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une-57.jpgLes gigolos, forme de prostitution masculine destinée à une clientèle féminine, n’est pas à confondre avec la prostitution masculine pour la clientèle masculine. Il y a très peu de données chiffrées sur les gigolos. Les services offerts par les gigolos sont très variés : ils peuvent aller du simple accompagnement d’une cliente lors d’une soirée à une prestation sexuelle complète au cours d’une nuit partagée avec la cliente. Au Mali, ce sont des jeunes entretenus pas des dames âgées et fortunées.

En effet, même si elles restent les plus nombreuses, parce qu’économiquement et socialement vulnérables, les femmes ne sont pas les seules à pratiquer le plus vieux métier du monde. Les garçons aussi se prostituent. Mais de façon bien différente. Dans nos vieilles traditions (et selon les communautés), les filles se mariaient entre 14 et 16 ans. L’âge du mariage pour les garçons, c’était de 18 à 20 ans.

C’est le garçon qui, à travers sa famille, faisait les premiers pas en demandant la main de la fille qu’il convoite. Ou plus précisément, ce sont les parents du garçon qui demandaient la main de la jeune fille pour leur fils, souvent dès la plus tendre enfance de cette dernière.

Une fois les deux familles d’accord, il revenait au garçon de continuer à entretenir la relation désormais officiellement établie. Il le faisait à travers des visites régulières dans sa future belle famille, en offrant des cadeaux à sa fiancée (bijoux, vêtements, chaussures) et à ses parents (des noix de cola).

Si les parents de la fiancée manquaient de bras pour les travaux champêtres, le futur mari de leur fille, accompagné de ses camarades d’âge, pouvait les aider à cultiver leurs champs et à les récolter. En ces temps-là, le mariage, même décidé par les seules familles, se faisait sur l’honneur et la dignité. Ce n’était pas de l’esclavage de la femme, contrairement à ce qu’on a tendance à penser aujourd’hui, mais l’union sacrée de deux familles, de deux clans, voire de deux communautés.

Emploi « fictif »

Ces types de mariages, aujourd’hui décriés et taxés de rétrogrades, duraient pourtant tout une vie et survivaient à toutes les épreuves. C’est parce qu’il ne s’agissait pas de la simple union de deux individus.

une-58.jpgDe nos jours, les choses ont bien changé, notamment dans les villes et dans certains milieux cossus. On se marie parce qu’on s’est aimés une soirée. Mais le lendemain, puisqu’on ne s’aime plus, on divorce. C’est aussi simple que ça ! Tandis que l’homme peut se remarier avec une femme plus jeune, ce n’est pas toujours le cas chez la femme. Et quand celle-ci a les grands moyens, une possibilité s’offre à elle : entretenir un jeune, souvent du même âge que son fils.

Il s’agit là des fameux gigolos qui font aujourd’hui florès à Bamako. En France, beaucoup de jeunes hommes, notamment africains ont recours à ce système, car selon eux, ils y font de bonnes affaires. Leur véritable activité est souvent cachée de leur famille par un « emploi » fictif. Ce qui permet de ne pas changer leurs habitudes de vie aux yeux de leur famille. Dans d’autres cas, les femmes assument le travail « du mari » et sont parfois elles-mêmes issues de ce milieu.

Ou encore, pour en revenir à la question de la prostitution masculine à Bamako, la grande dame, « Gros Bonnet », n’entretient pas un jeune concubin, mais se paye un jeune garçon tous les week-ends. C’est la vraie prostitution masculine. Comme dans le premier cas, le chômage et la précarité ont poussé beaucoup des jeunes à s’y jeter à corps perdu. Certains s’y sont même spécialisés et squattent les hôtels, les restaurants et les boîtes de nuit huppés et les lieux de rencontre des touristes.

Des femmes sont beaucoup plus libres et économiquement autonomes. Certaines d’entre elles, qui n’ont pas de mari ou n’en veulent pas du tout parce qu’elles tiennent à leur liberté, jettent leurs dévolus sur de jeunes Adonis économiquement fragilisés, mais physiquement beaux et musclés. Ces derniers, piégés, se plient à toutes leurs lubies, tous leurs fantasmes sexuels.

« Sakoromania »

Les rencontres ont généralement lieu à l’occasion de la recherche d’emploi, dans les boîtes de nuit, les cinémas où les « vieilles femmes » alpaguent leurs victimes, d’abord, en feignant de compatir à leur malheur. C’est le début du commencement de l’enfer pour la plupart.

Tel a été le cas de M. T. qui s’est retrouvé dans une relation qu’il ne voulait pas au départ, mais qu’il a fini par consommer avec le temps. M. T. est âgé d’une trentaine d’années, diplômé sans emploi. Dans sa recherche d’un travail, il s’est retrouvé dans la société de Mlle A. B., âgée de plus de 40 ans. Chef de son entreprise, Mlle A. B. l’a fait espérer en lui donnant rendez-vous le jour suivant.

Le jeune garçon est revenu le jour indiqué et depuis, lui et la dame se fréquentent. Quand les parents de M. T. en eurent assez (ils voulaient que leur fiston se marie enfin et leur donne des petits-enfants), les problèmes commencèrent car A. B. ne veut pas lâcher prise.

L’autre prostitution masculine en expansion à Bamako aujourd’hui, c’est d’homme à homme. Mais qu’elle soit masculine, féminine ou homosexuelle, le développement de la prostitution semble toujours trouver son explication dans la précarité des couches vulnérables, c’est-à-dire les jeunes.

TRAORE

Essor du 28 Juillet 2008