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La Commission Européenne a, le 18 Mars 2009, mis à la disposition du Mali plus de 213 milliards de FCFA pour financer plusieurs programmes au titre du 10ème FED. L’Aube a rencontré pour vous le Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Mali, Giacomo Durazzo, pour discuter de la coopération entre l’UE et le Mali ; échanger sur la crise financière mondiale et les 213 milliards de FCFA mis à la disposition du Mali ; et surtout sur les perspectives d’une coopération prometteuse.

L’Aube : Peut-on savoir l’état de la coopération entre l’Union Européenne et le Mali ?

jpg_GIAC-2.jpgGiacomo Durazzo : L’Union Européenne et le Mali coopèrent depuis une longue date. Cette coopération a de ce fait une grande maturité. Nous avons donc engagé dans le cadre du 10è FED un montant très important, parce qu’il constitue 60 % de l’enveloppe globale donnée au Mali dans un temps très bref puisqu’en moins de 16 mois nous avons réussi à engager l’ensemble de ces projets et programmes. Ce qui prouve le dynamisme et tout l’intérêt que le Mali apporte à cette coopération, qui touche tous les grands secteurs de l’économie nationale.

En cette période de crise mondiale, des inquiétudes demeurent sur l’avenir de la coopération entre pays développés et ceux en voie de développement. Quelle sera alors la politique de l’UE en direction de l’Afrique et particulièrement du Mali ?

Vous avez tout à fait raison de souligner l’importance que cette crise peut avoir dans le cadre de l’appui venant des pays développés par rapport aux exigences des pays en voie de développement.

L’Union a très clairement établi, depuis les premières réunions tenues sur cette crise, qu’une des solutions à la sortie de cette crise serait que les pays en voie de développement continuent d’être appuyés parce qu’il y a un fort risque que la crise soit encore majeure au niveau global. Pour cette crise, l’Union a réaffirmé que tous ses engagements soient maintenus, mais aussi d’exempter éventuellement les pays les plus touchés de certains financements.


Le Mali est-il parmi les pays les plus touchés par la crise ?

C’est une question importante. A l’heure actuelle, nous avons fait une première évaluation interne.

Mais nous avons aussi partagé les évaluations avec d’autres partenaires, notamment la Banque Mondiale et le FMI, avec l’accord du gouvernement malien, qui a mis en place une structure de suivi de la crise. Il est un peu plus difficile de faire actuellement un bilan parce qu’il y a certains éléments, qui semblent indiquer qu’il y aura des problèmes, notamment le financement de la diaspora.

Il pourrait y avoir des conséquences sur le coton par exemple. Mais d’autre part, l’or qui est le produit d’exportation du Mali, semble bien tenir. Le prix du carburant a quand même baissé. Donc, il est encore un peu tôt de dire qu’elle sera la place de cette crise. Je crois que ça doit évoluer.

Est-ce que la mise à disposition de ces fonds a un rapport avec la crise ?

Je dirais non parce que ce fond avait été identifié et formulé avant l’arrivée de la crise. Cependant nous allons mener dans la 2è partie de 2009 une évaluation à mi parcours du 10è FED. Lors de cette évaluation, en accord avec les autorités maliennes, nous allons effectivement voir si la crise a eu un impact sur notre coopération. Si c’est le cas, nous allons réadapter un peu le programme indicatif national. Donc ça fait partie de l’exercice que nous allons mener courant 2009 et en 2010.

Qu’est ce qui a motivé l’UE à mettre à la disposition du Mali les 213 milliards de FCFA ?

Je crois que c’était prévu dans notre plan d’engagement. On a signé le programme indicatif, il y a un an et demi. Le seul changement, c’est l’augmentation de l’enveloppe de 5, 5 millions d’euros qui est un financement supplémentaire dans le cadre de la crise alimentaire.


L’UE a aussi mis à la disposition du Mali un appui budgétaire de près de 97,08 milliards de FCFA, qui sera mis en œuvre dans cadre du contrat OMD. En quoi consiste ce contrat ?

C’est une nouvelle phase de notre appui budgétaire. La commission attache énormément d’importance au financement des appuis budgétaires parce que nous considérons que c’est l’instrument idéal.

On a pensé que pour certains pays, il y a une longue tradition de travail avec la commission européenne dans le cadre de l’appui budgétaire sur une politique macro économique stable et un système de gestion des finances publiques efficace. On pourrait passer à un étage supérieur. Donc, on a choisi 8 pays pilotes dont le Mali pour passer à cette phase appelée « contrat OMD ».

L’idée pour ces pays, ça suffit de s’engager fermement dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui a déjà plus de possibilités de l’aide. C’est dire qu’ils sont déjà rassurés que les bailleurs seront là pour les accompagner pour une longue période.

On parle de six ans alors que normalement les appuis budgétaires sont prévus sur trois ou quatre ans. Six ans de travail ensemble, c’est plus de possibilités en terme de décaissement afin d’éviter le mécanisme qui était celui qui avait une forte variabilité d’un décaissement d’une année à l’autre. Nous donnons des garanties, bien que ça soit toujours lié aux performances, liées à un minimum de financement, qui soit établi.

Qu’est-ce qu’il représente pour le Mali ?

Le bénéfice pour le Mali, c’est plus de prévisibilité, une meilleure appropriation et la possibilité pour le Mali de s’engager mieux et plus fermement dans l’atteinte des OMD.


Quel est alors le pourcentage minimum de décaissement que garantit le contrat OMD ?

C’est un peu compliqué parce que, il y a un minimum qui est garanti et le reste varie en fonction des performances.


Le minimum, c’est combien ?

Le minimum, c’est au tour de 60 % garanti à moins qu’il y ait un grand problème dans le cadre des programmes d’ajustement avec le FMI. Si les choses se déroulent de manière acceptable, il y a un minimum garanti ; le reste, c’est de la performance. Mais attention, il y a aussi une évaluation à mi parcours.

Vous disiez au président de la République, Amadou Toumani Touré, lors de la signature des trois conventions, que l’UE reste un partenaire fiable du Mali. En retour, est-ce que le Mali est un partenaire fiable ?

Je pense qu’on peut considérer que le Mali est un partenaire fiable de l’Union Européenne.

C’est un partenaire que nous accompagnons dans la mise en œuvre des reformes, cependant le dialogue politique est là pour souligner là où les efforts doivent être augmentés où améliorés notamment dans le secteur des infrastructures routières dans lequel nous sommes dans un dialogue politique avec le gouvernement pour que le problème de la surcharge sur les routes soit résolu. Ce n’est pas encore le cas. Le gouvernement du Mali s’est engagé à le faire.

Quelles sont les grandes perspectives de la coopération entre le Mali et l’UE ?

Nous continuons à travailler avec le Mali sur le programme du 10è FED. Je dirai que le grand dossier va être la revue à mi parcours, dans lequel on va faire le bilan de notre partenariat, mesurer les performances du pays, et ce sera tout une série d’indicateurs qui vont être pris en considération, les questions de la gouvernance, les questions de dialogue politique entre le Mali et l’Union Européenne, les aspects sociaux, l’éducation évidemment.

Tous ces facteurs vont être analysés conjointement et on va établir un bilan de notre partenariat. Sur la base de ce bilan, on va confirmer le financement dans le cadre du 10è FED, on pourra même peut être l’augmenter. J’espère en tout cas qu’il ne sera pas diminué.


Réalisée par Idrissa Maïga