequel Haïdara appellera à voter sera «le candidat de tous les responsables du groupement des leaders spirituels», renchérit l’imam Mohamed Moussa Diallo. Le Haut conseil islamique est-il dans la même dynamique ? Le président Dicko ne s’est pas encore exprimé mais tout laisse à croire que l’institution religieuse ne restera pas inerte durant cette élection et qu’une coordination d’actions est très probable entre les différentes personnalités.

La démocratie reste une vision largement partagée par les érudits, acquis qu’ils tiennent à préserver. Dans le milieu, l’on se dit intransigeant sur la question de la laïcité de l’Etat. Mais depuis l’aventure du code des personnes et de la famille en 2009, une guerre froide s’est installée entre la classe politique et les leaders religieux musulmans. La crise qui secoue actuellement le pays tire son origine d’une mauvaise gouvernance et d’une injustice sociale érigée en mode de gestion auxquelles les leaders religieux reconnaissent avoir passivement assisté. Pour endiguer ce système, il leur parait à présent évident de procéder à des choix de dirigeants rigoureux. L’objectif est d’éviter au Mali les scénarios de guerre civile qu’ont connus certains pays de la sous région.

Dans la perspective du scrutin de 2012, un mouvement de jeunes dénommé «Sabati» entendait servir de catalyseur à l’émergence de ce candidat.
Ledit mouvement a été créé «avec la bénédiction» du président du HCI, du guide spirituel du mouvement Ansar dine international et du secrétaire général de la ligue des Imams du Mali (LIMAMA), Aboubacar Camara. Ce mouvement, selon ses initiateurs, a pour but «d’influencer certaines décisions» dans la gouvernance du pays. Un bureau serait déjà en place dans les différentes communes du district de Bamako. L’installation de bureaux régionaux serait en projet. Le mouvement ambitionne la mise en place des cellules d’une quinzaine de personnes dans chacune des 16.500 mosquées du pays. Ce qui reviendrait à mobiliser plus de 240.000 personnes ! «Aujourd’hui, il y a un engouement autour du Haut Conseil Islamique. Il faut profiter de cet engouement en donnant à la jeunesse l’espoir», affirme-t-on dans le milieu de la jeunesse religieuse.

Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 20 Mai 2013