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Nommé chef du Gouvernement le 12 avril 2012 à la suite de la médiation de la Cedeao pour sortir le Mali de la crise sécuritaire (Nord), Cheick Modibo Diarra tarde à poser des actes concrets, alors que les Maliens s’impatientent. Cette lenteur du PM suscite beaucoup de débats et surtout des interrogations de la part de nos compatriotes qui se demandent si réellement le Dr Cheick Modibo Diarra a les coudées franches pour mener sa politique librement. En d’autres termes, est-ce à cause de la présence du capitaine Amadou Haya Sanogo ou la non dissolution du Cnrdre ?

La libération des trois régions du Nord, occupées par les rebelles et les différents courants islamiques, constitue la priorité pour le Mali tout entier. C’est dans cette optique que Cheick Modibo Diarra a été nommé Premier ministre, suite à un accord conclu entre la Cedeao, le Cnrdre et le président de la République Dioncounda Traoré. Malheureusement pour l’équipe de Cheick Modibo Diarra, cette priorité a été reléguée au second rang par la faute de la classe politique et certains militaires assoiffés du pouvoir et surtout par la mauvaise gestion du cas malien par la Cedeao.
Au lendemain du putsch orchestré par le Cnrdre, des partis politiques maliens ont formé des pôles. Quatre grandes tendances se sont dégagées : le Front du refus pour le redressement de la démocratie (Fdr), la Copam de Hamadoun Amion Guindo, Apds de Zoumana Sacko et la Convergence pour sauver le Mali.

Chacun de ces regroupements politiques avait des visions différentes. Le premier regroupement est composé, entre autres, de l’Adema, de l’Urd, du Parena, de l’Udd et de plusieurs associations et syndicats. Il s’est opposé catégoriquement à la prise du pouvoir par les putschistes. Ils ont dénoncé le coup de force de la manière de la plus forte. A cet effet, plusieurs leaders du regroupement furent enlevés par les putschistes ou interpellés.
Le 2ème regroupement s’appelle la Copam. Composé des partis Sadi, Copp, Bara, Rds et de plusieurs associations et syndicats, ce regroupement a applaudi le coup d’Etat. Dans leur logique les responsables ont soutenu le Cnrdre.

Quant au troisième regroupement constitué de l’Apds (Association des patriotes démocrates pour la sortie de crise), ses responsables se proclament centristes. Outre le parti de Soumana Sacko, on y retrouve le Pacp, le Fad.

La convergence pour sauver le Mali, quant à elle, est formée autour du Cnid de Me Mountaga Tall, du parti Yèlèma de Moussa Mara maire de la Commune IV de Bamako, de la Codem du député Housseiny Amion Guindo dit Poulo.
La rivalité entre ces quatre tendances a contribué à compliquer les choses. Chacune d’elle campait sur sa position, ne faisant donc aucune concession. La tension était ainsi à son comble à Bamako avant et après l’investiture du président de la transition.

Des affrontements ont opposé, en certains endroits de la capitale, des partisans du Fdr et ceux de la Copam. Si à Bamako les choses sont compliquées, le Nord devra encore attendre car elle n’est plus alors une priorité. La bataille pour le contrôle du pouvoir est à son paroxysme et a abouti à l’agression du Pr Dioncounda Traoré. La priorité passe par l’apaisement du climat social à Bamako. Les partenaires techniques et financiers ont arrêté toute collaboration avec le Mali. Les entreprises privées broient le noir. Elles sont au bord de la faillite. Plusieurs d’entre elles ont mis leurs employés en chômage technique. Même les entreprises de presse n’échappent pas au chaos (Référence L’Essor du 05 juin 2012).
Interférence du Cnrdre dans le jeu politique.

Autres difficultés pour le Premier ministre, c’est sans nul doute la présence ou l’interférence du Cnrdre dans le jeu politique. La formation du Gouvernement en est la parfaite illustration. Des hommes de main du capitaine Sanogo occupent des postes stratégiques tels que la Justice, la Défense, la Sécurité, pour ne citer que ceux-là. Mais comment peut-on comprendre que le chef de l’Etat soit agressé par des voyous et qu’à nos jours aucune sanction ne soit prise contre les responsables de la sécurité ? Si le Premier ministre jouissait pleinement des pouvoirs, des sanctions administratives seraient déjà tombées, certainement. A ce niveau, les responsabilités sont faciles à situer.

Sur le plan pratique, des questions demeurent sans réponses. Les deux ministres en charge de la sécurité relèvent-ils de Cheick Modibo Diarra ou de Haya Sanogo ? Tant que ces questions demeurent, Dr Cheick Modibo Diarra aura des difficultés pour asseoir réellement son pouvoir au sein de son équipe. Les titulaires de ces deux postes sont des hommes-clés de Sanogo et ce sont eux qui détiennent la réalité du pouvoir.

La Cedeao n’est pas sans reproche. Les médiateurs devraient après avoir accordé le statut d’ancien chef d’Etat à Sanogo et obtenir la dissolution pure et simple du Cnrdre. Son existence est une entrave à la bonne marche pour une sortie de crise. Cheick Modibo Diarra et Amadou Haya Sanogo se piétinent. On ne sait plus qui est qui ou qui fait quoi.

C’est vrai que le Premier ministre est arrivé dans un environnement hostile avec de nombreux obstacles, cependant il doit s’affranchir des griffes de celui qui l’a fait nommer, à savoir le capitaine Sanogo. Mais le PM donne l’impression d’être sous la coupe de l’homme du 22 mars 2012, alors que sans cette indépendance réelle et psychologique, il se dirige inéluctablement vers l’échec. Au stade actuel, le pays doit sortir de cette situation chaotique. Nous n’apprenons rien au Premier ministre, il doit avoir de la suite dans les idées et se défaire du marquage du Cnrdre. Avant tout, c’est sa responsabilité qui est en jeu et surtout sa crédibilité. A ce jour, il doit donner des indices au peuple pour prouver que l’armée se prépare à en découdre avec les voyous qui occupent illégalement les régions nord du pays.

Gérard DAKOUO

Le Prétoire du 7 Juin 2012