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« Le Mali ne peut rater deux Can de suite » ! Telle est la conviction de Jean-François Jodar, le nouvel entraîneur des Aigles et directeur technique national. Ce technicien appelé au chevet du football malien, alité depuis près de deux ans, fera son baptême de feu le 16 août prochain à l’occasion du match amical Mali-Tunisie.

Cette rencontre est prévue à Narbonne en France. Selon les déclarations du coach, ce match sera mis à profit pour mettre les règles en place et préparer psychologiquement le rendez-vous du 2 septembre contre la Sierra Leone en éliminatoires de la Can « Ghana-2008 ».

En homme averti, Jodar a visiblement analysé les raisons de l’échec de la plupart de ses successeurs et surtout de l’échec du Mali dans les éliminatoires combinées Can/Mondial-2006 malgré la qualité de son effectif. Il est donc décidé à rompre avec la tradition, surtout avec l’improvisation.

Le football moderne est devenu une science qui laisse peu de place au hasard et à la chance. Il faut maîtriser tous les paramètres de gestions matérielle, financière, technique et psychologique dans les moindres détails.

« J’ai dit à Salif Kéita (président de la Fémafoot) stop à l’improvisation. Nous voulons que les joueurs soient dans toutes les bonnes conditions de préparation et c’est pour cette raison qu’une commission a été mise en place pour s’occuper de ce volet qui constitue la clé de la réussite. Quelque part, les joueurs se sentent coupables, mais il faut admettre aussi que tout n’a pas été parfait du côté de l’organisation. Ils m’ont dit que quand ils arrivaient souvent à l’internat, ils ne savaient pas comment allaient se passer les choses. Le mot improvisation est revenu dans toutes les discussions », a déclaré Jodar lors de sa conférence de presse du 31 janvier 2006.

Second point à son actif : Jean-François est déterminé à améliorer les relations entre les joueurs et l’encadrement technique, à réinstaurer la confiance et le respect mutuel. Toutes choses qui ont fait défaut à l’équipe nationale ces dernières années.

Et pour cela, il mise sur les promesses faites par les plus hautes autorités pour consolider sa philosophie : le dialogue permanent avec les joueurs où qu’ils se trouvent et quelle que soit leur situation vis-à-vis des équipes nationales.

Pour lui, « avoir une bonne relation avec l’ensemble des joueurs du pays fait partie du devoir du staff technique. Les joueurs sont comme de grands enfants, ils ont toujours besoin de sentir quelqu’un autour d’eux ». Une approche psychologique qui échappe le plus souvent aux entraîneurs.

Ni péché d’orgueil ni complexe de supériorité

Et pour mener à bien sa mission, le nouveau DTN du Mali ambitionne de constituer un vrai staff technique autour de nos sélections nationales. Pour la rencontre du 16 août 2006 contre les Aigles de Carthage, le technicien français a réuni autour de lui quatre hommes.

Il s’agit d’Amadou Pathé Diallo (son adjoint), Mamoutou Kané « Mourlé » (le préparateur des gardiens), Frédéric Danté (le kiné) et François Brochet (le médecin). Une équipe technique provisoire qui a des chances d’être confirmée pour les joutes futures.

« Après le match Mali-Tunisie, je prendrai une décision », a promis le technicien français pour confirmer notre l’hypothèse. Il ajoute « le président de la République a promis de tout mettre en œuvre pour que le staff technique soit dans les meilleures conditions de travail. Le consensus est là, il faut maintenant montrer sur le terrain ce qu’on sait faire grâce à un meilleur encadrement ».

Pour ce qui est des éliminatoires de la Can « Ghana-2008 », l’entraîneur des Aigles ne veut pas commettre de péché d’orgueil ou de tomber dans le complexe de supériorité qui sont pour beaucoup dans l’échec des Aigles dans les éliminatoires de la Can et du Mondial-2006.

Ces deux compétitions ont d’ailleurs prouvé qu’il n’y a plus de petites équipes. Les Aigles doivent donc se méfier aussi bien de la Sierra Léone que du Togo ou du Bénin. Conscient que chaque rencontre a ses réalités, Jodar veut également amener ses poulains à comprendre qu’on ne joue pas un match en pensant à un autre.

Une analyse critique de l’environnement

Il est évident que Jean-François Jodar est parvenu à faire une analyse critique de l’environnement du football malien. Cela est un atout en plus de son expérience. C’est également un gage de performance pour notre sport-roi. Mais, comme nous l’avons toujours soutenu, il faut la volonté commune pour gagner un combat, pour remporter des victoires.

Il est donc temps de dépasser les rivalités stériles et les conflits d’intérêt au profit de l’union sacrée autour de ce grand malade qu’est le football et le sorcier à qui nous avons fait appel pour exorciser le mal qui le ronge.

La rivalité doit céder la place à l’unité, la confiance doit l’emporter sur la méfiance et la suspicion. Tout comme chacun doit faire violence sur lui-même en laissant le patriotisme triompher de tous les sentiments néfastes qui peuvent nous animer en tant que humain.

Jodar est décidé à relever le défi. Les autres acteurs sont-ils dans la même disposition ? « J’ai beaucoup parlé avec les joueurs et pour la plupart de vive voix. Pathé et moi, sommes allés à Paris, Lens, Lyon et nous avons assisté à la rencontre amicale Lens/Saint-Étienne. J’ai fait 20 à 30 minutes de conversation téléphonique avec les joueurs que je n’ai pas pu rencontrer. J’avoue que tout s’est bien passé, les joueurs sont peinés d’avoir raté la Can. Ils sont conscients qu’ils n’ont pas tous tiré dans la même direction, que les intérêts particuliers l’ont souvent emporté sur l’intérêt du groupe. Bref, j’ai senti chez eux une grosse envie de se racheter », a assuré le technicien français.

Gageons que les décideurs vont également tenir toutes leurs promesses afin que cette volonté de rachat des Aigles et la détermination du staff technique de remettre le football malien sur les rails de la performance puissent nous conduire droit au Ghana sans turbulence ni frayeur.

Moussa Bolly

07 août 2006.