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A chacun sa stratégie politique pour conquérir le pouvoir. Ils sont nombreux les politiques africains à utiliser la victimisation pour arriver à leur faim. Telle serait le cas de notre Président, Ibrahim Boubacar Keïta.

Décidément, en politique, une des armes redoutables et stratégiques du Président IBK est la victimisation.

Cette stratégie lui a permis de bénéficier de la compassion des Maliens.

En effet, peu connu du grand public au début des années 1990, l’actuel Président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a réussi à s’approcher du pouvoir grâce à sa participation dans la direction de campagne du premier Président démocratiquement élu, Alpha Oumar Konaré. Depuis, il est toujours dans les girons et les hautes sphères de l’Etat. Et pendant tout ce temps, il n’a jamais fait de victime, c’est lui l’éternelle victime des autres.

A titre de rappel, pendant son passage à la Primature, de 1994 à 2000, IBK avait la conviction de succéder à Alpha Oumar Konaré à la présidence. Cela, au regard de l’aura qu’il avait forgée durant son séjour à la primature, notamment la gestion des grèves récurrentes des élèves et étudiants. On se souvient encore de sa célèbre déclaration : «si vous refusez d’étudier, nos enfants qui sont en train d’étudier à l’étranger reviendront vous gouverner».

A cette époque, IBK président de l’Adema, Konaré ne pouvant pas se présenter pour un troisième mandat à la future présidentielle prévue en 2002, pense que son avenir est tout tracé. Il se considère comme le candidat naturel de l’Adema. C’était mal connaître les ambitions des uns et des autres. S’il voulait être président de la République, il devrait prendre ses distances avec les affaires courantes. Aussi démissionne-t-il de son poste de Premier ministre en février 2000.

IBK, parce que président de l’Adema, se prenait tout naturellement pour le dauphin du président Konaré. Il va vite déchanter quand « le clan CMDT », conduit par trois ministres, Ousmane Sy (administration territoriale et décentralisation), Soumeylou Boubèye Maïga (défense, anciens combattants) et Soumaïla Cissé (environnement, aménagement du territoire, équipement, urbanisme), va demander l’organisation de primaires pour désigner le candidat du parti. En outre, ayant été écartés de la direction de l’Adema lors du congrès d’octobre 1999, ils vont exiger, avec certains membres du comité exécutif, des députés et des sections, la tenue d’assises extraordinaires.

IBK est vite mis en minorité au cours d’un congrès extraordinaire tenu en octobre 2000, un congrès dont les délégués avaient été achetés par l’adversaire. Il est contraint de démissionner de toutes les instances du parti et se fait passer pour une victime. En 2002, à l’issue du premier tour de la présidentielle, il devient troisième après ATT et Soumaïla Cissé, là encore, il crie à la fraude et tombe dans la victimisation. Parce que, selon ses adeptes, avec un second tour contre ATT ou Cissé lui garantissait l’élection à la magistrature suprême. On l’aurait donc empêché d’accéder à ce second tour.

En 2007, suite à la victoire d’ATT dès le 1er tour, c’est le même son de cloche.

Le 9 janvier 2013 à Bamako, à l’initiative de la Copam, plusieurs centaines de personnes ont manifesté pour réclamer des concertations sur la transition et le départ du président Dioncounda Traoré. Ont pris part à cette marche plusieurs cadres du RPM. Cette tentative ayant échoué, IBK a déclaré ne pas être au courant de la participation de ses troupes à cette marche.

Comme pour dire qu’il n’est au courant de rien quand il s’agit d’un échec ou d’une défaite. Malgré qu’il soit devenu président de la République, sa victimisation continue. Dans l’article du journal « Le Monde» l’accusant d’avoir une connexion dangereuse avec un blanchisseur d’argent, le Corse Michel Tomi, il se dit être victime d’une campagne de dénigrement des autorités françaises.

Il a même trouvé un bouc émissaire, Soumaïla Cissé. Tout récemment, à travers ses collaborateurs, le peuple malien a été tympanisé du fait de la victimisation du Chef de l’Etat due à l’incompétence de son propre Premier ministre.

Si dans le passé, il était victime des présidents de la République, maintenant il est victime de ses propres ministres. Le Président doit savoir qu’il a changé de statut. , les Maliens ont besoin d’un Président qui affronte et surmonte les défis au lieu de crier à la victimisation.

Oumar KONATE

Le Prétoire du 24 Avril 2014