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A huit mois de la fin de son mandat, le 8 juin 2007, le président de la République Amadou Toumani Touré fait visiblement l’objet de multiples tentatives de déstabilisation : publication d’un pamphlet sous le titre accusateur « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan« , diffusion de tracts, lynchage médiatique. Le tout sur fond subversif.

Une vaste campagne en cours vient s’ajouter à d’autres du genre qui ont émaillé cette année 2006, où ATT a été constamment pris pour cible, notamment après la signature de l’accord d’Alger. Alors questions : qui sont les commanditaires et les exécutants de ces entreprises de déstabilisation ? Que veulent-ils ?

Réunir les conditions en vue d’empêcher Amadou Toumani Touré de briquer et éventuellement d’obtenir un second mandat ? Créer les conditions d’une révolte en vue d’écourter son mandat actuel ? Créer des troubles afin _ d’empêcher la tenue des prochaines élections présidentielles et législatives ?

Notre pays s’apprête en effet à organiser courant 2007 des élections. Il s’agira pour les Maliens d’élire un président de la République pour un mandat de 5 ans et de procéder au renouvellement de l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, le constat est là : le Malien moyen de Kayes à Kidal se soucie peu de l’agenda politique. Avoir un toit, faire face aux dépenses d’une famille (généralement nombreuse chez chaque malien), avoir un emploi ou s’émigrer pour les jeunes : voilà, entre autres, les préoccupations essentielles de l’heure d’une grande majorité de nos compatriotes.

Eux gardent naturellement leurs distances par rapport à tout ce qui est ou sent la politique. C’est dire que sur le plan social, malgré les difficultés, règne une accalmie synonyme de paix et de quiétude sociales.

A l’opposé, une forte agitation gagne le champ politique. Les élections pointent. Elles s’annoncent rudes. Ce qui explique sans doute cette montée du mercure dans certains milieux de la capitale. Dans cette atmosphère que certains veulent incontestablement rendre délétère, tous les coups semblent permis. Comme dans un champ de bataille, la cible est désignée :

Amadou Toumani Touré.

Plusieurs scénaris sont mis en oeuvre. Le visible : c’est, dans un premier temps la publication d’un pamphlet, loin du pays et dont le (s) auteur(s) ont pris soin de (signer ?) à visage couvert. Nul besoin ici d’épiloguer sur le contenu et les motivations réelles de ce pamphlet. Le manque de courage et de vertu (fondement de la société malienne) sont évidents de la part de ceux qui ont pris le Sphinx comme camouflage.
Après ce coup d’essai, la deuxième phase de l’opération déstabilisation du président de la République a été enclenchée la semaine dernière.

Elle
(l’opération) est exécutée par la diffusion de tracts envoyés dans les salles de Rédaction de certains organes de la place. Des tracts qui accusent, diffament, vilipendent et mettent en index un homme, si ce n’est sa famille, son « clan » ou tout simplement son régime.

Le masque est tombé : l’objectif recherché par le ou les auteurs de cette vaste campagne est de provoquer la colère des Maliens à tous les niveaux.

Si ce n’est un appel à la révolte populaire. Tout y passe.
Rarement dans notre pays un homme politique, une Institution qu’est le président de la République, n’ont fait l’objet d’autant d’attaques, d’insultes, de calomnies. Rarement un chef d’Etat au Mali et ailleurs n’a fait l’objet d’autant d’acharnement de la part d’un « ennemi » invisible, mais visiblement prêt à tout.

Pour preuve depuis quelques mois le scénario était enclenché, comme dans une série policière. Du début à maintenant, le coupable est le même dans la série : Amadou Toumani Touré. Au début était la gestion de la crise de Kidal. Il fut coupable d’avoir signé l’accord d’Alger, coupable d’avoir pacifiquement géré cette crise, coupable d’avoir « vendu » le Mali.

Bref :
ATT a été accusé de tous les pêchés d’Israël.
Faute d’avoir obtenu un soulèvement après la signature de cet accord, il fallait trouver d’autres sources de mécontentement des Maliens. Tiens, un livre à scandale pourrait bien faire l’affaire. Pourquoi pas ? Le schéma est tracé. Il est savamment exécuté, toujours comme dans une série policière.

Dans ce contexte, le Malien ordinaire – celui-là qui a autres choses à faire – ne prête nullement attention aux intrigues et autres luttes de conquête du pouvoir qui ébranlent certains milieux de la capitale. En dehors de Bamako, les Maliens à l’intérieur (ils sont majoritaires) continuent à vaquer à leurs affaires. Le pouvoir est loin d’être leurs préoccupations premières.

En réalité l’agitation en cours ne touche qu’un cercle restreint de la capitale. Un cercle qui pour des raisons évidentes est sur le pied de guerre et qui a décidé d’ouvrir les hostilités. Dans son action, ce cercle exploite à souhait certaines situations actuelles qui ont des allures d’évidences.

La première évidence : l’autorité de l’Etat a pris un sacré coup depuis quelque temps. « Il faut prier que le Président puisse sortir de la logique qui est la sienne depuis son accession au pouvoir : ne pas faire de mal à et être avec tout le monde« , ces propos d’un inconditionnel du Président Touré, traduit en fait un sentiment quasi unanime des Maliens.

La situation actuelle du Mali se traduit malheureusement par un manque ou de l’absence totale d’autorité. Le fait est reconnu à tous les niveaux.
Cette situation inquiète plus les partisans du Président que ses pourfendeurs qui en abusent. Un haut gradé de la police fait cette remarque : le désordre profite toujours au voleur…

Le manque d’autorité se traduit actuellement à tous les niveaux. Aucun responsable (civil ou militaire) ne veut ou refuse de s’assumer. Tout le monde a démissionné. L’important pour chacun étant de sauver son fauteuil.
Alors tant pis, si le Président prend des coups ! Voilà le leitmotiv.

Les adversaires du Président Touré, sans doute conscients de cette absence d’autorité, se livrent à coeur joie, sans peur. C’est ici au Mali qu’on peut s’attaquer impunément à toutes les Institutions de la République.
C’est ici, qu’on peut insulter, sans crainte, ces mêmes Institutions. C’est encore chez nous, qu’on s’arroge le droit de traiter le chef de l’Etat, les dirigeants et autres chefs militaires de tous les noms d’oiseaux. En toute impunité.

Où est donc l’autorité de l’Etat. Il est temps, sinon grand temps, que chacun s’assume. Le président de la République en premier. A sa suite, certains responsables maliens sont appelés à se remettre en cause. A défaut, ils doivent simplement avoir le courage de rendre le tablier.

La deuxième évidence presque identique à la première : la situation actuelle s’explique par le choix des hommes opéré par ATT à certains niveaux de responsabilité. De son arrivée au pouvoir à maintenant, le chef de l’Etat a souvent fait confiance à des hommes qui n’ont pas répondu à ses attentes, ni dans la conduite des affaires, encore moins dans leur soutien à son endroit.

Ces hommes, dans la plupart des cas, occupent des postes stratégiques dans l’appareil d’Etat. Aujourd’hui, le constat est là: le Président ne dispose véritablement d’aucun fusible. Il est le seul à prendre toutes les « décharges électriques » venant du camp adverse.

Ainsi, des changements à certains niveaux de l’Etat s’avèrent aujourd’hui nécessaires, voire impérieux en vue d’une reprise en main véritable des affaires de l’Etat. Des changements qui doivent inéluctablement commencer par un changement de comportement du principal concerné, Amadou Toumani Touré, lui-même.

Après quatre ans d’exercice du pouvoir, ATT doit maintenant se rendre à l’évidence : on ne peut gouverner avec tout le monde. On ne peut s’entourer de n’importe qui, encore moins gouverner dans un cafouillage ambiant où tous se réclament du Président.

Enfin la troisième évidence : c’est l’ouverture précoce de la campagne électorale. Si ATT s’est gardé jusqu’ici de se prononcer sur sa propre candidature, c’était justement pour éviter à la fois l’ouverture des hostilités et d’être la cible de ses adversaires. Peine perdue. ATT doit désormais composer avec l’adversité.

La publication du pamphlet et la publication de tracts traduisent un fait:

les hostilités ont bel et bien débuté. Dans cette logique la finalité recherchée par les auteurs est sans équivoque : affaiblir l’homme avant qu’il ne se déclare candidat à sa propre succession. Le coup peut être politiquement dangereux pour eux. Car les Maliens ont une sainte horreur de l’acharnement. Or au rythme de l’évolution de la situation, le sentiment dominant chez nos compatriotes est que quelque part, un homme
(seul) est justement victime d’un acharnement dont le seul objectif est la conquête du pouvoir par tous les moyens, y compris ceux déloyaux.

Dans cette atmosphère, les acteurs de tous bords, se doivent de garder à l’esprit qu’au dessus de leurs propres intérêts, il y a l’intérêt du Mali.

Cela est-il compris de tous ? C’est là la question.

C.H Sylla

27 septembre 2006.