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Je suis favorable à la tenue du forum sur l’éducation et à la tenue des états généraux sur la corruption. En revanche, mon jugement est tout autre concernant trois autres projets du gouvernement qui sont : l’Initiative riz, le projet de loi sur la peine de mort, la poursuite du projet de privatisation des sociétés et entreprises publiques sans au préalable faire un bilan des applications de cette chose au Mali.

Le gouvernement a décidé la tenue d’un forum sur l’éducation. J’ai, en compagnie de certains Maliens, applaudi des deux mains. Le gouvernement a décidé de convoquer les états généraux de la corruption. J’ai dit, avec d’autres : mais pourquoi pas ? J’ai aussi entendu de nombreuses voix contraires. En citoyens patriotes, nous devons accepter de débattre de nos différences d’opinion.

Différences entre le gouvernement et nous citoyens, mais aussi entre nous à l’intérieur de la société. En prolongement logique de ma position, il m’est venu de penser que combattre la tenue du forum sur l’éducation ou des états généraux sur la corruption relèverait d’un esprit anti-démocratique et antipatriotique de la part de toute personne reconnaissant la légitimité du régime politique actuel.

Le président de la République a été élu et reconnu, il a mis en place un gouvernement. Ni le président ni son Premier ministre n’ont un parti politique. Un Parlement a été élu. Ce dernier a voté, sans exception, tous les projets de loi et autres ordonnances du gouvernement et cela après avoir agréé la Déclaration de politique générale présentée par le Premier ministre.

Dans cette mesure, il est salutaire que ce gouvernement appelle au débat, appelle : (a) à éclairer l’opinion sur des sujets importants comme l’école et la corruption, (b) la société nationale à s’exprimer sur ces questions.

Combattre une telle initiative revient à s’opposer à ce qu’un gouvernement légalement et légitimement reconnu s’appuie sur l’opinion du peuple pour diriger. Une telle attitude est donc anti-démocratique. Il est difficile de dire clairement ce qu’est la démocratie mais on peut indiquer clairement comment distinguer une attitude démocratique d’une attitude qui ne l’est pas.

Je ne crois pas du tout qu’il soit possible de mettre en cause la bonne foi du gouvernement dans la tenue de ces deux assises. Par ailleurs s’opposer à la renaissance de l’école malienne est antipatriotique. Peut-on imaginer une solution pire que la non-convocation de ces assemblées ? Qui donc a une solution prête en mains pour résoudre les problèmes de l’école ? Qui donc a une solution prête en mains pour lutter contre la corruption ?

Oui il est qu’il existe, concernant la corruption, des rapports de base provenant de la Casca et du bureau du Vérificateur général, par exemple. Mais précisément le simple fait que l’existence de ces rapports n’ait pu enclencher aucune procédure de lutte effective conduit à se poser des questions et à concevoir la nécessité de construire des instruments qui se mettront automatiquement en service dès l’existence de tels rapports.

Un tel mécanisme automatique s’appelle une stratégie nationale cohérente de lutte contre la corruption. Puisque ceux qui sont au pouvoir sont en général ceux qui sont suspectés, et pour cause, d’être en général les instigateurs et les bénéficiaires des actes de détournement et de corruption, alors comment accepter de laisser au gouvernement tout seul le soin de fabriquer une telle stratégie ? Qui d’autre que la société nationale est mieux habilitée à faire ce travail. Dans la situation actuelle, il est impossible d’être neutre. Ne pas agir c’est choisir le camp de la défaite du Mali.

Par contre, il est légitime de ne pas donner un blanc-seing au gouvernement. Et toutes les forces patriotiques devront se liguer pour le pousser à appliquer l’essentiel des recommandations. Nous devons faire en sorte que la sincérité du gouvernement dans l’application des recommandations qui sortiront des assemblées concernées soit déclarée facteur déterminant dans l’évaluation du régime lorsque sera venu dans la vie politique nationale le temps de procéder à cette évaluation.

Je suis donc favorable à la tenue du forum sur l’éducation et à la tenue des états généraux sur la corruption. En revanche, mon jugement est tout autre concernant trois autres projets du gouvernement qui sont : l’Initiative riz, le projet de loi sur la peine de mort, la poursuite du projet de privatisation des sociétés et entreprises publiques sans au préalable faire un bilan des applications de cette chose au Mali.

L’opération riz

J’adhère à l’opinion qu’un gouvernement responsable ne peut assister, indifférent, à la montée du risque de famine dans son pays. Surtout au Mali où la famine a contribué à façonner notre conscient et notre subconscient collectifs.

Depuis plus de 2 ans, les prix agricoles ont entamé une montée régulière selon une pente faible au départ qui s’est redressée au fur et à mesure. Depuis, Oxfam, entre autres sources, n’a eu cesse d’indiquer que la détérioration de la situation alimentaire au Niger est une alerte pour toute la région soudano-sahélienne. Il existe au Mali un Commissariat à la sécurité alimentaire, qui est directement rattaché à la présidence de la République. Bon.

Je voudrais faire une digression pour faire remarquer que j’ai la religion de respecter deux institutions que sont le président de la République et le système judiciaire. Ils sont les derniers remparts contre le mal et sont le sanctuaire ultime pour le citoyen dans une République démocratique.

Pour cette raison, il me coûte énormément chaque fois que je suis obligé de critiquer le président de la République ou le système judiciaire. Ainsi il m’est pénible en ce moment de me demander comment le président de la République pourrait-il ne pas être, hélas ! en première ligne, face aux doigts accusateurs si la famine venait à frapper notre peuple sous la vigie d’un commissariat directement rattaché à son bureau ?

Je suis en accord avec le gouvernement lorsqu’il suggère qu’il est plus qu’urgent de prendre (enfin) l’Office du Niger très au sérieux. Mais pour être crédible et efficace, le gouvernement doit faire une revue des problèmes de l’Office du Niger afin d’établir un plan disant entre autres : ce qui sera fait, quand est-ce que cela sera fait, qui en aura la charge, quels sont les moyens qui seront attribués à l’action.

Pour une fois, je suis d’accord avec les banquiers maliens qui refusent d’attribuer des financements à des entrepreneurs maliens qui, jusque-là, vivent de subsides généreusement attribués par l’autorité publique, refusent de moderniser leurs gestions et s’affirment en fin de compte comme des freins au progrès social et économique. Ces hommes se confondent avec leurs entreprises et semblent penser que la clé de la réussite dans les affaires est de vivre dans une obscure proximité avec le pouvoir.

Le Mali doit, en ce début du 21e siècle, abandonner tous les hommes d’affaires qui se comportent comme des crocodiles que l’on nourrit avec du poisson pêché. Je rêve aussi d’un Mali où vivent des milliardaires mais des milliardaires créant de la richesse pour la société et pour eux-mêmes. Plus vite le gouvernement précipitera la fin de cette race de mauvais entrepreneurs, mieux cela vaudra.

Le projet de loi sur la peine de mort

Sur ce chapitre, je serai vraiment bref dans la mesure où je ne vois pas pourquoi le gouvernement chercherait à créer un problème là où il n’y en a pas. Ceci est la parfaite illustration qui donne raison à ceux (nombreux) qui pensent que les Africains sont médiocres en capacité de résolution de problèmes et inégalables dans l’habileté à se créer des problèmes à soi-même.

La sagesse dans cette affaire serait de laisser cette situation où de facto une condamnation à mort est, au Mali et depuis longtemps, une condamnation à perpétuité ou même une condamnation à tant. La loi, le moment venu, lorsqu’au bout d’une génération l’école aura formé une majorité de citoyens aux droits de l’Homme, le temps sera venu de supprimer, de façon naturelle et sans heurt pour la cohésion nationale, la peine de mort à laquelle je suis personnellement opposé.

La poursuite du projet de privatisation

Dans ce domaine également je suis plutôt perplexe devant ce qu’il faut bien appeler un entêtement et une fuite en avant du gouvernement. On s’attaque à une entreprise pour résoudre un problème. En France, par exemple, les programmes de privatisation ont pour but de respecter les règles de concurrence au sein de l’Union européenne afin d’assurer une égalité entre les entreprises à la lutte pour la recherche de ressources financières.

Au Mali le problème est différent. Nous avons un triple problème qui est la mauvaise gestion, l’incompétence des cadres, l’irresponsabilité des cadres. Pour illustrer cela je vais considérer un exemple tiré de la CMDT. En juin 1999, des associations de jeunes et de femmes de 29 villages situés en zone CMDT et Office du Niger m’ont invité à les rencontrer et à visiter certains de leurs villages où j’ai rencontré également les anciens.

En essayant d’approfondir mes connaissances sur le fonctionnement de la CMDT, j’ai appris que les dirigeants de cette entreprise avaient établi une règle selon laquelle dès l’embauche, un cadre supérieur qui par ailleurs ne subissait aucun contrôle sur son curriculum vitae à partir du moment où il était coopté, se voyait attribuer une villa à Bamako, une voiture personnelle et bien d’autres avantages.

Sans aller plus loin, comment voulez-vous qu’un cadre travaille du mieux qu’il peut si au premier jour de son emploi il reçoit ce qui devait être la récompense de toute la vie professionnelle d’un excellent cadre.

Des jeunes de ces villages m’ont conduit en voiture à Bamako où j’ai vu à Faladié des maisons attribuées de cette façon et j’ai été informé des noms de certains cadres connus ayant bénéficié de ces avantages. Lorsque les entreprises sont en faillite ou privatisées, les travailleurs sont mis au chômage, ces cadres non méritants gardent ces biens usurpés. C’est une honte.

Il se trouve être que le Mali procède à des privatisations depuis au moins 20 ans. Avant d’aller plus loin, il serait indiqué de procéder à une étude analytique de ces privatisations pour mettre d’un côté les cas de privatisations réussies et de l’autre celles qui ne l’ont pas été.

L’analyse devrait faire ressortir les raisons du succès et le cas échéant les raisons de l’échec. Ce moratoire ne semble pas intéresser le gouvernement qui, cravaché par les institutions comme le FMI et la Banque mondiale, s’entête à forcer un destin qui ne s’annonce pas brillant.

Le plus dur est qu’on nous demande de croire que toutes ces fautes sont du fait de Dieu et non des hommes.


Dialla Konaté

(Blacksburg, 12 juillet 2008)

15 Juillet 2008