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C’est demain mercredi 16 juin, en principe, que la Cour suprême, plus haute juridiction du Mali, devra rendre son verdict sur l’annulation, par le Tribunal administratif, des résultats de l’élection municipale du 26 avril 2009 à Yélimané. Sauf surprise, tout semble indiquer que la jurisprudence de 2002 fera de nouveau valoir que le changement de majorité au conseil communal n’implique pas la démission du bureau municipal.

Ahamada Soukouna croit avoir réussi jusque-là à éviter le pire pour le cercle de Yélimané en demandant à ses partisans, coalisés au sein de l’alliance Adéma-RDA-Parena-RPM, de rester derrière la loi. Mais le secrétaire général de la section du parti de l’Abeille à Yélimané et non moins vice-président (il occupe la 9e place) n’est plus sûr qu’après il puisse grand-chose pour contenir des citoyens en colère contre l’administration locale, notamment le préfet, accusé d’être à la solde d’un parti (URD) et de son leader local, le député Mahamadou Hawa Gassama (MHG).

M. Soukouna était invité par des responsables politiques « pour contribuer à l’apaisement au sein de la communauté des ressortissants du cercle de Yélimané, aider à trouver des solutions ou tout au moins apprendre d’un des principaux acteurs ce qui se passe effectivement sur le terrain« , explique Hamédy Diarra, le secrétaire général de la section Adéma à Paris.

 » On m’a dit de faire »

Garba Kontao, préfet de Yélimané n’aurait d’autre réponse pour ses interlocuteurs que six mots : « On m’a dit de faire ». Il y a deux mois environ, il remplaçait trois élus par des « désignés » dans les mairies des villages de Fanga, Guidimé et Konsiga alors même qu’un contentieux est en cours pour un nouveau décomptage des voix et que les populations, excédées, étaient prêtes à se faire justice si leurs suffrages étaient mis en cause. Interpellé par les leaders politiques locaux et les autorités traditionnelles, il sortit ses six mots fétiches.

 » Le préfet on-m’a-dit-de-faire » avait fait appel à des contingents de forces de sécurité de Kayes, Nioro et Sandaré qui avaient investi les localités au moins pendant cinq jours. « Quand j’ai appelé mon épouse pour prendre des nouvelles de la famille, ma femme m’a dit qu’il doit y avoir une rébellion parce qu’elle a vu des camions de soldats avec bagages et armes dans le coin« , témoigne un ressortissant d’un village voisin qui avait aussitôt alerté toute sa communauté. Et dans les heures qui suivirent, pratiquement les lignes étaient saturées sur la destination Yélimané comme l’a constaté cet autre ressortissant qui assure « avoir des sueurs froides en n’arrivant pas à entrer en contact avec les siens au village pendant une bonne vingtaine de minutes« .


Frères ennemis

D’adversaires, des membres d’une même famille sont devenus ennemis du jour au lendemain parce que l’administration locale, suivant des ordres venus de plus haut, semble-t-il, a remplacé un maire par son neveu, mis sur les dents des frères qui mangeaient dans le même plat, etc. depuis que, précisément le 22 juillet 2009, « une nouvelle décision de justice a été prise pour faire tomber le bureau communal de Manghana » alors que la proclamation des résultats du scrutin du 26 avril, trois jours après, par la commission de centralisation au niveau du cercle de Yélimané, proclamait victorieuse la coalition Adéma-RDA-Parena-RPM au détriment de l’URD et que, selon la loi, l’administration dispose de 60 jours, soit deux mois pour statuer sur les différends électoraux.

La décision de justice du 22 juillet tombait 40 jours après ce délai légal et aurait été prise à l’insu des parties adverses qui, pourtant, étaient informées d’une première décision prise à leur encontre qui annulait les votes de plusieurs bureaux mais dont l’effet contraire, ignoré des plaignants, leur était défavorable in fine puisque le nouveau décompte leur faisait perdre un siège au prorata des voix.

Et voilà justement ce que les populations de Yélimané n’arrivent point à comprendre de la part d’une justice qui semble agir que pour faire plaisir à un parti (URD) et à un homme (MHG).

 » Je ne pardonnerai jamais à Mahamadou Hawa Gassama d’avoir mis dos-à-dos mes deux frères« , s’écriait dans la salle un homme qui avoue ne pas aimer la politique de tout temps « à cause de ses combines et des calculs d’intérêts personnels » mais qui se dit aujourd’hui déterminé à tout faire pour que MHG ne soit plus député au Mali.

MHG : le Mal

Mahamadou Hawa Gassama, son nom fait rigoler dans les « grins » tellement ses agissements ne correspondent pas à son statut d’honorable député, élu à Yélimané depuis trois législatures successives d’abord sous la bannière Adéma avant de rejoindre l’URD le parti fondé par Soumaïla Cissé après avoir quitté lui-même l’Adéma qui ne l’aurait pas soutenu à la présidentielle de 2002 bien que portant ses couleurs.

L’homme a été qualifié de « député étrangleur » par la presse. Il s’est vanté lui-même devant les populations d’avoir giflé un gendarme et se tape la poitrine d’avoir fait reculer un ministre de la République, de surcroît de la Justice, etc. MHG est devenu une bête politique dans l’hémicycle et la bête noire de l’exécutif parce qu’il n’hésite pas à dénoncer en des propos peu amènes, pour ne pas dire insultants, des comportements indignes ou actes malhonnêtes.

Au sommet de sa gloire, lui-même, pourtant, adopte les mêmes comportements et pratique les mêmes actes qu’il dénonce avec fracas et éclaboussures. Il se raconte qu’à Yélimané, des chefs de villages et des imams lui auraient demandé de ne plus mettre les pieds dans leur cour, s’il pense encore que l’argent peut tout faire après avoir été désigné comme « le Mal » dans ce cercle paisible mais où aujourd’hui les frères sont devenus ennemis, à cause de lui, où l’oncle et le neveu se regardent en chiens de faïence, ou la tension dans l’air fait craindre chaque jour des affrontements sanglants.

 » Si encore aux élections législatives de 2012, Mahamadou Hawa Gassamma est élu, j’aurai honte de me réclamer de Yélimané« , déclare un jeune homme en interpellant l’assistance composée de militants politiques à « tout mettre en œuvre pour mettre ce mal hors d’état de nuire, car tant que Mahamadou est là, nous n’aurons plus la paix ni des cœurs, ni des esprits à Yélimané« , assène Ahamada Soukouna.

 » La carte URD à fond »

Candidat malheureux à la députation, il met sa défaite au compte de la corruption et de l’achat des consciences et des voix par son adversaire le ci-devant Mahamadou Hawa Gassama. Pour M. Soukouna, MHG n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même, car « les mentalités ont changé, tout le monde aujourd’hui a compris qu’en prenant l’argent de Mahamadou, on vend son âme au diable ».

 » L’URD est devenue la boîte à lettre de l’administration et il est aujourd’hui de notoriété publique que des décisions du ministère de l’Administration territoriale sont connues bien avant de Mahamadou Hawa Gassama que par le préfet de Yélimané qui en est le destinataire, l’intéressé premier », s’étonne M. Soukouna qui se demande « pourquoi, le ministre Kafougouna Koné joue à fond la carte URD » ?

 » Parce qu’il se dit que c’est Soumaïla Cissé, le président de l’URD, qui succédera à ATT en 2012« , lui répond une dame qui affirme croire à radio-kankan (ce qui se raconte dans les rues de Bamako) parce que déjà en 1997 elle avait entendu que c’est ATT qui allait remplacer Alpha en 2002.

Mais, Ahamada Soukouna, en politicien candidat pour un siège à l’Assemblée nationale, ne commentera point cet avis. Il dira simplement que lors des législatives de 2012, c’est au peuple de se prononcer et qu’il continuera, lui, à se battre avec les armes de la loi et demande à tout le monde de combattre le Mal : « le Mal à Yélimané c’est un homme ; au Mali c’est un comportement, une idéologie, un système« .

O. Diagola

(correspondant permanent à Paris)

15 Juin 2010